Via Alpina 2012, jaune & rouge (2) – Etapes 4 et 5

 

Étape 4, de Karthaus (Certosa) à Giggelberghof

 

 » Ne reste pas sur terrain plat !

Ne monte pas trop haut !

Le monde est plus beau 

Vu à mi-hauteur. »

( Friedrich Wilhelm Nietzsche )

 

Les petits déjeuners sont généralement assez pauvres en Italie sauf dans les régions frontalières où les traditions autrichiennes ont diffusé par osmose. C’était un véritable repas où étaient déballés charcuteries, fromages, pains variés, céréales, confitures, yaourts, beurre, etc. J’étais presque embarrassée de ne pas pouvoir faire honneur à ce festin préparé rien que pour moi et je craignais même que l’hôtesse ne pense qu’il ne me convenait pas. Je glissai subrepticement dans mes poches un sandwich que je mangeai avec appétit en milieu de matinée.

Je partis tôt. Enfin, tôt est une notion relative. Huit heures moins le quart, pour les marcheurs forcenés ou pour ceux qui font du bivouac, c’est un horaire plutôt tardif. Pour les vacanciers, c’est carrément le bagne. Si je ne démarrai pas trop tard, c’était plus par crainte d’une dégradation du temps que pour la longueur de l’étape qui aujourd’hui encore était modulable car elle proposait une palette d’hébergements répartis sur la journée.

Le début du parcours avait quelque chose d’un peu démoralisant pour ceux qui sont comptables de leurs dénivelées. Je devais rallier Katharinaberg, superbe petit village juché sur un promontoire se chauffant déjà sous les premiers rayons du soleil. Pas beaucoup plus haut que Karthaus. Oui mais voilà, entre ces deux villages qui, à vol d’oiseau ne devaient pas être séparés de plus d’un kilomètre et demi, il y avait une vallée profonde. Il fallut donc dégringoler, d’abord dans les prés humides à l’ombre du sommet. Puis dans la forêt sombre avec cette impression de ne jamais arriver en bas, les arbres cachant la fin de la descente. Chaque pas censé me rapprocher du village ne faisait en réalité qu’allonger la montée à suivre. On aurait voulu à chaque virage découvrir le fond, mais sans cesse il fallait repousser l’espoir au suivant. Enfin il arriva. Ombreux, frais, humide. Entaillé d’une route. Enlaidi d’un parking. Ensommeillé aussi avec un bistrot fermé semblant presque à l’abandon. Et puis tout recommença dans l’autre sens. Mais cette fois, sur le versant ensoleillé. La descente ne requérait que le contrôle les muscles, l’ascension maintenant forçait le cœur et la respiration. La forêt entretient une chaleur de sauna. La sueur coulait dans les yeux. Il fallait attendre d’être assez haut pour espérer bénéficier de la mansuétude du vent.

Katharinaberg comme en témoignaient les hôtels et restaurants qui avaient pignon sur rue, était une halte de nombreux parcours de randonnée. Un grand panneau au centre du village listait une série de chemins numérotés. J’avais l’embarras du choix, mais le mien était aux abonnés absents. Je dus m’en approprier un autre qui s’affichait avec ostentation. C’est apparemment la vedette du coin, j’ai nommé le « Meraner Höhenweg ».

2 Certosa - Tolmezzo

Je n’avais plus de carte. J’avais dépassé les limites de celle achetée à Oberstdorf l’année précédente et qui n’avait donc vécu depuis la reprise de ma randonnée que le temps de deux étapes. Mais je trouvai sur les panneaux indicateurs tous les points intermédiaires qui figuraient sur mon road book de la Via Alpina. Un petit dépliant trouvé au gîte de Karthaus présentant le Meraner Höhenweg devait me suffire jusqu’à la station de téléphérique qui descendait à Merano. C’était la première fois que je marchais sans l’aide d’une carte digne de ce nom et sans recourir au GPS. Ce chemin était largement fréquenté, parce qu’il répondait à tous les critères pour attirer les marcheurs en nombre : pas excessivement sportif sans être pour autant à la portée de tous, jalonné de quelques points de restauration et d’hébergement et accessible par différents moyens de locomotion. Extrêmement bien balisé, il ne laissait pas place à l’improvisation et la totalité de cette boucle d’une durée approximative de huit jours correspond à l’attente de nombreux randonneurs. Toute la journée, je rencontrai des groupes ou des couples, essentiellement allemands. N’allez pas croire cependant que j’ai enchaîné les « Guten Tag », et les « Grüzi », car en dehors de certaines étapes du chemin de Compostelle, la densité humaine sur les chemins de montagne, même fréquentés, ne suffit pas à constituer de processions, sauf peut-être dans le périmètre immédiat des parkings et dans les passages délicats qui ralentissent le courant.

