Via Alpina 2012, jaune & rouge (2) – Etapes 6 et 7

Étape 6, de Meraner Hütte à Bolzano

 Drôle de dame

« Bizarre….bizarre…. comme elle est étrange ! »

( Réplique revisitée de Louis Jouvet dans « Drôle de drame » de Marcel Carné )

 

Le ciel était si sombre quand le portable se mit à sonner que je doutais qu’il fut déjà l’heure de se lever. Mais il n’y avait pas d’erreur. Ce triste scénario me faisait remonter la couverture et m’accordait, chiche lot de consolation, le plaisir de pouvoir rester une demi-heure de plus au lit.

On se ment toujours. En randonnée, c’est sur la météo. Tant que l’on n’est pas découragé, on trouve des raisons d’espérer en se persuadant par exemple qu’une pluie à l’aube cédera en cours de journée, que s’il pleut le soir la nuit suffira à éponger le ciel. Et s’il fait beau dès le matin, on évite de penser à la suite de la journée.

La salle se remplit par à-coups pour le petit déjeuner. La communauté mangeait sans se presser, suspendue aux informations dispensées par un haut-parleur et matérialisées en temps réel par le tableau du ciel qui s’affichait derrière les vitres ruisselantes. L’orage éclata, déchirant le ciel d’éclairs tranchants. La pluie redoubla, étrilla les parasols penauds, mitrailla les tables et les bancs de la terrasse qui pataugeaient dans de gigantesques flaques hérissées comme de la chair de poule.

Les agitations du ciel créent toujours dans les refuges une ambiance particulière, mélange d’excitation palpable et d’apathie silencieuse. On s’installa dans l’attente qui relevait pour chacun d’une stratégie personnelle. Il y avait ceux qui allaient et venaient de la fenêtre au hall d’entrée, indécis, tentés d’aller se confronter aux éléments mais retenus par la peur du danger ; il y avait ceux qui consultaient leur carte peut-être pour voir le programme de la journée à la baisse ; il y avait ceux qui passaient du café à la bière sans transition ; il y avait ceux qui discutaient, qui riaient haut et fort ou qui jouaient aux cartes ; il y avait ceux qui, étrangers au tumulte du dehors et du dedans oubliaient le moment présent, transportés dans une autre vie par la magie d’un livre. Il y avait ceux enfin qui attendaient sans rien faire le regard accroché à un point virtuel et le geste économe. Mon douanier faisait partie de ceux qui consultaient leur carte sans se lasser. Son projet se précisait. Il me montra sa route, fin trait sinueux louvoyant entre une multitude de toponymes inconnus. Je lui montrai la mienne, tout aussi virtuelle mais qui ce soir, si toutefois la pluie voulait bien s’arrêter, revêtirait une personnalité particulière.

La radio prévoyait une amélioration et comme pour lui donner raison vers dix heures, il ne restait de toutes ces fièvres célestes qu’une pluie disciplinée, presque timide. En un clin d’œil, les cartes et les livres disparurent des tables, les verres et les tasses se vidèrent d’un trait. C’était la débâcle. On se précipitait en désordre dans l’entrée ou attendaient, serrés comme des animaux dans des wagons à bestiaux, les sacs. On se harnacha pour affronter l’eau et le vent : parkas, capes de pluie, guêtres comme arme de protection massive. Pas folle, cette fois je ne fis pas la même erreur qu’à Braunschweiger Hütte. Je laissai partir quelques randonneurs pour qu’ils ouvrent le chemin avant de me lancer. Il me suffisait de les suivre s’ils n’avaient pas été touchés par un coup de foudre tardif.

