Traversée des Vosges en hiver entre St-Amarin et Ste-Marie-aux-Mines (1)

C’est la troisième fois que Christine, Bill (des amis écossais) et moi, nous nous retrouvons pour une traversée des Vosges en raquettes. Pour changer, nous avons décidé de la faire dans le sens sud-nord. Notre périple se découpant en 7 étapes a débuté à Saint-Amarin, dans la vallée de Thann et s’est terminé à Sainte-Marie-aux-Mines.

Forte de nos expériences antérieures, j’avais envisagé un parcours un peu moins ambitieux que les précédents. En effet, l’année dernière nous avions dû renoncer à une étape en raison d’un tronçon dangereux sur un versant excessivement enneigé et se confronter à des étapes un peu trop longues.

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Cette année notre randonnée:

Parcours global
  •  comportait des étapes journalières évaluées à minima, c’est-à-dire comprises entre 15 et 17 km.
  • empruntait le plus souvent des chemins relativement repérables et sûrs, du type « tracés directs » et larges pistes, deux types de parcours évidents sur lesquels on trouve fréquemment  des traces.

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Récit

Étape 1 : Saint Amarin – Grand Ballon

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Lundi 18 février 2013. Nous arrivons par le train. Volontairement, l’étape d’aujourd’hui est courte. C’est, comme on dit, une étape de mise en jambe. Le temps est magnifique. Nous respectons l’itinéraire prévu. Montée au Col du Haag par un sentier bien balisé et enneigé. Deux kilomètres à peine après le départ, nous devons chausser les crampons, moins fatigants que les raquettes, car la neige est dure et l’on n’y enfonce pas. Col du Haag où la ferme auberge est, contre toute attente, ouverte, et pour finir un petit bout de la route des crêtes non déneigée, transformée en piste de ski de fond qui mène au châlet-refuge du Grand Ballon en une demi-heure.

Il reste encore assez de temps pour monter au sommet et aller admirer les sommets des Alpes bernoises flottant sur un radeau de brume.

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Vue du Grand Ballon
Vue du Grand Ballon

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Étape 2 : Grand Ballon – Rothenbrunnen (Petit Ballon)

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Le temps est encore splendide. D’entrée de jeu, nous chaussons les raquettes. On oublie le parcours prévu et l’on choisit un itinéraire sur les crêtes à la mesure de cette météo prometteuse. Un peu plus long mais tellement plus éblouissant. Il longe plus ou moins la crête qui relie le Grand Ballon au Markstein avant d’aller plonger vers le lac de la Lauch. Ensuite, le sentier ne s’embarrasse pas de détours pour remonter au Col d’Oberlauchen. Puis, c’est à flanc de montagne que l’on évolue, passant respectivement au pied de quelques sommets et sur des crêtes paresseuses étouffant sous la neige dans un décor de carte postale. Hésitations à Langenfeldkopf quand les traces ne semblent pas se diriger là où on veut aller. On résiste, on se rebelle, on cherche dans la neige profonde d’autres semblants de routes avant de se résigner à les suivre et trouver après quelques virages qu’elles rentrent dans le droit chemin, canalisées par des clôtures qui émergent à peine de la couverture ouatée. La dernière partie est parfaitement balisée et on arrive, fourbus mais contents en fin d’après-midi à la ferme auberge de Rothenbrunnen, à l’heure où le soir se mêle à une grisaille de mauvais augure.

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Sur le Wirbelkopf
Sur le Wirbelkopf

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Étape 3 : Rhotenbrunnen – Soultzeren.

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Ce matin, ce n’est plus la même affaire : le brouillard est tel que nous devons rester groupés pour ne pas se perdre de vue et sans l’aide du GPS nous aurions eu le plus grand mal à trouver le point de départ de notre randonnée. Pas question de s’écarter de la trace. Nous avançons l’œil rivé aux instruments et aidés par la présence de traces de raquettes faites les jours précédents. Le chien de la ferme nous accompagne, longtemps. Il faut se fâcher, le menacer pour qu’il consente à cesser de nous suivre. Penaud, il va se coucher dans la neige pour nous regarde partir.

