Via Alpina 2012, jaune & rouge (2) – Etapes 18 et 19

Étape 18, de Forni di Sopra à Sauris di Sopra

 

 « Promenades : le corps marche et l’esprit voltige à l’entour comme un oiseau »

( J. Renard )

 

Que faut-il retenir de cette étape ? Je trouvais, en dépit de sa longueur et de ses mille mètres de dénivelée si habilement négociés qui se firent presque oublier, qu’elle s’apparentait plus à une promenade qu’à une randonnée proprement dite. Dans mon esprit il y a des nuances sémantiques pour définir les divers types de marche : je distingue la flânerie, la balade ou promenade et la randonnée. Elles se différencient entre elles essentiellement par le rythme, la difficulté et la longueur. La flânerie se caractérise surtout par l’allure lente, un parcours se dessinant un peu au fil de la progression. C’est une marche sans contrainte, sans effort, sans but précis, sans préméditation. La promenade est d’un rythme un peu plus soutenu dont le but est en général décidé avant le départ. Elle ne cherche pas particulièrement la difficulté, même si elle peut demander un certain effort. La randonnée intègre quant à elle, des notions de longueur et donc d’endurance qui nécessitent une certaine condition physique. Elle ne relève néanmoins pas de l’expédition qui demande des compétences hors normes. Beaucoup de randonnées sont abordables par le marcheur lambda : la différence entre celui qui s’y lance et celui qui s’abstient tient au mental et au plaisir qu’il en tire.

Pour ce qui concerne le trek, je ne sais pas à quoi correspond ce mot. Il me semble qu’il est employé pour remplacer le mot randonnée comme si l’on voulait nimber le concept d’un voile d’exotisme, de difficulté et d’inaccessibilité. Mais je le dis pour ceux qui ne sont pas des marcheurs, il n’y a pas de différence entre la randonnée et le trek. Il y a quelques années, j’avais utilisé les services d’une agence de voyage à pied qui proposait des circuits aux quatre coins du monde. Trek au Népal, trek en Jordanie, trek au Mali … C’était tellement plus excitant – et surtout plus commercial – de faire un trek plutôt qu’une simple randonnée ! Et pourtant, les temps de marche et le niveau des étapes étaient nettement inférieurs à ceux de mes randonnées dans les Pyrénées ou sur la Via Alpina. Et en plus, pour minimiser la difficulté toute relative, les bagages étaient toujours transportés par véhicule ou à dos de dromadaires.

L’étape d’aujourd’hui était plaisante mais n’avait pas la même force que les autres. Aucun incident, aucune erreur, à peine une hésitation ça ou là, aucune fourberie du ciel ne vint la perturber. De même qu’aucune rencontre ne vint l’égayer. Le sentier monta assez longtemps au dessus de Forni, proposant au hasard de quelques trouées dans la forêt, une vue grandiose sur les Dolomites ruiniformes qu’il laissait derrière lui.

A Casera Tragonia
A Casera Tragonia

La montagne changeait presque radicalement, s’adoucissait. Les versants, qui à certains endroits était si raides qu’ils avaient été emportés par des glissements de terrain, étaient revêtus d’une couche de terre et d’herbe. Le chemin ondulait assez mollement, contrairement aux jours précédents où il avait été contraint épisodiquement de s’attaquer en altitude à des passages audacieux. Aujourd’hui, rien de tel. Il traversait des pelouses et surfait sur les crêtes où le regard s’évadait jusqu’à l’infini. Deux grandes fermes d’altitude qu’on appelle « casera » ( je ne sais pas si ce mot de patois local se traduit par laiterie-fromagerie en raison de sa racine avec le mot caséine, la protéine du lait ou par maison, de casa en italien ) installées dans les alpages concentraient toute l’activité humaine du lieu.

À l’approche de la fin de l’étape, le chemin quitta les hauteurs, pour s’installer dans un parcours en balcon : des prairies à perte de vue, sans la moindre vache. Cette montagne semblait entretenue et abandonnée à la fois.

J’avais prévu d’aller jusqu’à Sauris di Sotto ( Sauris le bas ), mais un bref coup d’œil à ma carte me fit comprendre que Sauris di Sopra ( Sauris le haut ) situé quelques centaines de mètres au dessus me dispensait de quelques dénivelées et n’allongeait pas excessivement l’étape du lendemain. Il arrive un moment dans la journée, où j’ai envie d’en terminer. De troquer mon statut de nomade contre celui d’une sédentaire. Pour m’asseoir, pour me reposer, pour ne rien faire d’autre que regarder le temps qui passe. Quand ce besoin de m’arrêter surgit alors qu’il me faut encore marcher une ou deux heures, je n’en suis pas contrariée. Au besoin, je fais une pause et je repars. Mais si une opportunité se présente et qu’elle ne compromet pas l’étape suivante, je saisis l’occasion.