La pluie avait presque cessé quand je m’aventurai à mon tour. Je rattrapai un quatuor qui parlait plus qu’il ne marchait et une Allemande solitaire que j’avais vue au refuge parler si amicalement avec des compatriotes à elle que je croyais qu’elle faisait partie de leur groupe. Elle m’avait frappée car je lui trouvais une drôle de couleur. Pas ses vêtements, non, elle. Ses cheveux : pas blonds, jaunes. Et le visage rouge et un peu bouffi comme si elle avait pleuré ou enduré les agressions d’infrarouges impitoyables. Mais où Dieu peut-on attraper un coup de soleil dans une montagne si avare de beau temps durable ? Elle avait emballé son paquetage dans un sac poubelle. C’était abominablement original, probablement efficace contre l’eau et bruyant sous les assauts du vent. Enfin bref, je la rattrapai et comme nous marchions de concert, la discussion s’engagea. En allemand, car elle connaissait peu le français. Elle me confirma qu’elle marchait seule et qu’elle avait commencé depuis quelques jours la Via Alpina. Itinéraire jaune. Chemin assorti à ses cheveux. J’imaginai alors instantanément que nous serions amenées à nous revoir et même faire bon nombre d’étapes ensemble. Elle s’appelait Anja et habitait Hambourg.

La pluie cessa complètement après une demi-heure sans pour autant que le ciel ne donne une image optimiste. À peine avions-nous marché une heure et demie, que ma coéquipière décida de s’arrêter dans une auberge isolée pour fumer. Moi j’avais envie de continuer. D’abord, je ne voulais pas commencer à fumer à mon âge, ensuite, je préférais profiter des moments où il ne pleuvait pas pour avancer et enfin je ne tenais, ni à imposer ma présence ni à me lier trop rapidement. Cette pause tabac était peut-être pour elle un message signifiant qu’elle souhaitait également conserver son indépendance. Dans n’importe quelle relation, il faut toujours être sur la réserve au début, pour éviter un engagement que l’on pourrait regretter. La route était longue, les occasions de se retrouver n’allaient pas manquer. À commencer par ce soir, puisque nous allions l’une et l’autre à Bolzano et selon toute probabilité nous nous reverrions à l’auberge de jeunesse à moins qu’on n’y trouve pas de place. Je lui fis donc part de mon envie de poursuivre en ajoutant qu’on se retrouverait plus tard.

La journée née dans les convulsions se débarrassa progressivement de sa tristesse. Le ciel gris s’épura de ses gros nuages pesants et sous l’effet de la chaleur, l’herbe détrempée distillait l’ondée en une vapeur légère.

Vers Langfenn
Vers Langfenn

Vers treize heures des premiers rayons d’un soleil franc illuminèrent presque violemment les paysages les parant de couleurs saturées qui s’opposaient dans des contrastes tranchés. Des villages aux toits luisants infiltrés et cernés de bosquets d’arbres s’incrustaient entre les champs. Le vert émeraude des forêts répondait au vert presque fluorescent des prairies fraîchement coupées qui se prenaient presque pour des terrains de golf. Je ne marchais pas excessivement vite. Je fis une pause à l’auberge de Langfenn en début d’après-midi que je prolongeai un peu plus qu’à l’accoutumée, mais ne voyant pas arriver Anja, je repris le chemin, toujours sans me presser puisque effectivement rien ne pressait. San Genesio. Village de vacances en hauteur, cossu, doté d’installations sportives, relié à Bolzano par un petit téléphérique. Auparavant, je n’avais même jamais songé à utiliser ce genre de commodités, excepté le jour où j’étais malade. J’étais une ayatollah du tout à pied. Il m’avait fallu transgresser une première fois cette petite règle que je m’étais fixée pour que cette entorse ne chatouille à présent que très peu ma conscience.

Je dus patienter une demi-heure à la station du haut car la cadence des cabines était lente. Toujours pas d’Anya. Je descendis ; un bus attendait les voyageurs à l’arrivée pour les conduire au centre-ville.

