Via Alpina 2012, jaune & rouge (2) – Etapes 14 et 15

Étape 14, de San Vito de Cadore à Rifugio Campanna degli Alpini

 « Quand la mer est de nuages, les montagnes sont des îles »

( S. Tesson )

Pour cette quatorzième étape, nous étions le quatorze juillet : je me souvenais à la perfection de mes deux fêtes nationales précédentes sur la Via Alpina. Celle de deux mille dix sous le soleil radieux m’avait conduite du refuge Stellina au bivacco « merdique » des Granges Monio via Novalsa en Italie sur l’itinéraire bleu et celle de deux mille onze, abondamment arrosée sans éclairs ni éclats, d’Engstenalp à Blackenalp en Suisse sur l’itinéraire vert. Ce quatorze juillet deux mille douze, selon les prévisions de l’hôtelière, était censé me réserver quelques surprises désagréables : pluie et orages fortement probables. Avec ce flou inévitable relatif au délai.

Il faut bien dire que sous les traits d’une météo vicieuse le destin s’acharnait à rendre de ma randonnée problématique et imprévisible. L’année dernière elle s’était schématiquement découpée en deux périodes : douze premiers jours ensoleillés suivis de quinze, tristement gris et pluvieux. Sans orages donc sans compromis avec le ciel. Le temps maussade continuel, s’il confine à la monotonie et la morosité ne suscite ni crainte, ni ajustement de l’étape, ni stratégie pour savoir qui, du ciel ou du marcheur arrivera le premier au dessus de la crête ou au gîte. Mais à la longue, il ronge la motivation à persévérer.

Mais cette année sur toutes les étapes, pour ainsi dire, planait la menace de l’orage. Jamais de certitude au départ, toujours cette épée de Damoclès au dessus de la tête. Il éperonnait ma conscience quand je marchais jusqu’à tourner à l’obsession, dictait ma vitesse, allongeait ou raccourcissait mes pauses.

Les perspectives un peu alarmistes pour la journée étaient temporisées par la présence de quelques refuges ( ceux que j’aurais dû voir le jour précédent ) qui étaient autant d’escales possibles. L’étape pouvait donc s’envisager, non pas dans sa globalité mais comme un match en trois rounds, chacun se terminant à un gîte où il faudrait faire le point.

La première reprise tenait en une montée de plus d’une heure, pas réellement passionnante, qui s’effectuait le plus souvent par une large piste que l’on abandonnait une fois pour shunter de lointains virages. Le chemin de traverse qui coupait la forêt était entravé d’arbres à terre que des engins sauvages semblaient avoir arrachés sans ménagement. Accompagnés de feulement et de cliquetis, les sièges aériens d’une remontée mécanique me passaient au dessus de la tête, acheminant quelques randonneurs épars qui voulaient s’éviter cinq cents mètres de dénivelée. Et le ciel, dans tout cela ? Gris-blanc, statique et indécis. Pas encore prêt à passer à l’offensive. Après une heure, j’arrivai au refuge Scotter. Quel drôle de nom ! Situé à l’arrivée du télésiège, il devait probablement travailler à plein régime l’hiver ; mais là, il semblait dormir. Il faut dire que ni l’heure, ni le temps n’étaient en mesure de pouvoir lui apporter la clientèle qui le mettrait au travail. Et de plus, il était mal situé, pris en tenaille entre San Vito et le refuge San Marco.

Fin du premier round. Martine : 1 – Météo : 0

Deuxième reprise. Le panorama et le chemin étaient de mon coté : vue dégagée sur la vallée de Boite où se prélassait San Vito di Cadore et petit chemin qui grimpait agréablement sans coup d’accélérateur sur un versant où les arbres progressivement se raréfiaient et s’atrophiaient. Il traversait épisodiquement de larges couloirs ravagés par les éboulis nés du délitement des

Montée à Forcella Piccola
Montée à Forcella Piccola

sommets. Curieusement, tout paraissait sec : aucune trace des pluies diluviennes de la veille. Mais en montagne ce sont l’herbe et la terre qui par leur couleur rappellent le souvenir de l’eau. Au contraire, les cailloux et les arbustes au feuillage coriace semblent avoir la mémoire courte. Quelques nuages bas flottaient à mi-hauteur. Ils s’accrochaient aux pentes donnant l’illusion de fumerolles s’échappant des cheminées latérales de volcans. On retrouvait un bout de forêt avant le refuge de San Marco qui régnait sur un petit îlot de verdure. Je devrais dire « le refuge historique San Marco », puisque ce qualificatif valorisant lui colle à la peau. C’est vrai qu’il n’est pas de première jeunesse ; il fut construit en dix huit cent quatre vingt quinze et ne ressemble en rien à son voisin, le refuge Scotter, qui est certainement contemporain au télésiège. Celui-ci est séduisant et situé dans un endroit idyllique.