Le chemin rattrapait une route goudronnée qui terminait sa course en lacets raides. Ce genre de tronçon à la fin d’une longue étape est un supplice pour les genoux qui se crispent à chaque pas. C’est là que je commence à compter la distance qui me sépare du but, c’est-à-dire d’un tronçon horizontal qui mettra fin à ce calvaire.

Sauris di Sopra était un charmant village dominé par une petite église posée sur un piédestal et disposant d’une petite échoppe multifonction, d’hébergements et d’un musée sur les traditions locales.

En plus des hôtels traditionnels, il y avait un « agroturismo », ce qui peut se traduire par ferme-auberge. Indiqué de façon évasive, je le croyais à la sortie du village. Mais un habitant m’indiqua qu’il fallait marcher quelques kilomètres. Si en voiture les distances sont courtes, pour un marcheur, il n’en est pas de même. Passant devant un joli chalet qui prétendait être un B&B, je me résignai à renoncer à mon projet. Et bien m’en prit, car la femme qui m’accueillit était d’une gentillesse extraordinaire. Nous nous présentâmes. Je sentais à travers ses propos enjoués, toute la sympathie qu’elle nourrissait pour la France. Elle me dit que les revenus générés par ses chambres d’hôte ne lui permettait pas de vivre, mais sa maison était si grande, pourquoi ne pas en tirer quelques profits. Son activité principale résidait en la confection et la vente de produits bio doués de vertus médicinales pouvant guérir tous les maux et assurer le bien-être : tisanes, savons, shampoings, baumes… Les plantations soigneusement entretenues se déployaient en face du chalet de l’autre coté du chemin. Sauge, calendula, … et bien d’autres qui dépassaient mes maigres connaissances phytothérapiques. Pour le dîner, elle me conseilla un restaurant dans le bas du village car elle ne faisait pas table d’hôte. J’y allais et en attendant le repas, je feuilletai machinalement le canard local qui traînait sur un coin de table. Et comme tous les journaux du monde, il mentionnait dans ses dernières pages, pictogrammes universels à l’appui, les prévisions météo. Erreur fatale ! Et c’était une malédiction, le manque de pot intégral : la botte italienne était couverte de soleils comme s’il en pleuvait, sauf Tolmezzo, but de l’étape du lendemain, où un épouvantable nuage bien noir était incrusté dans la carte comme un grain de beauté cancéreux. Décidément cette saison était de toutes celle où le ciel avait été le plus été démoniaque.

Étape 19, de Sauris di Sopra à Ovaro et Tolmezzo

 

« Je marche seul
sans témoin, sans personne
que mes pas qui résonnent,

Je marche seul
acteur et voyeur… »

 ( J.J. Goldmann )

 

L’étape endossait un statut spécial car c’était ma dernière de l’itinéraire jaune. Le jour suivant je changeais à la fois de couleur et de pays. Je passais au rouge et en Autriche. Mais contrairement à mes transitions précédentes qui profitaient du croisement des tracés, j’étais contrainte à faire un saut. Par téléportation ou moyen de locomotion plus conventionnel. Les voies rouge et jaune, évoluent de façon presque parallèle de chaque coté de la frontière et Tolmezzo est le point où elles se rapprochent le plus l’une de l’autre.

Pourquoi changer d’itinéraire alors que celui où j’étais allait jusqu’à Trieste ? Pour honorer un engagement que j’avais pris avant de commencer la Via Alpina, à savoir traverser tout ou partie de chacun des pays de l’Arc Alpin. Or l’itinéraire jaune, ne fait qu’effleurer la Slovénie contrairement à l’itinéraire rouge. De plus, selon les impressions des «Via Alpinistes », ce dernier est plus spectaculaire, en partie parce qu’il traverse le renommé massif du Triglav. Voilà donc la raison pour laquelle j’allais abandonner le tracé jaune entamé l’année précédente à Oberstdorf après une belle idylle, quelquefois orageuse de près de près de vint cinq étapes se tissant entre l’Autriche et l’Italie du nord. Je ne reniais pas ce tracé, même si je l’abandonnais car il m’avait certainement offert le meilleur de ma Via Alpina.