Galerie de photos

2 Certosa - Tolmezzo
 

Bolzano était une charmante cité. Cœur historique, arcades, maisons typiques, musées dont l’un recelait la dépouille d’Ötzi, bistrots et restaurants à profusion. Enfin, tout pour attirer touristes et vacanciers qui étaient venus en masse. Sans attendre, je me mis en quête de l’auberge de jeunesse pour y laisser mes affaires et prendre ma douche avant de repartir faire un peu de tourisme. L’établissement était très prisé des clients de tous poils et de tous âges. Il ne restait dans une chambre de quatre personnes partiellement occupée que deux lits perchés dans les hauteurs que l’on pouvait atteindre par une échelle particulièrement malcommode. Je trouvais le confort assez abominable. Dans mon pigeonnier inaccessible, régnait une chaleur d’enfer. Mais le prix était sans commune mesure avec les autres hébergements de la ville. Alors je m’accommodai de cette solution, heureuse de ne pas être contrainte à faire le tour des hôtels pour trouver à dormir pour cette nuit.

J’étais en train de consulter le road book que j’avais téléchargé avant de partir sur le site internet de la Via Alpina quand Anya arriva. Je l’accueillis avec un grand sourire, lui demandant dans un allemand basique comment s’était passée sa journée. Tout en parlant, elle remarqua mon carnet de route. Elle me dit qu’elle n’en connaissait pas l’existence et me questionna pour savoir où je me l’étais procuré. Je lui fis part de mes sources et lui demandai, perplexe, comment elle avait connu cet itinéraire et pu suivre les étapes sans se tromper. Elle en avait entendu parler par des amis et s’était contentée des cartes de randonnées où figuraient le long des tracés les minuscules logos. Elle eut soudain une réaction curieuse. À la fois intéressée par ce livret qui facilitait grandement la gestion du parcours et contrariée de découvrir ces informations trop tardivement. Changeant de conversation, je lui proposai d’aller manger ensemble le soir. Mais son trouble ne fit que s’accroître. Elle commença à me tenir des propos confus que je ne comprenais pas bien, desquels il ressortait qu’elle devait partir à la recherche d’un cybercafé ( certainement pour consulter le site ) et faire quelques achats de vivre. Elle était de plus en plus rouge et agitée. Mais qu’est-ce 3d-frappe-maboulequ’elle me faisait cette Gretchen ? Face à mes mimiques et propos interrogatifs, elle prétexta pour justifier son caca nerveux une fatigue excessive et autres causes insondables. Une jeune fille aux allures de nonne, occupant l’un des lits du bas, essaya de traduire en anglais quelques phrases sorties du discours d’Anja. Bien que les choses ne fussent pas clairement exprimées, j’en saisissais vaguement la teneur. Il m’apparaissait qu’elle était embarrassée de ma présence et qu’elle craignait de devoir lier sa randonnée à la mienne. Étant donné qu’il n’y avait presque que des Allemands sur ce parcours, elle disposait chaque jour d’interlocuteurs nombreux qui agrémentaient ses soirées, mieux que ne pouvait le faire une Française butant sur tous les mots de sa langue. Après ses explications embrouillées qui évoquaient tout et n’importe quoi sauf la raison principale qui se dessinait en filigrane, je la délivrai de ses scrupules en lui disant avec le sourire que marcher et passer mes soirées en solitaire n’était pas un problème pour moi. Je savais en partant, qui plus est, dans un pays étranger où je maîtrisais peu la langue à quoi je serais confrontée. Quand je fais des rencontres, j’en suis ravie, dans le cas inverse je n’en suis pas affectée. La discussion s’arrêta là. Nous allâmes manger chacune de notre côté. J’étais déjà couchée quand elle revint et au matin je partis avant qu’elle ne se lève.