Nous descendons en fond de vallée et il faut attendre d’arriver pratiquement à mi-pente pour commencer à découvrir un peu le panorama qui nous entoure. Passé ce point, la visibilité est bonne mais les paysages atones semblent anesthésiés. Le sentier mène à Munster où nous faisons une longue pause-repas parce qu’il ne nous reste plus beaucoup de chemin à parcourir avant la fin de notre étape. La dernière partie est presque une formalité. Nous arrivons tôt à Soultzeren. L’après-midi est encore loin d’être terminé et le village ne présente pas beaucoup d’attrait. On y fait néanmoins une petite balade sans grand enthousiasme. C’est une enfilade de maisons le long d’une route en pente qui mène au Col de la Schlucht. Une aubaine pour les restaurateurs, une plaie pour les riverains.

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En descendant de Rothenbrunnen
En descendant de Rothenbrunnen

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Étape 4 : Soultzeren – Lapoutroie

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Matin gris-bleu et froid, mais sans brouillard. La neige est dure et nous fait opter pour les crampons. Montée au col du Wettstein sous quelques rayons timides par un petit sentier qui flirte avec la route au milieu des prés. À partir du col de Wettstein, on gagne les Hautes Huttes. Point de réflexion : au départ nous avions avait émis l’idée de contourner les lacs Noir et Blanc par Gazon de Faing, c’est-à-dire les crêtes. Mais la bise glaciale qui nous étrille ici, aux Hautes Huttes, laisse présager que les hauteurs nous réservent une température carrément sibérienne. On s’en tiendra donc au sentier forestier pour gagner le Lac Noir et l’on poursuivra par le sentier Cornelius, plein de charme sous la neige épaisse, pour atteindre le Lac Blanc qui peut s’enorgueillir d’avoir attiré quelques promeneurs et skieurs de fond. Tarte flambée et bière à l’auberge du parking du Lac Blanc à la chaleur du feu de bois, dans les effluves de tartiflette.

Reprise de la marche sur un chemin dominant Orbey et Lapoutroie. Les derniers kilomètres sont un peu hasardeux car certains sentiers dont le départ est mal (ou pas) signalé, disparaissent sous la neige ce qui nous oblige à emprunter une petite route goudronnée dégagée un peu lassante pour arriver à l’ «Auberge du Soleil » .

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Lac Blanc et Rocher Hans
Lac Blanc et Rocher Hans

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Étape 5 : Lapoutroie (Auberge du Soleil) – Plainfaing.

 

Temps froid et neigeux, mais dégagé. La trace GPS n’est pas indispensable car la visibilité est bonne. Crampons aux pieds, raquettes sur le sac : décidément celles-ci auront fait presque tout le voyage à dos d’homme ! On décide de suivre le chemin prévu jusqu’au col du Bonhomme. Au-delà, on décidera le moment venu car deux alternatives peuvent être envisagées. Nous prenons le chemin en direction de l’Étang du Devin par un agréable parcours en forêt. La neige est une plus-value indéniable. L’étang du Devin, comme tous les autres lacs que nous avons déjà vus, est prisonnier d’une croûte de glace. Il dort dans une solitude absolue. Nous prenons alors un chemin, maintes fois parcouru, le renommé GR5 qui nous conduit au village du Bonhomme.

Sur consultation de la carte nous décidons de prendre le chemin qui mène au col du Bonhomme par la Croix de Mission. Sur le papier le tracé mentionne clairement un balisage anneau rouge. Mais sur le terrain c’est une autre histoire. Le marquage est en contradiction avec les informations cartographiques. Erreurs, retour en arrière, en bref, il faut se fier à la carte et la boussole et faire abstraction du balisage. À partir du moment où on fait confiance à son sens de l’orientation et à ses instruments de navigation, tout rentre dans l’ordre; vers treize heures, on arrive au col du Bonhomme, transition entre l’Alsace et la Lorraine, avec la farouche envie d’aller se réchauffer devant une soupe de l’auberge où nous avions passé un si bon moment il y a deux ans à cette même période. Après ce repas réparateur que la tenancière des lieux sait animer par ses conversations enjouées, nous repartons en direction de Plainfaing. Là encore nous choisissons un autre tracé que celui qui avait été prévu. On prend ce que tout le monde appelle ici « l’ancienne voie ». Il n’y a pas que la voie qui est ancienne, le balisage qui se résume à de parcimonieuses balises décaties semble lui aussi être d’un autre temps. La neige vierge est profonde et nous contraint à remplacer les crampons par les raquettes. Malgré la pente, il faut déployer beaucoup d’énergie pour avancer. Une petite fausse route sans conséquences et puis pour finir, deux kilomètres de macadam avant d’arriver à l’hôtel « les Auvernelles » situé au début du village.