Le monde des "Malghe"
Le monde des « Malghe »

En partant ce matin, je n’avais pas encore d’idée précise sur la manière de procéder à ce transfert. Pas assez d’éléments en main et aucune carte couvrant le secteur où devait se faire la jonction. Il me fallait aller jusqu’à Ovaro, près de sept heures de marche. L’étape suivante Ovaro – Tolmezzo était estimée sur le site de la Via Alpina à trente huit kilomètres et quatorze heures de marche, sans hébergement intermédiaire. Info ou intox ? Aucun moyen de savoir si les évaluations étaient exactes. Ne me voyant pas braver ce qui ressemblait à une marche commando, je décidai qu’à Ovaro, bourg qui semblait moyennement important, je prendrais un bus pour Tolmezzo.

Les hôtes chaleureux et bavards mettent du baume au cœur du solitaire mais lui demandent également des trésors de diplomatie pour leur faire comprendre que la route est longue et qu’il ne faudrait pas tarder à partir. Il faut viser juste pour trouver l’instant précis où les braises de la conversation s’éteignent avant que le souffle d’un sujet nouveau relance le flot de paroles, sans pour autant montrer son impatience. Répondre avec inspiration et ponctuer ses propos de « oh, comme le temps passe ! Si je ne veux pas être obligée de trop me presser, il faudrait que je pense à partir ! ». Sans oublier qu’au milieu de ce bavardage, il fallait penser à poser les questions vitales comme par exemple de savoir si à Ovaro il y avait des hôtels ou des bus pour Tolmezzo. Dans la plus grande distraction, je payai mon écot, m’étonnant du peu de monnaie qu’on me rendait – mais, tant pis, j’avais dû mal comprendre le prix et de plus, le tarif était plus que raisonnable.

On se sépara sur des embrassades si spontanées qu’elles me laissèrent presque croire que je faisais partie de la famille. Mes hôtes qui craignaient que je n’aie pas les ressources nécessaires pour aller jusqu’au bout de mon étape, me donnèrent l’adresse d’un B&B de leurs amis à Mione ; et pour me porter chance dans mon entreprise, glissèrent dans mon sac un petit bouquet de lin monté en graines de leur production dont ils m’affirmèrent que c’était une plante bienfaitrice.

Je partis alors que l’heure était déjà bien avancée. À la sortie du village, lorsque que je laissai la route goudronnée pour un petit sentier désert qui devait me ramener à la Via Alpina, une authentique pétrolette italienne me rattrapa et s’engagea sur le même chemin que moi. Avec son casque et ses lunettes, le conducteur aux allures de Satanas ralentit et s’arrêta à coté de moi. Une trouille alimentée des faits divers sordides ramenés par les médias me gagna. Mais qu’est-ce qu’il me veut ce type-là ? Me dépouiller ? Ah, non, je ne vais pas me laisser faire, un coup de pied bien placé devrait le calmer s’il devient trop insistant. Il coupa le moteur et tout en se débarrassant de son heaume, il me lança un « scusie ». Soulagée, je reconnus le propriétaire de la chambre d’hôte. Il sortit de sa poche un billet de dix euros et me gronda presque pour ne pas avoir réclamé mon dû, mais je me défendis en prétendant que dans la distraction, je n’avais pas vérifié.

La journée était assez spéciale. Les Alpes frioulanes étaient indéniablement moins tourmentées que les Dolomites – pour ne pas dire moins spectaculaires – et réservaient aux marcheurs des chemins plus disciplinés. Après une montée modérée à travers la forêt, le chemin atteignit les alpages de la première Malghe : Casera Pieltinis. C’était l’entrée dans le « Mondo delle Malghe ». Malghe ou malga est un mot de patois frioulan qui signifie « ferme d’alpage ». Éloignées les unes des autres, les malghe s’échelonnent comme les perles d’un collier distendu, à mi-hauteur d’un versant, le long d’un chemin horizontal. Elles n’ont rien de ces petites fermes d’estive composées d’une étable et d’un logis rudimentaire. Elles sont au contraire composées de grands bâtiments avec annexes où l’on peut y loger hommes et bêtes, engranger le fourrage et ranger le matériel agricole. Chacune a besoin de grands espaces, pour y faire paître ses troupeaux. Curieusement je n’y vis personne. Autrefois, le lien entre les fermes était un chemin de terre, probablement défoncé et temporairement ravagé par les pluies. Mais avec l’avènement des 4×4, il s’est transformé en piste. Et pour finir, de nombreux tronçons avaient été nivelés et goudronnés ou étaient en passe de l’être au grand dam des marcheurs. Je croisai à deux reprises des pelleteuses et bulldozers qui semblaient préparer un enrobage et j’imaginais qu’à court terme le goudron aurait mangé ce qui restait de terre.

