Sources et gorges de l’Allier

Le GR470 ou le chemin des sources et gorges de l’Allier est l’un des derniers nés des sentiers de randonnée. Parcours réhabilité et balisé depuis peu, il remonte les gorges de l’Allier depuis Brioude jusqu’à sa source, au Mourre de la Gardille. Long d’environ 200 kilomètres, il se parcourt en 9 à 11 étapes. L’itinéraire ne s’éloigne jamais vraiment du cours de cette petite rivière sauvage mais plutôt tranquille, filant le long de ses berges où il joue à saute-moutons au gré des ponts ou se hissant sur les plateaux vallonnés habités de forêts et de prairies.
Les paysages sont caressants, doux pour le randonneur auquel ils ne demandent jamais de recourir à ses dernières forces pour les conquérir. L’Allier se faufile tantôt entre de paisibles rives mais le plus souvent son cours se trouve contraint entre des hautes falaises basaltiques noires.

Pensées et réflexions sur le GR470

L’Allier, rivière à saumons

La première chose qui frappe le randonneur, c’est l’inscription “Allier, Rivière à saumons” affichée sur le parapet de chaque pont qui enjambe la rivière.
Le saumon nait en eau douce, fraie ensuite jusqu’aux océans froids où il vit plusieurs années avant de remonter les cours d’eau pour aller pondre là où il est né (en novembre et décembre). Pourquoi précisément dans cette petite rivière qui l’oblige d’abord à remonter la Loire avant de se retrouver dans l’Allier ? C’est à Chanteuges que l’on trouve la réponse à ce qui semble être une énigme, village où est implanté le conservatoire national du saumon sauvage. Son objectif est de recoloniser l’Allier et la Loire en saumons de souche Allier et d’assurer la conservation de ce poisson. La spécificité de cette structure réside plus particulièrement dans la production de smolts (jeunes saumons) avec la perspective qu’une population non négligeable y revienne pour pondre.

Patrimoine historique
Sol de la Basilique de Brioude

En général les parcours de randonnée font la part belle à la nature. Rares sont ceux qui en plus peuvent se vanter d’offrir un patrimoine historique et rural d’un grand intérêt. Ces richesses qui jalonnent le GR470 peuvent d’autant plus s’apprécier que les étapes ne sont pas très longues ce qui autorise à leur consacrer une heure ou deux pendant ou après l’étape.

On peut ainsi admirer la Basilique Saint Julien de Brioude, unique avec son sol pavé de galets de l’Allier, ses colonnes bicolores, ses fresques d’origine et ses vitraux contemporains signés Kim en Joong, un moine artiste (à ne pas confondre avec le psychopathe nord coréen Kim Jong-un).

Pour couronner l’étape suivante, c’est Saint-Ilpize, petit village médiéval dominé par son château en pierre basaltique que l’on voit de loin et qui s’offre au randonneur sous son meilleur angle pour le gratifier d’une vision spectaculaire.
Le lendemain on arrive à Lavoûte-Chilhac, avec son prieuré Sainte-Croix enserré dans une boucle de l’Allier, puis Chilhac, bourg médiéval perché au dessus des ses orgues, qui recèle un petit musée paléontologique.

Chapeauroux
Chapeauroux

Le jour suivant le chemin fait une halte à Chanteuges, remarquable village dominé par son prieuré; impossible de passer sans lui rendre visite.
Il faut savoir aussi se glisser dans l’intimité de tous ces petits villages aux maisons de basalte noir, superbement rénovées (probablement en résidences de vacances) ou à l’inverse, qui se meurent d’abandon faute de commodités et de travail.
Langogne (avec sa superbe halle aux grains) et surtout Pradelles (bourgade médiévale) sur la fin du parcours retiendront l’attention.