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Etang du Devin
Étang du Devin

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Étape 6 : Plainfaing – Québrux

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Le nez dans la carte il nous faut pas moins d’une heure pour pouvoir s’extirper de cette agglomération qui n’en finit pas de s’étaler : on doit traverser tout Plainfaing et une bonne partie de Fraize. Nos quelques tentatives pour échapper à l’emprise de la civilisation se terminent dans des impasses ou devant des clôtures. Le versant vosgien, dans ce secteur tout au moins, n’a pas su, contrairement au versant alsacien, se doter de longs parcours de randonnée balisés. Les itinéraires sont des boucles à distance des villages, comme en témoignent les balises, disques et anneaux qui matérialisent les promenades circulaires plus ou moins longues qui ne sont en général pas reliées les unes aux autres. Notre étape de la journée consistera à rejoindre une boucle, l’utiliser sur quelques kilomètres avant d’aller en rattraper une autre.

Ayant enfin gagné la périphérie du bourg, nous commençons notre parcours sur la route de la Folie, -ça ne s’invente pas !- jusqu’au col des Journaux, lieu de mémoire en hommage aux 400 000 victimes militaires de la guerre 14-18 sur le front des Vosges. On descend ensuite dans la forêt pour rejoindre une route au col des Chauffours. Courte transition sans balises avant de retrouver un autre circuit.

Il est midi passé et nous avons faim. En contrebas du chemin, dans le creux de la vallée, la Croix-aux-Mines nous laisse croire que nous pourrions y trouver un bistrot ou un restaurant. L’appel est trop tentant. Nous nous déroutons. Mais le verdict est cruel. Pas la moindre gargote, pas même un abribus pour se protéger du froid ! On mange en quatrième vitesse assez sommairement installés sur les escaliers de la mairie.

On repart énergiquement pour se réchauffer. Il est décidément trop tôt pour arriver alors, nous décidons de prendre un chemin détourné pour rallier Québrux. Les « Près du moulin »,  chambres & table d’hôte, nous accueille chaleureusement. Nous y passerons une soirée très animée.

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Route de la Folie
Route de la Folie

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Étape 7 : Québrux – Sainte-Marie-aux-Mines

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On renoue avec les balisages sans complication sur des parcours où les chemins s’enchaînent sans tronçons de routes goudronnées, sans itinéraires de jonction. On quitte Québrux encore endormi sous la fine couche de poudreuse. Il neige. Le chemin monte inexorablement vers le Col de Sainte-Marie, s’enfonçant dans la forêt. Pas de traces de marcheurs sur le début du parcours, uniquement celles d’un grumier qui nous offre deux sillons tassés confortables. Trois sangliers noirs coupent notre route. À part cela, c’est la solitude et le silence absolus jusqu’au col, ancienne frontière franco-allemande, actuellement celle entre la Lorraine et l’Alsace.

Ensuite, on descend suivant davantage les traces de randonneurs que les balises plus que discrètes, mais l’avantage de la montagne est que sa déclivité évite bien des erreurs de parcours en orientant les décisions quant au choix des chemins.

Fin de la route en ce dimanche 24 février 2013 devant l’arrêt de bus qui doit nous ramener à Sélestat, après un périple pédestre d’environ 115 km.

Nous aurons pour cette année chaussé les crampons ou les raquettes quelques kilomètres à peine après notre descente du train à Saint-Amarin, et nous les aurons ôtés à l’entrée du village qui marquait la fin de notre randonnée. Que pouvait-on demander de mieux pour une randonnée hivernale ?

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Avant le Col de Sainte-Marie
Avant le Col de Sainte-Marie

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