Galerie de photos

2 Certosa - Tolmezzo
 

Les paysages étaient beaux, amples au regard ; la piste dominait longtemps la vallée où se nichait le lac de Sauris. Elle jouait à cache-cache dans les plissements du versant, sans se compromettre dans les descentes ou montées sévères. Mais à la longue comme elle ne demandait pas le moindre effort et que le paysage ne se renouvelait pas, on s’y ennuyait un peu. À part les conducteurs d’engins, je ne rencontrai âme qui vive. Ni randonneurs, ni paysans. Un interminable lacet pour moi seule. Après Casera Pieltinis, vinrent Malga Gerona, Malga Losa, Malga Forcia. Toutes en somnolence. À l’orée du monde des malghe, elle s’enfuyait vers un petit col sans ambition avant de redescendre dans la forêt pour finir sa course dans la civilisation retirée le fond d’une autre vallée.

Mione et après quelques kilomètres Ovaro, terminus.

Prévoir combien de temps dure une étape n’est pas trop compliqué si l’on connaît sa longueur et si l’on ne fait pas d’erreur. Mais dès lors que l’on envisage de recourir à un moyen de locomotion dans un village un peu reculé et dans un pays dont ne connaît ni la langue ni les usages, les prévisions deviennent infiniment plus aléatoires. Impossible de savoir si un transfert va prendre une demi-journée ou même s’il faudra attendre le lendemain pour continuer. Ne pas tabler sur le moindre timing.

Je rentrai dans un commerce d’Ovaro pour demander s’il y avait un bus pour Tolmezzo. Réponse : oui… Bon début ! Dans l’après-midi ? Oui…. Ah, comme tout cela se présentait bien ! À quelle heure ? Le monsieur ne savait pas. Oh, dommage… Où est l’arrêt ? Devant le bistrot à deux cents mètres d’ici sur la « strada » principale. « Grazie ! ». Je croyais comprendre que je devais me renseigner au bistrot. Sitôt dit, sitôt fait. La demoiselle derrière le comptoir du café m’annonça que le bus passait dans trois quarts d’heure environ, le mot « environ » ayant son importance en Italie dès que l’on parle d’horaire. Et qu’on achète le billet ici, et la boisson aussi pour attendre agréablement.

contenteUn record : en une heure, l’affaire était réglée, mieux que si j’avais voulu me déplacer dans une grande ville qui regorge de bus et de trams.

Dix minutes après l’heure prévue, le bus arriva. Il n’y avait aucune circulation et son départ devait se situer dans le village précédent. Mais les bus italiens comportent deux horaires ; j’avais d’ailleurs déjà remarqué ce particularisme à Bolzano et cela se vérifia ici. Un horaire pour les passagers qui est affiché sur un panneau ou qui figure sur un dépliant. Et un horaire pour les conducteurs. Parce que tout simplement, les horaires officiels ne tiennent pas compte des indispensables, pour ne pas dire vitales discussions que les chauffeurs engagent entre eux avant le départ et aux arrêts où il y a des correspondances. Ou même avec leurs familles et amis sur leur téléphone portable. Mais j’admirais, moi la Française qui verse volontiers dans la rouspétance typiquement hexagonale quand se rendent coupables de la plus petite entorse au règlement, ceux qui nous transportent, nous soignent ou nous servent, avec quelle philosophie les passagers italiens, sagement assis à leur place, attendaient sans sourcilier la fin de ces incontournables conciliabules, sans même montrer le moindre signe d’agacement. L’habitude et la résignation probablement !

Après d’innombrables tours, détours et contours visant à desservir la totalité des villages de la vallée, on arriva dans une station de bus digne d’une grande ville, avec pleins de quais, une cage de verre qui servait de guichet avec, dedans un guichetier prisonnier et une salle d’attente confortable.

Tout était si bien parti, que j’étais prête à attribuer à mon bouquet de lin des pouvoirs magiques.