C’est là que sonna pour moi le gong annonçant la fin du deuxième round. Évolution lente du coté du ciel qui se chargeait de nuées volatiles ne me paraissant pas encore trop inquiétantes. Celles qui apportent l’orage, sont grises, compactes, envahissantes et froides ; celles-ci étaient plus légères et claires ce qui permettait d’envisager un répit.

Fin du deuxième round. Martine : 2 – Météo : 0

Troisième reprise. Après l’oasis de San Marco où je ne marquai guère plus qu’un ralentissement, le chemin devenait de plus en plus sauvage, montait plus résolument à la conquête de Forcella Picola, col rocheux se découpant au creux d’une brèche entre les versants qui faisaient des apparitions sporadiques. Je pénétrai bientôt dans le royaume des nuages, qui m’isolait du monde en élevant autour de moi des remparts flous. Surgissaient par moments, quand le voile s’allégeait, des rochers aux formes insolites qui pouvaient se prendre pour des statues contemporaines. Retentirent soudain des voix qui sortaient des brumes, – des voix célestes ? Frappée du syndrome Bernadette Soubirous ? – portées par le vent qui me faisait face : des discussions incessantes comme seuls les Italiens en ont le secret. Je les entendis longtemps avant de voir et de rencontrer un couple bavard qui troublait le silence. Au col, je dépassai de peu la nappe de nuages qui tentait de s’échapper comme d’une marmite en ébullition, en volutes ondoyantes léchant les flancs de montagne. Le cadeau du paysage lumineux qui s’offrait à moi était sublime. J’étais même prête à croire que le mauvais temps avait capitulé, comme, lorsque l’avion dans lequel on voyage, navigue au dessus des nuages et fait oublier le tapis noir qui inflige à la terre en dessous la grisaille et la pluie.

Le refuge Galassi n’était plus très loin, mais à peine eussé-je perdu un peu d’altitude que je retournai dans le purgatoire du néant. Absence de son, absence de vue. Mon chemin, heureusement bien dessiné depuis le début était mon fil d’Ariane qui louvoyait dans un vide sidéral. Brusquement des conversations, des cris, des rires. L’angle d’un toit qui se devinait avant de se dissoudre… Et puis le bâtiment tout entier qui apparut comme sorti d’un tableau de Turner.

Grande bâtisse austère, probablement une ancienne caserne, au centre d’une esplanade où quelques randonneurs fumaient ou attendaient de repartir. Îlot de vie perdu, loin de tout. Je poussai la porte sur une chaleur et un brouhaha qui tranchaient avec l’extérieur. Des habitués apparemment qui se connaissaient, agglutinés autour du zinc. Dans une salle adjacente, des clients étaient attablés pour un repas reconstituant. Curieusement, en une étape, l’ambiance avait changé : alors qu’on parlait beaucoup l’allemand dans les refuges précédents, ici, on n’entendait que de l’italien.

Fin du troisième round. Martine : 3 – Météo : 0

J’étais arrivée au bout de mon défi. Si la victoire était avérée, elle n’était cependant pas éclatante, ternie par une météo qui avait utilisé l’arme de l’intimidation massive pour me faire avancer presque au pas de charge et renoncer à quelques pauses où l’on a plaisir à s’abimer dans la contemplation.

Je ne savais pas si je voulais rester là pour la nuit. Trois paramètres me donnèrent à réfléchir : il n’était pas encore très tard, il existait un refuge à une heure et demie de là qui selon les dire du jeune serveur était ouvert et enfin, les prévisions météo affichées pour le lendemain étaient inquiétantes. Alors, pourquoi ne pas continuer puisque l’après-midi n’était pas encore très avancé ? Je m’accordai un délai de réflexion pour me décider le temps d’une assiette de spaghettis bolognaise.

Reposée, rassasiée, les batteries rechargées et la perspective de tourner en rond dans ce refuge où le spectacle se limitait à un périmètre d’une trentaine de mètres me poussa à prolonger l’étape. Alea, jacta est. La suite était de la descente dans les caillasses nécessitant un peu de concentration. Je croisai dans les virages serrés, un groupe de scouts ou apparentés qui, à cette heure ne pouvait que se rendre au refuge Galassi pour y passer la nuit. Ils constituaient la raison supplémentaire et décisive, s’il en fallut une, pour me conforter dans ma décision de m’être remise en marche.