Le temps était magnifique, trop beau pour être honnête. Mais il fallait le prendre sans penser à plus tard. Ce chemin avait tout pour plaire. Il flottait, accroché au pan de la montagne, au-dessus d’une large vallée où étincelaient à travers une légère brume, les toits des villages qui s’éparpillaient dans la verdure.

Il était facile, égayé de quelques attractions qui relançaient l’intérêt et gommaient la monotonie d’une marche qui sollicite si peu les muscles. Il s’attardait devant des fermes désertées des troupeaux pour la journée ou des auberges fleuries se préparant au rush de midi, saluait des têtes de géants cocasses et bienveillants sortis de troncs grâce au talent de quelques bûcherons sculpteurs locaux, alla jouer aux équilibristes sur un pont suspendu aux lèvres d’une faille.

Galerie de photos

2 Certosa - Tolmezzo
 

Bien que possédant tout ce qu’il me fallait pour pouvoir confectionner un repas sommaire acceptable, je ne résistai pas à l’attrait des salades, des omelettes, des plateaux de fromages ou de charcuterie que proposaient les fermes-auberges, histoire de manger confortablement installée et de me délecter d’une boisson qui n’avait pas chauffée dans la poche du sac pendant toute une matinée.

La surprise surgit au milieu de l’après-midi. Alors que j’étais arrimée au rail confortable de mon sentier, il se mit soudain en tête de vouloir me précipiter dans les fins fonds d’une ravine qui n’apparaissait même pas sur ma succincte carte, en se contorsionnant en virages serrés. Prise en défaut par des indications trompeuses, car les auberges situées de part et d’autre de cet accident de terrain avaient la même altitude ce qui n’avait soulevé aucune espèce de doute dans mon esprit quant à la facilité du chemin.

Certes, il avait su faire preuve d’un peu de compréhension envers ses visiteurs : il s’était équipé d’escaliers sinueux et interminables, de mains courantes et avait opposé au vide quelques balustrades. Il semblait concentrer ici presque tous les randonneurs du parcours en un défilé décousu et hésitant.

Je croisai au début de ce tronçon éprouvant un groupe de septuagénaires, dont certaines dames plus à la physionomie Botero que Giacometti, dégoulinantes et empourprées comme des pavots semblaient au bord de l’apoplexie. Elles râlaient, elles soufflaient, se hissaient péniblement accrochées aux rambardes, faisaient une pause toutes les trois marches. Elles me demandèrent, découragées, si leur calvaire était encore long. J’admirai leur courage, parce que pour le moins, elles n’avaient guère le gabarit pour affronter de telles rudesses. D’après ce que je compris des propos que l’une d’elles me tint, elles ne s’attendaient pas à une telle difficulté. Je les rassurai en leur disant qu’après encore une courte montée, le reste du chemin était plus civilisé et que bientôt elles pourraient s’offrir le réconfort d’une bière ou d’un thé.

Pour moi aussi, les grimpettes étaient épuisantes. Cette fatigue m’inquiétait un peu, car les montées étaient certes sévères mais pas excessivement longues. Des dénivelées, j’en aurai d’autres à l’avenir, certainement plus ardues et il me faudra bien les affronter. J’essayais de trouver des explications. La chaleur avait sa part de responsabilité ainsi que les kilomètres accumulés depuis le début de la journée. Les étapes qui ne sont pas difficiles grignotent à notre insu l’énergie et l’on croit après une journée sans sollicitation notable être capable de fournir un effort. Mais très rapidement on constate que l’énergie qui nous restait n’était qu’un reliquat trompeur.

Les dernières centaines de mètres de la montée m’étaient si pénibles qu’il me fallut effectuer des paliers comme j’en avais pris l’habitude quand je sentais que j’étais à bout de force. La technique consistait à se fixer un nombre de pas à effectuer et s’interdire de marquer une pause avant d’atteindre cet objectif. Le procédé était efficace. D’une part, chaque halte permettait au cœur et à la respiration de retrouver un rythme plus modéré et d’autre part le décompte détournait l’attention de l’effort que je devais mobiliser. C’est ainsi que j’arrivai au terme de mes épreuves.