Nous nous sommes croisées encore deux fois dans les refuges suivants, saluées poliment et avons échangé quelques phrases convenues au détour d’un couloir. Je la vis pendant les repas en compagnie de ses compatriotes parler avec entrain. Après quoi, nous nous ne nous revîmes plus. Ainsi se termina une étrange relation qui de prime abord m’avait semblé prometteuse.

glisse

 

Étape 7, de Bolzano à Schlernhaus ( Rifugio Bolzano )

 

« Naviguer à vue, c’est retrouver le sel et le sens de la vie »

( Kheira Chakor )

 

Faute d’avoir trouvé, et surtout cherché, un magasin au cours de la flânerie la veille au soir, je n’avais pas acheté de carte couvrant la suite du parcours. Quelle inconséquence ! Attendre l’ouverture des commerces m’aurait fait partir trop tard. Je devais me contenter de mon road book qui ne mentionnait que les points intermédiaires et qui prévoyait, pour une raison inconnue de faire la partie Bolzano – Tires en bus. Je supposais que sur cette portion, il n’y avait pas de sentier correctement balisé ou présentant un intérêt. Si je continuais sur cette lancée, j’allais finir par parcourir cet itinéraire jaune presque exclusivement par des moyens de transport mécaniques comme le faisaient les aristocrates du siècle dernier qui voulaient aller s’éblouir des montagnes sans se salir les pieds ou se fatiguer un peu. Les bus ont remplacé les diligences et les téléphériques les chaises à porteurs. Ces grandes villes ultra touristiques épargnent aux touristes qui ne sont peut-être pas des stakhanovistes de la montagne les tronçons jugés rébarbatifs ou excessivement fatigants pour les amener en quelques dizaines de minutes au départ de la boucle qu’ils souhaitent faire dans la journée. Pour moi ce n’était pas un bénéfice mais plutôt un accroc sur mon parcours, un pas de géant de treize kilomètres qui resta dans ma mémoire sous forme d’un petit bout d’autoroute et de quelques villages à peine effleurés.

Ah, j’allais oublier ! En plus de mon road book, je pouvais peut-être compter sur le GPS. Je m’en étais si peu servie jusque là que je l’avais totalement négligé. Il se contentait d’occuper la fonction de pendentif. Je devais donc m’en remettre au balisage que j’espérais clair et fourni. Jusqu’à ce point, je devais bien admettre qu’il avait été particulièrement efficace. Je n’avais presque jamais eu recours au petit dépliant que j’avais trouvé dans un refuge où figuraient tous les sentiers de randonnée du coin. Mon road book m’avait cependant été utile car il présentait les distances et les temps séparant les points intermédiaires ainsi que les hébergements et lieux de ravitaillement.

Le bus comptait quelques autochtones et une poignée de randonneurs. En une demi-heure, il nous amena à Tires, déversant une partie de sa cargaison sur le bord de la route avant de continuer vers des villages suivants.

transpireLe vrai commencement de l’étape était ici, au village de Tires, devant le bouquet de panneaux indicateurs. Changement de statut : je délaissai celui de passager pour endosser celui de piéton. Petit crochet à la supérette – qui ne détenait pas la carte désirée -, inspection de tous les panneaux jusqu’à trouver le bon, et en avant, sans échauffement. Il fallut se lancer pour une petite montée de plus de deux heures. En plein soleil. Soleil, cet ami qui vous veut du mal ! Je ne parle de lui que maintenant et pourtant c’était toujours la première chose que je regardais le matin avant même de me lever. Ce précieux allié ne pouvait se faire oublier tant il me cuisait le dos, provoquant des suées inondant mon tee-shirt. Mais si sa présence était remarquable, son absence l’aurait été également. Ce partenaire ambivalent faisait toujours payer cher sa compagnie et savait se faire regretter dès qu’il se cachait.

La pente était régulière, ne m’infligea que peu de fatigue. Elle délégua cette tâche à la chaleur. Dans les délais prévus j’arrivai à Tchafon Hütte, ferme-auberge qui accueillait déjà ses premiers clients. Je n’avais pas oublié ma découverte de l’année dernière, le désaltérant « Skiwasser » qui se décline dans tous les parfums et qui n’est autre qu’un grand verre de sirop bien frais. Divinement rafraîchissant et hydratant après une bonne montée.