Il me fallut chercher un hôtel et une carte de randonnée pour que je puisse me faire une idée de la distance séparant Tolmezzo de l’itinéraire rouge qui voguait de l’autre coté de la frontière et des possibilités de le rallier. L’hôtel se trouvait au centre de la ville ; enfin, disons que je n’avais pas trop envie de chercher et que je pris le premier que je trouvai, pas trop loin de la station de bus. Un peu huppé quand même ! Un standing qui aurait dû être interdit aux randonneurs à ce que je crus y déceler dans la mine de certains clients. M’apprêtant à entrer dans l’ascenseur, je me heurtai quasiment à un couple qui en sortait. Tiré à quatre épingles, une aisance affichée, des rides aussi. Des bijoux voyants probablement pas en toc pour la femme qui semblait presque dégoutée de devoir croiser une congénère fagotée comme l’as de pique, avec des auréoles sous les bras, puant la sueur et chaussée de grosses godasses immondes et crottées. Sans parler des bâtons de marche et du chapeau informe. Pour ne pas incommoder davantage ces clients VIP, je m’effaçai pour les laisser sortir. Et ne vous inquiétez pas, braves gens, dans vingt minutes, je serai propre sur moi, je sentirai bon la savonnette au chèvrefeuille et le shampoing que l’hôtel m’offre si généreusement, j’aurai mis un tee-shirt et un pantalon noirs très clean un peu plus élégants et du pschitt-pschitt au creux de mes aisselles.

Après ma remise en état indispensable, avant-dernière formalité : recherche d’une carte. Après trois librairies qui se renvoyèrent la balle, je trouvai en face de l’hôtel la clef du sésame, et je pourrais même dire l’ultime, car c’était la dernière du présentoir que j’agrippai quelques minutes avant que le magasin baisse le rideau. Décidément ce bouquet de lin avait des vertus avérées !

Enfin, le moment du repos bien mérité et tant différé à la terrasse d’un café devant un radler ( panaché ), incontournable parenthèse qui cette fois-ci n’était pas méditative mais occupée à échafauder des scénarios visant à m’acheminer le lendemain sur l’itinéraire rouge. Sur ma carte se dessinait comme un boyau, une route qui conduisait à Plockenpass avant de basculer de l’autre coté et croiser après quelques kilomètres la Via Alpina à Plockenhaus. Je caressais le rêve de trouver un bus qui pouvait m’y conduire. Et pour savoir si ce rêve pouvait devenir réalité, direction la station routière.

Empêtrée dans mes requêtes, je demandai carte à l’appui au guichetier s’il y avait des bus qui allaient au col et au-delà. Ses réponses m’échappaient, probablement comme mes questions lui étaient obscures. Soudain, derrière moi, une jeune femme aimablement intervint dans la conversation.

« Je peux vous aider si vous voulez ».

Stupéfaite de cet heureux hasard, – était-ce encore un coup de mon bouquet de lin bienfaiteur ?- j’étais prête à la bénir. Elle parlait si parfaitement, que je la crus française, mais elle me dit lorsque je la remercierai de son intervention, qu’elle était italienne et qu’elle avait vécu quelques temps à Cannes.

Je lui expliquai mon problème et elle me traduisit les réponses du préposé : le bus n’allait pas plus loin que Timau, dernier village avant le col. Le lendemain, le premier bus partirait vers sept heures trente. Après il resterait une douzaine de kilomètres à faire à pied. Voilà qui ne faisait pas véritablement mon affaire, mais peut-être trouverais-je un automobiliste qui aurait la bonté de me prendre en stop.

Revenant à ma carte pour me faire une idée plus précise du parcours, je découvris avec bonheur que, de ce petit village de Timau, partait un sentier pédestre dénommé «Primosioweg» montant à un alpage où il y avait un refuge. D’après mes calculs, il ne fallait probablement pas plus de trois heures pour y parvenir. De là, plusieurs chemins rejoignaient la crête et redescendaient de l’autre coté, en Autriche.

contente 2 C’était tout bonnement génial ! Les éléments semblaient s’imbriquer à merveille comme les pièces d’un puzzle. L’étape du lendemain, si elle se déroulait comme dans les prévisions, serait une journée classique de marche, sans casse-tête logistique, sans temps d’attente interminable. Mais j’étais échaudée et je savais que rarement la réalité était le reflet des projets.

Il était temps à présent d’aller chercher un restaurant et manger en se laissant aller à des pensées dénuées de calculs et prévisions.

liengif

 

 

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logo jauneDurant cette saison 2012, je n’ai pas enregistré mes traces qui, pour la majorité des étapes se superposent à celles présentées dans le site de la Via Alpina. Pour visualiser ce parcours et retrouver les informations  qui s’y rapportent, cliquez ici.

 

.Le texte est parfois long et la lecture à l’écran fastidieuse. Le récit dans son intégralité est publié en version « papier » et en fichier PDF imprimable.

A ceux qui sont abonnés au bulletin et qui m’ont suivie tout au long de mes pérégrinations, je me ferais un plaisir de leur adresser le fichier PDF de ce récit sur simple demande .

 

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