La pente s’adoucissait en même temps qu’elle rejoignait les prés et les forêts. Non loin du torrent, le refuge Campanna Degli Alpini ouvert sur la vallée semblait attendre le client.

Une femme charmante m’accueillit. Elle me conduisit à un dortoir spartiate mais propre. Des clients de passage qui finissaient leur randonnée étaient attablés à la terrasse. Une famille arriva et s’installa. Je les entendis parler en français. Nous discutâmes un peu mais ils n’étaient pas très loquaces : leur préoccupation majeure était de trouver du réseau pour leur téléphone portable.

Galerie de photos

2 Certosa - Tolmezzo
 

Après leur départ, le refuge retomba dans une ambiance familiale. Pour la soirée et la nuit, je restai la seule cliente. Je mangeai dans la grande salle, véritable arche de Noé ou musée d’histoire naturelle, au centre d’une ronde de trophées de chasse suspendus au mur qui semblaient conspirer pour fondre sur mon repas. La troupe était plutôt hétéroclite, bien qu’endémique à la région : chevreuil, chamois, bouquetin, renard, belette, geai, chocard, coq de bruyère, et j’en oublie certainement. J’entendais dans la cuisine des discussions de femmes entrecoupées des rires de la petit fille alerte et de la voix grave de l’homme que j’avais vu scier du bois jusqu’à l’heure du repas. La patronne m’apporta les plats en même temps qu’un peu de conversation.

Après le repas, le ciel s’assombrit brusquement, crachant une pluie violente rapidement relayée par la grêle. De la fenêtre de mon dortoir, je regardai les grêlons pilonner la marquise juste en dessous de ma fenêtre dans un bruit d’enfer et rebondir comme des myriades de sauterelles. En quelques minutes, le pré devant le refuge fut blanc de glace. Le spectacle son et lumières était saisissant et je pensais avec soulagement « Quel bonheur d’être au chaud, protégée de cette apocalypse !».

glisse

 Étape 15, de Rifugio Campanna Degli Alpini à Rifugio Padova

 

« Ciel : lieu de délices qu’on dit être le Paradis et d’où nous arrivent aussi la pluie, la foudre, la grêle et les bombes »

( A. Brie )

 

À quatre heures vingt précisément, foi de téléphone portable qui ne se trompe peut-être que de quelques secondes, l’orage éclata : ce fut un déchaînement de violence assourdissant. Les éclairs déchiraient le ciel, illuminant la chambre de brefs flashs tremblotants comme des tubes de néons encore froids tandis que se succédaient des grondements lointains et des déflagrations se cognant aux parois de la montagne. Un déluge acharné qui tambourinait sur la marquise accompagnait ce vacarme infernal. Je fus invitée au spectacle, douillettement emmitouflée sous la couverture, frissonnant de délice à la pensée d’échapper à cette furie. Je me suis toujours aperçue que le confort d’une chambre ou d’un gîte n’est pas un caractère intrinsèque mais qu’il dépend des conditions climatiques : plus elles sont abominables et plus l’hébergement semble être un havre de paix et de douceur.

Dans un calcul basé sur des suppositions idéalistes et infondées, j’imaginais avec contentement que ce chaos nocturne serait le gage d’une accalmie durable devant s’installer dans les heures à venir et persister une bonne partie de la journée.

L’orage batailla longtemps. Je ne sais si je me rendormis ou si je me contentai de somnoler, mais quand il fut l’heure de me lever, enfin, il rendit les armes.

Je déjeunai dans un tête-à-tête silencieux avec mes compagnons naturalisés. Les patrons en tenue de ville, m’annoncèrent qu’ils devaient partir, mais que la mama pouvait très bien s’occuper d’encaisser mon règlement. Ils me proposèrent même de m’emmener, mais, no, « Grazie » j’étais là pour marcher « per piedi », d’autant plus que le soleil pointait son nez et que l’étape n’était pas monstrueusement longue.