Ces espèces d’îlots de vie, après de longs passages déserts qui plongent dans une grande solitude me paraissent toujours insolites et je me pose invariablement la question de savoir d’où viennent ces gens attablés loin de tout que je n’ai pas vus à un moment ou un autre. C’est à croire qu’ils ne marchent pas et qu’ils restent là en permanence.

Les randonnées ménagent toujours des surprises. C’est-à-dire qu’on navigue entre certitudes et hésitations. Tantôt, comme c’était le cas avant l’auberge, le chemin était tracé et n’offrait aucune possibilité de s’échapper, les balises et les panneaux indicateurs en étaient les garde-fous. Le numéro de sentier s’affichait régulièrement de façon évidente. Et tout d’un coup, pour une raison incompréhensible, les cartes se brouillèrent ; plus rien n’était conforme à la logique. Le sentier qui devait mener plus loin ne partait pas dans la bonne direction et le numéro qu’il arborait n’était pas le bon. Qui croire ? Les informations du terrain ou celles du papier. Ces contradictions m’obligèrent à me renseigner avec toujours cette crainte de tomber sur un serveur qui n’est là que quelques mois par an et qui n’a qu’une vague idée des chemins et des lieux qui rayonnent autour du gîte. Plus les réponses sont vagues ou hésitantes moins je leur accorde de crédit. Cependant j’eus la chance de tomber sur le patron qui connaissait parfaitement les lieux et qui m’indiqua même d’une façon tout à fait pédagogique voyant mes talents en allemand plus qu’hypothétiques, carte à l’appui, le chemin à prendre pour aller jusqu’à Schlernhaus.

Une fois la machine lancée, il n’y eut plus de problème pendant de longs kilomètres. Les différents points de passage mentionnés aux intersections correspondaient à ceux de mon topoguide. Mais avant d’arriver à Peter Frag Kreuz, le sentier était coupé, de façon nette, disparaissant sous des éboulis. Une interdiction formelle d’aller plus loin pour cause de danger barrait le passage. La raison : une avalanche probablement récente qui n’était signalée nulle part en amont ou sur la documentation. Un petit sillon non balisé qui semblait avoir été créé pour la circonstance se sauvait entre les arbres. À moins de rebrousser chemin, je n’avais d’autre choix que de l’emprunter. Je nourris toujours une certaine méfiance pour ce genre de sentiers dont on ne sait s’ils sont l’œuvre de l’homme ou de l’animal car parfois ils ne mènent à rien. On insiste et arrivé à la fin de la trace visible pour vouloir trouver une suite, on s’engage sur des empreintes de plus en plus improbables pour finir par revenir sur ses pas après avoir perdu un temps précieux. Celui-ci m’obligea en plus à remonter dans la pente pour contourner par le haut le glissement de terrain. Finalement, si timide au départ, ce petit chemin gravé par de nombreux marcheurs devint à ce point évident qu’il me rassura complètement : il était impossible de se tromper. Il me donna même l’impression, même s’il obligeait le randonneur à fournir davantage d’effort, d’avoir supplanté de façon définitive le chemin enseveli trop vulnérable.

Après une descente qui conduisait à une ferme-auberge isolée, une dernière ascension m’attendait. D’abord entre les versants qui limitaient le panorama. Mais au fur et à mesure que l’on prenait de l’altitude, la scène s’élargissait, le ciel se déployait. L’impression de liberté et d’espace grandissait, stimulant la motivation à maintenir la cadence car on pressentait que plus haut, le spectacle devait être encore plus beau. La fatigue se faisait oublier. Et quand enfin, j’atteignis les vastes alpages aux pentes douces qui s’offraient à moi sans qu’aucun obstacle n’intercepte le regard, le panorama fut époustouflant. Les randonneurs que j’imaginais éternellement assis aux terrasses des auberges ou des refuges étaient là, éparpillés au hasard des chemins comme des nains de jardin.