Je finis mon parcours dans la pénombre d’une forêt qui offrait un peu de fraîcheur. Pénombre renforcée par l’arrivée de nuages qui éclipsaient le soleil. Ils approchaient vite. Et s’invitaient dans ma réflexion au sujet de la fin de mon étape. Ils eurent le dernier mot car, au moment où j’arrivai à Giggelberghof, ils commencèrent à doucement s’épancher.

Giggelberghof ( j’aurais presque tendance à dire plus spontanément Googleberghof, rapport à une vie webistique orchestrée par le tout puissant moteur de recherche ) était un lieu de vie et de passage hétéroclite où se côtoyaient paysans, hôteliers, employés du téléphérique, randonneurs et chèvres en liberté à qui l’on semblait avoir confié la fonction d’hôtesse d’accueil.

Le soir, je n’eus pas le même confort que la veille. Hébergement éclaté : dortoir dans un bâtiment, WC et douches dans un autre, dîner dans un troisième. Il fallut naviguer de l’un à l’autre, parapluie en main sous le regard indifférent des biques qui s’alignaient sous les débords de toits. Quelqu’un était déjà installé dans le dortoir. Des chaussures d’une grandeur impressionnante attendaient devant l’entrée et des affaires en bataille étaient disposées sur un lit de deux personnes. Le géant qui émana des douches était un sympathique Belge flamand qui entamait aujourd’hui même le Meraner Höhenweg. Brève discussion en français sur nos parcours respectifs qui ne dépassa pas la frontière du dortoir. Nous mangeâmes séparément, captés par nos lectures et prises de notes.

Le repas dans la véranda se déroula sous le lancinant crépitement de la pluie qui voilait toutes les perspectives. Je fus à la fois contente d’avoir vécu une belle journée ensoleillée et soucieuse à l’idée que cette perturbation puisse s’installer durablement. Les souvenirs de l’année passée à ce sujet refaisaient surface.

 glisse

Étape 5, de Giggelberghof à Meraner Hütte

« Le rire, comme les essuie-glaces, permet d’avancer même s’il n’arrête pas la pluie »

( G. Jugnot )

 

Le baromètre est le rapporteur des variations de pression atmosphérique, mais aussi le déterminant de mon humeur. Et ce matin-là, j’étais d’une humeur massacrante car, comme je le redoutais le ciel était au gris. Pas un gris changeant fantasque qui laissait quelques lueurs d’espoir, mais un gris uniforme. Un gris huileux qui allait tout saloper. Un gris qui transformait presque l’enthousiasme en devoir et la marche en pensum. Je n’avais pas fait dix mètres qu’il commença à pleuvoir. Patatras, il fallut raintomber le sac, chercher la veste imperméable, calfeutrer le téléphone et l’appareil photo. Ça sentait déjà la lassitude. Une demi-heure après le départ j’arrivai à Nassereith-Hütte. Il tombait des cordes. L’aubergiste occupé à terminer à la hâte quelques travaux dans son jardin m’invita à m’asseoir le temps de laisser passer l’averse. À travers le prisme de ma hargne, je voyais dans sa proposition qu’une opportunité pour lui d’engranger quelques sous. J’avais envie de lui répondre mal comme s’il était responsable de cet état de choses. La colère rend injuste. Et comme j’avais encore mon petit déjeuner sur l’estomac, je déclinai l’offre presque en bougonnant. Je voulais au moins avancer jusqu’au refuge suivant et décider en fonction des conditions et de ma motivation. Je marchais, mécanique rouillée, tout en fulminant, invectivant le ciel, le regard prisonnier de mon capuchon-œillère. La randonnée n’est pas un perpétuel bonheur. Mais progressivement la pluie commença à céder. Le ciel s’éclaircit un peu entraînant un regain d’espérance et quand j’arrivai au refuge de Valico ( Hochganghaus ), l’amélioration était encourageante. Je m’étais trompée dans les grandes largeurs : la journée que j’avais imaginée terne et ennuyeuse commençait à refaire naître l’enthousiasme.