D’un bon pas, confiante dans un avenir radieux qui se profilait, je partis. Les amas de grêlons de la nuit, stigmates de la tempête, se nichaient dans les trous et les rigoles comme des boules d’antimite échappées de sachets éventrés dans le fond d’un placard. Le chemin était raviné, hérissé de cailloux lessivés. L’eau avait emporté la terre par endroits, creusant des fondrières. Une voiture qui s’était fourvoyée s’embourba. Dans de telles conditions, le piéton à quelques supériorités sur les engins motorisés uniquement adaptés au goudron.

eclairJe longeai longtemps le torrent, qui n’était peut-être qu’un oued par temps sec. Et je devais le traverser par un gué aménagé pour les véhicules tout terrain. Trop d’eau pour les randonneurs et trop de courant, il fallait remonter jusqu’à trouver des roches saillantes et des bans de sable. Sur l’autre rive, un groupe faisait le même travail que moi. Du regard nous nous concertions, tacitement, conjuguions nos recherches et nos évaluations jusqu’à tomber d’accord sur l’alternative la moins périlleuse. La rencontre se fit au milieu du courant et l’échange se résuma à un « Salve », les uns et les autres trop occupés à faire attention pour ne pas glisser et plonger.

Revenue au niveau de la route, une colonne de 4×4 circulant en sens contraire du mien, prit en stop les randonneurs suivants leur épargnant ainsi quelques déboires. Dans de telles conditions, les gros engins motorisés ont quelques supériorités sur le piéton !

J’atteignis après ce passage un parking destiné aux petites voitures citadines qui ne passaient pas le gué et une buvette pour les soiffards qui savaient qu’il fallait se farcir un peu de montée avant de trouver le premier refuge qui les désaltérerait. Ensuite, ce fut de la route. Le sujet de préoccupation, n’était pas sous mes pieds, mais au dessus de ma tête car une fois de plus, le ciel me préparait un de ces coups de Trafalgar dont il avait le secret depuis le début de ma randonnée. La situation empira à une vitesse prodigieuse ; je sentais que le sursis n’était qu’une question de minutes. Vite, la carte ! La merveilleuse carte qui en deux jours avait plus vieilli qu’en dix ans d’existence. Elle m’annonçait un bistrot, bizarrement absent de mon carnet de route. Sauve qui peu, le compte à rebours avait commencé pour une course à l’abri. Les premières gouttes sonnèrent ma défaite, mais je luttai avec l’énergie de celui qui n’a plus rien à perdre. Le premier véritable assaut fut violent. Pluie, suivie de grêle, tonnerre et éclairs. Ah, enfin le bistrot attendu, qui n’était en fait qu’une habitation privée. Tant pis, je n’avais pas le choix si je voulais échapper au mitraillage, je me précipitai dans le jardin pour me réfugier sous un parasol providentiellement resté ouvert. Les grêlons rebondissent sur la toile de mon sommaire abri et sautaient autour de moi comme des criquets. Le vacarme tira la résidente à sa fenêtre et me voyant, me fit signe d’entrer. La porte s’ouvrit, je me jetai dans le hall, soulagée de trouver un asile. Ma bienfaitrice parlait un peu le français et déploya une générosité qui me réconforta et m’embarrassa même. Elle m’invita à me défaire de mes vêtements trempés, à m’asseoir, me proposa une citronnade faite maison et des petits gâteaux. À une patère, pendait une veste de secouriste et comme je m’en étonnais, elle m’apprit que son époux était médecin urgentiste. C’était rassurant, j’étais en de bonnes mains. Mais la phrase suivante ne fut pas pour me tranquilliser. Elle me raconta comment sa fille avait été foudroyée quelques années auparavant ce qui lui avait valu un séjour à l’hôpital. Nous discutâmes pendant que le ciel continuait de s’énerver. Elle consulta son ordinateur pour me donner des informations. Il semblait que l’après-midi devait être meilleur. Et dire que j’avais imaginé que le violent orage de la nuit m’offrirait un répit suffisant pour me laisser tranquille une bonne partie de la journée !

Le temps s’écoulait en discussions de toutes sortes, alors que l’orage continuait. Je commençais à préparer ma sortie ne voulant pas la déranger davantage. Mais elle avait des scrupules à me laisser partir car, me dit-elle, elle trouvait la situation dangereuse. Je minimisais les risques, je taisais mes craintes, mais quand sa fille, sœur de la foudroyée, surgit dans le salon et qu’elle se proposa pour m’emmener à Rizzios, le village suivant, je ne refusai que très mollement, priant en mon for intérieur qu’elle insiste un peu. Moment délicat que celui où l’on veut montrer sa gratitude et que les mots vous manquent, parce qu’à part ‘grazie’, mon italien était un peu pauvre hormis quelques mots relatifs à la gastronomie. Mais ma logorrhée hexagonale qu’elle ne dut comprendre que partiellement fut un ersatz apparemment convaincant.