Chemin encore confidentiel
Charmants compagnons de route pour une journée après Monistrol
Charmants compagnons de route pour une journée après Monistrol

J’ai parcouru le GR470 durant la deuxième quinzaine de septembre: ce n’est certes pas la période la plus chargée. Je n’ai rencontré qu’un seul randonneur jusqu’à Monistrol (c’est à dire pendant 5 jours) point de jonction avec le chemin de Compostelle. Là, le contraste fut saisissant: je vis avancer face à moi une escouade de Jacquaires. Nous étions en milieu d’après-midi et de gros des troupes était certainement plus avant sur le chemin. Je vous laisse imaginer quel défilé cela a dû être pendant toute la journée. Et le soir, alors que je n’avais jamais partagé mes hébergements jusqu’alors, le gîte où j’avais réservé était complet. Il en fut de même à Langogne, qui cette fois drainait les randonneurs du chemin de Stevenson (encore nombreux à cette saison) et ceux de la Régordane.
De l’avis des hébergeurs, même en pleine saison estivale, la fréquentation du GR470 reste faible. Défaut de jeunesse ? Ce chemin est-il condamné à ne n’attirer qu’un maigre flot de marcheurs? Peut-être lui faut-il le temps d’acquérir un peu de patine, de bénéficier de la publicité diffusée par internet et les réseaux sociaux, ou véhiculée par le primitif bouche à oreille ?

Amateurs de sentiers tranquilles aux antipodes des chemins de rando-business et rando-Panurge qui confinent l’humain à son instinct grégaire et moutonnier et le conforte dans son besoin de surfer sur la vague, adeptes de la belle solitude, ne vous privez pas vous serez servi… tout au moins pour les trois quarts du parcours.

C’est réellement un itinéraire qui peut séduire plus d’un randonneur et qui n’a rien à envier au chemin de Stevenson, au sentier cathare et à la Régordane. Chemin sans grande difficulté, à la portée de marcheurs moyens, d’une longueur raisonnable qui peut être fait de bout en bout au cours d’une même saison, conjuguant richesses naturelles et patrimoine culturel.

L'allier à Langeac
L’Allier à Langeac

Personnellement j’ai toujours à coeur de faire un chemin dans sa globalité et d’une seule traite quand il n’est pas excessivement long. N’en faire qu’une partie et l’abandonner me donne la même impression que celle que je ressens lorsque je ne termine pas un livre qui me plait.
L’organisation de cette randonnée est extrêmement simple puisqu’un site internet et une application permettent d’avoir accès gratuitement à toutes les informations: topoguide, liste des hébergements, trace GPS.
Atout appréciable, il y a de nombreux hébergements. Quelques municipalités ont fait des efforts pour accueillir les randonneurs dans des gîtes communaux tout confort pour des prix modiques qui de plus, sont ouverts pour des périodes plus étendues que celles des gîtes privés qui ferment hélas leur porte rapidement après la période d’affluence.
Et pour clore la liste de cette série d’atouts, un train “Le Cevenol” dessert les gares de Brioude, Langeac, Monistrol, Alleyras, Chapeauroux, Langogne, et La Bastide-Puylaurent. De quoi pouvoir aménager la randonnée à sa convenance !

Septembre magique

Si l’on a des contraintes professionnelles le choix de la période est limité. Mais en cas contraire, comme pour beaucoup de randonnées en moyenne montagne, les mois de mai et juin, ainsi que septembre et même octobre sont souvent préférables.

La température y est beaucoup plus agréable qu’en plein été. Seul bémol, certains hébergements (ainsi que certains sites comme le musée de Chilhac) sont fermés. Il est donc souhaitable de réserver. Si vous faites votre randonnée en septembre ou octobre, peut-être aurez vous comme moi, la chance de bénéficier d’un temps superbe (à peine une heure de pluie à Lavoûte-Chilhac pour onze jours de marche!). Deux nuits de petites gelées au milieu du parcours transformèrent la fin de randonnée en un véritable enchantement, un festival féérique de couleurs. Et pour couronner le tout, c’est accompagnée du lancinant et opiniâtre brâme du cerf que je j’ai entamé le matin certaines  de mes étapes.

Renseignements pratiques

Vous trouverez toutes les informations sur le site  Sources et Gorges de l’Allier: topoguide étape par étape, fonds de carte, liste et coordonnées des hébergements, trace GPS, application pour le portable.  Et le tout gratuitement. Que demander de plus ?

Petit conseil personnel: Si vous partez hors des saisons de fréquentation (juillet et août), je conseille de réserver car il se peut que vous soyez obligé d’adapter vos étapes en raison de la fermeture de certains gîtes. Pour la réservation, le téléphone est souvent préférable aux courriels auxquels certains hébergeurs ne répondent que très tardivement, voire pas du tout, ce qui complique l’organisation. Par ailleurs certaines adresses email données sur le site du GR470 ne sont plus valides ou pas consultées.

Ustensile culinaire préhistorique (trouvé dans un gîte)
Ustensile culinaire préhistorique (trouvé dans un gîte)

Personnellement j’ai dormi:

  • Au camping de la Bageasse à Brioude  (réservation d’un mobilhome par Booking.com): formule intéressante quand on est plusieurs, moins chère que les hôtels de la ville.
  • Villeneuve-d’Allier: Hôtel « Le Saint – Verny » (réservation par Booking.com car je n’ai pas eu de réponse de l’hôtelier à mes courriels).
  • Chilhac: Gîte d’étape (vacances.a.Chilhac). Très bien, accueil sympathique, pas cher.
  • Langeac: Gîte d’étape au camping: Très bien et pas cher, pas de restauration, mais commerces et bistrots dans la ville.
L'Allier à Langeac
L’Allier à Langeac
  • Le Pradel: Je n’avais pas le choix, car il n’y avait rien d’ouvert à Prades.
  • Ministrol. Attention, c’est un point de passage du chemin de Compostelle!  La plupart des gîtes sont pleins même en arrière-saison. Gîte d’étape « La Tsabone »: Accueil sympathique et bonne table.
  • Pont d’Alleyras: Camping « Au fil de l’eau » où j’ai dormi dans un charmant petit chalet tout équipé pour une somme modique. Si vous n’avez pas de sac de couchage, il faut le signaler, on vous fournira des couvertures. Pas de restauration au camping.
  • St Haon: Gîte d’étape chez Madame Lyon. Comme j’étais seule, j’ai mangé avec les propriétaires et passé une soirée agréable.
  • Landos: Gîte communal. Propre, accueil agréable. Landos est sur le chemin de Stevenson et de la Régordane. Il peut y avoir du monde en pleine saison.
  • Langogne: J’ai fait un mauvais choix. D’après les randonneurs rencontrés, il faut aller aux gîte d’étape des Crémades à Brugeyrolles (restauration possible).
  • Après les premières gelées d'automne
    Après les premières gelées d’automne

    Après Cheylard-l’Évêque,le domaine de  la Gardille. Là encore je n’ai pas eu le choix, car le refuge du Mourre à Cheylard était soit-disant complet au moment où j’ai voulu réserver (soit un mois avant de partir). En passant devant le gîte, il semblait tout bonnement fermé. Le domaine de la Gardille n’est pas très bon marché, mais c’est une chambre d’hôte haut de gamme située dans un environnement exceptionnel. Avantage, il raccourcit la dernière étape d’une bonne heure, ce qui m’a permis, à la Bastide-Puylaurent de prendre le train pour Nîmes et par la même occasion économiser une nuit supplémentaire d’hôtel.

La liste des hébergements que je donne ne signifie pas qu’ils soient les meilleurs ou les moins chers. J’ai privilégié parfois des hébergements pour garder un certain équilibre dans la longueur de étapes. Parfois, je n’ai pas eu le choix, en raison de leur fermeture.

Désert commercial: Je voudrais aussi signaler que de nombreux villages n’ont plus de commerces ou qu’ils sont fermés certains jours. Par exemple entre Brioude et Lavoûte-Chilhac, je n’ai rien trouvé d’ouvert ( à Vieille-Brioude, je suis passée le jour de fermeture de la boulangerie, à Villeneuve, elle avait fermé depuis 8 mois, etc). Idem pour certains restaurants de village. Vous trouverez à vous ravitailler avec certitude à Brioude, Lavoûte-Chilhac, Langeac, Monistrol (?), Landos, Langogne, et Pradelles. Pour le reste, il vaut mieux se renseigner et prévoir ou demander au gîte de vous fournir des sandwiches ou pique-niques.

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