À Leiteralm, le ciel était moyennement ennuagé et mon optimisme grimpait en flèche. À partir de ce moment-là, le chemin commença à être fréquenté. Il était étonnant. On le voyait au loin courir horizontalement comme une mince gouttière en équilibre sur le versant abrupt de la montagne qui plongeait dans les faubourgs de Merano. Des petits points épars et multicolores matérialisaient les groupes de randonneurs. Quand on arrivait sur cette portion de chemin, on découvrait qu’il n’était finalement pas si étroit et à moins d’être sous l’emprise de l’alcool, il ne présentait aucun danger. Cette coursive naviguait ainsi entre vallée et sommet jusqu’à l’auberge de Hochmuth, point d’arrivée du téléphérique au départ de Merano. Ici le « Meraner Hohenweg » divorçait d’avec la Via Alpina.

Le temps avait complètement changé, mon humeur aussi ; les nuages avaient disparu je-ne-sais-où et laissé une place royale au soleil qui ne mit guère de temps avant de transformer le chemin en fournaise.

J’arrivai à l’extrémité de ma carte-prospectus ; mon topoguide conseillait de descendre à Merano par le téléphérique. Quel dommage de perdre cette demi-journée ensoleillée alors que je m’étais infligée la pluie et la grisaille une bonne partie de la matinée. J’ignorai des recommandations et m’engageai sur un petit sentier qui indiquait Tiroloschloβ et Tirolodorf, d’authentiques noms d’opérette.

À partir de ce point-là, le chemin se vida, la concurrence d’un téléphérique est toujours déloyale. Et pourtant, le parcours était superbe. Mes seules rencontres avant le village furent quelques chèvres en liberté au milieu de la forêt qui vinrent me rendre visite pendant une courte pause. Comme des douaniers qui flairent la drogue ou les produits de contrebande, elles inspectèrent du museau mon paquetage. Peu exigeantes, elles ne se shootèrent qu’au sel.

Le chemin serpentin surplombait le château de Tirolo. Le village éponyme s’étirait en quartiers huppés qui comptaient nombre de boutiques de produits locaux et hôtels de standing. Je pensais rejoindre Merano à pied mais il me semblait que la fin du parcours peu attrayante se résumait à des trottoirs de routes fréquentées jusqu’au bout. Alors après quelques achats de fruits, je pris le bus pour le centre-ville pensant y trouver un hôtel.

Tiroloschloss
Tiroloschloss

Ce que je découvrais de Merano à travers les fenêtres n’avait rien de particulièrement spectaculaire. Je suis décidément toujours en décalage avec les guides touristiques qui vantent les villes. C’était une cité thermale et je ne sais pour quelles raisons je trouve toujours à ce genre de localités un coté un peu désuet. Probablement parce que pour moi le thermalisme relève davantage d’un tourisme aristocratique très dix neuvième siècle que d’une thérapie moderne dont les bienfaits restent à prouver. Un randonneur m’avait dit que Sissi, impératrice d’Autriche venait y prendre les eaux. J’aurais dû penser que les thermes s’entourent toujours d’hôtels plus ou moins luxueux. Et Merano ne faisait pas exception à la règle. Je restai dubitative devant les établissements du quartier de la gare où le bus m’avait déposée. Je n’osais imaginer le prix des nuitées. Non pas que je n’en avais pas les moyens, mais je trouve toujours assez ridicule de payer une chambre très chère seulement pour y dormir et se lever aux aurores. De plus, les repas qu’on n’y sert avec le raffinement inhérent à ce genre d’hôtels sont toujours d’une morosité et d’un anonymat déprimants. Et si finalement au lieu de dormir ici, si je partais à la station plus haut ?

Je trouvai un bus qui montait à « Mehran deux mille » mais je n’avais pas le moindre renseignement sur les hébergements qu’on pouvait y trouver. Et la tâche s’avéra d’emblée compliquée pour faire comprendre au chauffeur qui ne parlait que l’italien que je souhaitais sortir à un arrêt où il y avait un gîte. En pareille circonstance, surtout en Italie, tout le monde y va de ses conseils, de ses traductions et de ses explications pour essayer de trouver une solution au problème. Après des échanges interminables qui ont conduit le chauffeur au comble de l’agacement, je finis par saisir qu’il y avait un hôtel au sommet. C’était tout ce que je voulais savoir. Évidemment, s’il était complet, je ne saurais que faire car le bus qui me conduisait en haut était le dernier de la journée et redescendait immédiatement. Tant pis, il fallait tenter. Au pire, je pourrais certainement trouver un automobiliste pour me ramener à Merano.