number-oneLa somptueuse arrivée à Schlernhaus doit se savourer. Elle se fait au terme d’une douce fin de montée jalonnée de pierres dressées comme des montjoies dans l’herbe rase. À ma droite et derrière moi, les sommets des mythiques Dolomites cernaient l’horizon. Le refuge si petit de loin, se découpait sur la crête comme un phare ou un observatoire. L’approche révéla sa taille imposante et le charme de son architecture singulière avec son clocheton élégant. C’était un magnifique hospice qui bourgeonnait d’excroissances et d’appendices lui conférant une allure un peu compliquée, loin de l’austérité de ses confrères du Grand Saint-Bernard et du Simplon. Pas de route, pour y arriver uniquement des chemins. Il faut être piéton pour pouvoir en profiter. Le spectacle était grandiose à mon arrivée. Dépouillé pour ne rien laisser perdre de ce qui se trame au sud : le ballet majestueux des sommets équarris des Dolomites se noyant dans une houle de nuages offensifs et se parant sous les rayons obliques du soleil de toutes les nuances de gris et de rose. Il avait fait beau toute la journée mais la soirée et la nuit risquaient d’être mouvementées. Une bise glaciale étrillant la crête accueillait les randonneurs. Il y avait foule aux abords du bâtiment : ceux qui arrivaient, pressés de rentrer et ceux qui étaient déjà installés, délestés de leur bagage et en tenue plus légère, tournant autour du refuge en discutant comme pour tuer le temps. L’intérieur bruissait de vie ; j’avais même peur un moment qu’il ne reste plus de place pour dormir. Mais, luxe inespéré, on m’accorda une petite cellule monacale individuelle. Semblable à celle qu’on avait attribuée au refuge du Simplon un an auparavant.

En arrivant a Schlernhaus
En arrivant a Schlernhaus

À l’heure du repas, les deux salles de restaurant étaient pleines. Tout le monde était déjà attablé. Alors que je faisais le pied de grue en attendant qu’une serveuse veuille m’attribuer une place, je vis Anya, installée avec ses compatriotes à une table où il restait une place. Elle fit mine de pas ne pas me voir. Je fus rassurée, son attitude me confirmait que je n’avais pas mal interprété ses propos la veille au soir.

On me proposa une place à la table d’une charmante petite famille. C’était un couple de Hollandais avec trois filles qui paraissaient être pratiquement du même âge mais qui n’avaient aucune ressemblance entre elles. Ils étaient plaisants et parlaient un peu le français. Nous discutâmes pendant tout le repas de leur périple de huit jours. Le père m’expliqua qu’il ne voulait pas dégoutter ses enfants de la marche avec des étapes trop longues. Ainsi, ils faisaient des compromis : étapes raisonnables et activités exaltantes pour les filles qui appréciaient particulièrement les via ferrata et arrivée au refuge à une heure pas trop tardive pour avoir encore le temps de faire quelques jeux de société où s’adonner à la Gameboy. La salle était terriblement bruyante ; il fallait forcer la voix pour se faire comprendre. Le service était réduit à un travail à la chaîne et la salle à manger s’apparentait davantage à une cantine d’usine qu’à celle d’un refuge de montagne. Tournait dans un mouvement perpétuel une noria de serveuses chargées de plats ou de bouteilles. Après ce tintamarre, le silence de ma chambre me donna l’impression d’être soudain sourde.

liengif

 

 

séparateur

logo jauneDurant cette saison 2012, je n’ai pas enregistré mes traces qui, pour la majorité des étapes se superposent à celles présentées dans le site de la Via Alpina. Pour visualiser ce parcours et retrouver les informations  qui s’y rapportent, cliquez ici.

 

.Le texte est parfois long et la lecture à l’écran fastidieuse. Le récit dans son intégralité est publié en version « papier » et en fichier PDF imprimable.

A ceux qui sont abonnés au bulletin et qui m’ont suivie tout au long de mes pérégrinations, je me ferais un plaisir de leur adresser le fichier PDF de ce récit sur simple demande .

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *