À travers les Quatre-Montagnes (1)

Conception de la randonnée en raquette

 

Méaudre
Méaudre

La veille de notre départ, l’hôtesse de l’agence “Arcanson” qui gère le circuit me téléphone pour m’annoncer sur un ton navré qu’il y avait peu de neige. Quand Christine et moi sommes arrivées à Méaudre, j’ai pensé qu’elle était largement au dessous de la vérité. En vallée, il n’y en avait plus excepté les tas accumulés ça et là par le vent ou les engins de déblaiement ou des lambeaux préservés par des creux d’ombre. Pour trouver de la neige il fallait lever les yeux, porter le regard vers les sommets qui me paraissaient lointains, inaccessibles à pied. Devant ce spectacle un peu désolant j’ai imaginé que pendant une semaine nous ne foulerions que des chemins nus. En réalité, nous avons trouvé de la neige dès que l’on dépassait 1350m -1400m.

Les randonnées de fin d’hiver ou début de printemps n’offrent pas les paysages de carte postale rêvés.

J’ai été déçue évidemment. Non pas par la perspective de ne pas (ou peu) chausser les raquettes mais par ce que le paysage offrait à la vue. Des prés d’herbe roussie vêtus de guenilles, hantés du spectre des arbres gris se partageant les pans de la montagne avec des forêts noires. Et par temps gris ces mêmes prés humides se peignant de nuances maronnasses et caca d’oie, les forêts devenues presque inquiétantes. Les villages et hameaux si féériques quand ils s’habillent d’un manteau blanc suintaient de toute part, semés de tas de neige sale comme paquets des immondices.

Les raquettes à tous prix ?

Il y avait pour moi dans cette situation au moins un point positif. Je ne suis pas une inconditionnelle de la marche en raquettes. Pour moi, elles ne contribuent pas à en faire un sport différent de la randonnée à pied comme le sont le ski ou le surf. Les raquettes sont simplement des accessoires qui permettent de marcher en neige profonde sans s’enfoncer. Je les utilise donc uniquement dans ces conditions comme je porterais un chapeau pour me préserver du soleil ou un vêtement chaud du froid. Quand la neige est tassée ou gelée, je leur préfère les crampons. De même que quand les tronçons de chemins enneigés alternent avec ceux qui sont dégagés obligeant en permanence à les mettre et les enlever. Elles sont fatigantes et leur claquement cadencé et lancinant qui rythme la marche éloigne à coup sûr toute vie animale. Et que dire du raffut dont elles se rendent

Cabane de Rybon
Cabane de Rybon

coupables quand, par flemme de les ôter, on leur impose quelques centaines de mètres de terrain nu. clac, clac clac… Les crampons, vite mis et vite enlevés, se font oublier et préservent le silence. Ainsi pendant notre randonnée, leur discrétion nous a permis de surprendre des chevreuils, des écureuils et une hermine.
Il y a néanmoins un point noir au fait de ne pas chausser ses raquettes. Et bien, il faut les porter sur le dos. Car on ne peut pas se permettre de ne pas les emporter n’étant jamais à l’abri de se retrouver dans des zones où la neige poussée par le vent s’est accumulée sur de plus ou moins longues distances.

Savoir s’adapter.

Les étapes d’un circuit programmé pour les raquettes ne sont pas excessivement longues compte tenu du surplus d’effort qu’il faut fournir, qui est d’autant plus important que la neige

Autrans, piste pour ski et raquette
Autrans, piste pour ski et raquette

est lourde et profonde. Alors évidemment quand on trouve sous ses pieds des chemins dégagés ou tapissés de neige tassée, les temps de marche prévus se réduisent notablement et confinent le randonneur dès 13 ou 14h dans les hôtels ou pire dans les refuges où il n’y a rien à faire. Il ne faut pas imaginer prolonger les pique-niques et les pauses pendant l’étape car la plupart du temps – excepté les jours de grand soleil et en absence de vent- on se gèle copieusement dès que l’on s’arrête plus d’une dizaine de minutes. Visiter les villages à l’arrivée n’occupe en général qu’une heure au maximum à moins qu’il ne recèle un petit musée qui instruit le touriste sur les traditions locales ou les productions artisanales. Le bistrot et la crêperie sont aussi de bonnes alternatives. Alors, il faut improviser pour allonger l’étape, broder, trouver des variantes plus longues ou ajouter des détours et des boucles. Ce qui nécessite de s’être équipé d’une carte détaillée. Étant parées de toute la documentation nécessaire pour profiter de la liberté que l’agence nous accordait, nous avons modifié la plupart des étapes, le plus souvent volontairement mais parfois aussi par distraction.

Retrouvez les informations pratiques dans l’article « À travers les Quatre-Montagnes (2) »

 

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