J’occupai ce court voyage à des discussions avec des vacanciers italiens qui baragouinent un peu le français.

« Mehran deux mille » était encore très animé quand nous arrivâmes. Les remontées mécaniques fonctionnaient encore. Un bref coup d’œil sur mon topoguide qui m’indiquait qu’après un court transfert en télécabine, il restait encore à peu près une heure de marche pour arriver au Meraner Hütte. L’employé des télécabines me confirma cette information et me demanda de me décider rapidement car c’était l’heure de la fermeture. Je n’avais pas beaucoup le temps de réfléchir, j’achetai mon billet et m’engouffrai dans l’un des petits œufs de la guirlande tournante. En espérant que le temps qui recommençait à se gâter me laisse un peu de répit. Dix minutes de trajet entre ciel et terre. Je me lançais alors dans une marche qui tenait plus de l’expédition que de la flânerie. Et après quarante cinq minutes précisément d’un chemin remontant les pistes de ski l’hiver et champs à vaches l’été, je parvins au refuge qui paradait au cœur d’un immense alpage. Il devait être prêt de dix-huit heures. De l’extérieur, il semblait vide mais dès que je passai la porte un brouhaha contredit cette impression. J’eus tout juste le temps de prendre possession de ma chambre ( individuelle, s’il vous plait ! ) et de me doucher avant d’aller dîner. La salle à manger était remplie ; une seule petite table était libre. J’entamai mon repas seule mais après quelques minutes un randonneur solitaire vint s’installer à coté de moi. Nous mangeâmes sans rien dire et c’est fou ce que ces instants où chacun est muré dans son silence, font voir l’inconnu qui vous côtoie comme quelqu’un de presque antipathique. Un intrus dans votre intimité. On lui trouve le visage fermé ou hautain, on le gratifie d’un comportement indifférent. Mais secrètement pendant ce round d’observation, chacun essaie de trouver une faille dans ce qu’il croit être une carapace inviolable. On jette alors des ponts en lançant quelques politesses anodines « Voulez-vous un peu de pain ? » ou « Je vous sers de l’eau ? ». L’écluse s’ouvre et change le regard : l’être peu sympathique quelques minutes auparavant se transforme en interlocuteur loquace et souriant. Le flot des paroles s’engouffre dans la brèche. Un courant un peu maigre et poussif quand l’un parle allemand et l’autre français. Mais bon, cahin-caha nous arrivâmes à nous présenter et décrire notre projet. Nous découvrîmes avec amusement que nous étions presque voisins, habitant de part et d’autre du Rhin. Il était douanier à Offenbourg. Je souris à cette évocation et lui demandai ce qu’il pouvait bien faire de ses journées depuis les accords de Schengen. La libre circulation entre nos deux pays l’avait poussé dans les bureaux pour des tâches administratives peu passionnantes et dans quelques mois, il serait muté sur la frontière Suisse pour traquer les trafiquants de chocolat et de montres Swatch.

Il avait commencé sa randonnée le jour même et pensait terminer cinq jours plus tard dans un village desservi par les trains. Mais il n’avait pas une idée très précise du parcours qu’il voulait faire. Il calculait à voix haute, pesait le pour et le contre, évaluait la difficulté et la longueur des étapes. Au moment où chacun monta dans sa chambre, sa décision n’était pas encore arrêtée. Pour moi tout était si simple, je n’avais qu’à suivre mon chemin, mes seules fantaisies étaient la plupart du temps le fruit de mes erreurs.

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Durant cette saison 2012, je n’ai pas enregistré mes traces qui, pour la majorité des étapes se superposent à celles présentées dans le site de la Via Alpina. Pour visualiser ce parcours et retrouver les informations  qui s’y rapportent, cliquez ici.

 

.Le texte est parfois long et la lecture à l’écran fastidieuse. Le récit dans son intégralité est publié en version « papier » et en fichier PDF imprimable.

A ceux qui sont abonnés au bulletin et qui m’ont suivie tout au long de mes pérégrinations, je me ferais un plaisir de leur adresser le fichier PDF de ce récit sur simple demande .

 

 

 

 

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