Sous les trombes d’eau, on descendit à Rizzios et comme le petit village ne recélait aucun abri possible à part l’église, quelques auvents et peut-être un arrêt de bus, elle prit la décision de me conduire trois kilomètres plus loin à Gréa. Aussi brusquement qu’il était arrivé, l’orage s’apaisa et quand je sortis de la voiture, l’averse légère ne pouvait laisser croire que dix minutes avant la tempête grondait.

Je n’étais qu’à vingt minutes du centre de Vallesella-Domegge. Après le bain de boue, le bain d’eau, le bain de foule. J’avais l’impression que tous les touristes étaient concentrés dans la pâtisserie -salon de thé de la bourgade. Ce qui n’était certainement pas qu’une impression, compte tenu du déluge récent. J’arrivai néanmoins à dégotter une minuscule table à proximité d’une prise électrique. Ce fut le moment de recharger les batteries du portable plongé dans un coma hypo-électrique depuis la veille ainsi que les miennes qui frôlaient le niveau hypoglycémique. Je lambinai un peu puisque le téléphone prenait son temps pour se ressourcer, que j’avais de la distraction et que le reste de l’étape se résumait en une montée facile de deux heures trente.

La suite du parcours de la journée fut tellement dépourvue d’évènements marquants qu’elle en devenait presque insignifiante. Le soleil refit son apparition comme si de rien n’était. Le marquage ne suscita aucune hésitation. La route goudronnée que je devais fouler sur certains tronçons était reposante et plutôt monotone comme le sont toujours les routes pour les piétons.

Cyclamen
Cyclamen

 Sortie de mes tribulations, c’était tout juste si je ne m’ennuyais pas. D’ailleurs pour m’occuper l’esprit qui se trouvait oisif, je me souviens avoir écouté sur mon mp3 des podcasts d’émissions historiques enregistrées avant de partir sur France Inter. C’est une expérience absolument insolite de faire la Via Alpina en écoutant un chercheur ou historien discourir sur le cannibalisme, le statut des juifs au moyen âge en France, raconter l’histoire du drapeau américain et autres sujets tout aussi passionnants sans rapport avec l’environnement dans lequel on évolue et l’acte de marcher. Les oreilles prises, oui, mais pas les yeux. Et je découvris pour la première fois, bien que ce ne soit certainement pas une découverte rare, des cyclamens sauvages. Identiques à ceux que l’on trouve dans les jardineries, mais en plus petit et contrairement à leurs cousins cultivés, ils étaient délicieusement odorants. Ils embaumaient si fortement l’atmosphère de quelques fleurs suffisaient à signaler leur présence.

Le refuge Padova ( Padoue ) était un chalet typique, trônant au milieu d’un musée de plein air mettant en scène des sculptures de bois cocasses et charmantes ayant trait à la vie champêtre : l’incontournable fontaine Manneken pis, un enfant sur un toboggan, un escargot…

Pour une raison inconnue, les mots laconiques sur mon brouillon de randonnée ne ressuscitent que des souvenirs épars de la soirée passée dans ce refuge : peut être parce que les moments forts de la journée avaient envahi de leurs images et leurs impressions ma tête au point de me rendre insensible à la quiétude retrouvée. Ce refuge n’était pourtant pas désagréable ; il m’en reste des flashes, des moments dissociés les uns des autres : comme les deux enfants des patrons à la table d’à-côté qui mangeaient en chahutant ou ces deux jeunes randonneurs italiens qui se contentaient de boire. Je me souviens avoir entendu plus tard dans la soirée, alors que j’étais seule leurs interminables conciliabules ininterrompus qui traversaient la fine paroi séparant nos dortoirs.

Dans un jour déclinant, la pluie se remit à tomber. Je plaignais les pauvres vaches dans le pré circonscrit dans le carré de ma fenêtre qui enduraient ce énième déluge avec résignation.

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logo jauneDurant cette saison 2012, je n’ai pas enregistré mes traces qui, pour la majorité des étapes se superposent à celles présentées dans le site de la Via Alpina. Pour visualiser ce parcours et retrouver les informations  qui s’y rapportent, cliquez ici.

 

.Le texte est parfois long et la lecture à l’écran fastidieuse. Le récit dans son intégralité est publié en version « papier » et en fichier PDF imprimable.

A ceux qui sont abonnés au bulletin et qui m’ont suivie tout au long de mes pérégrinations, je me ferais un plaisir de leur adresser le fichier PDF de ce récit sur simple demande .

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