Via Alpina 2011. Etape 33, de Zams am Inn à Wenns

« C’est parce que tout doit finir que tout est si beau. »

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Au lever, j’ai en tête le programme de la journée qui se dessine grossièrement comme celui de la veille, c’est à dire une montée suivie d’une descente, soit au total neuf heures de marche.

En allant déjeuner, la configuration change un peu. La problématique doit intégrer variables et paramètres avérés.

Coté certitudes :

  • Je suis encore fatiguée voire fiévreuse, le mal a empiré malgré les litres d’eau ingurgités, chaque séance de visite nocturne aux toilettes fut une torture. Je prends encore deux cachets d’aspirine.
  • La montée  de mille sept cents mètres doit demander près de quatre heures trente.
  • Il existe un téléphérique partant de Zams qui conduit en quelques minutes au sommet.

Coté données hypothétiques ou disons à géométrie variable : le bulletin météo indique : matin = soleil, midi = nuageux, après-midi = pluie

Si les prévisions ne sont peut-être pas dans les grandes lignes trop erronées, en revanche j’hésite à faire confiance aux délais annoncés, donnés à titre indicatif, qui en définitive n’indiquent pas grand chose de précis.

Coté paramètres évolutifs :

Mon attachement à ne vouloir faire une Via Alpina qu’à pied, me retient de recourir à des moyens de locomotion motorisés. Je n’ai encore jamais transigé sauf quand le chemin avait disparu. Mais aujourd’hui, la situation est différente. Ma méforme me fait douter de mes capacités à m’infliger cette longue ascension. Et quand bien même, j’y arriverais, j’atteindrai le sommet selon toute probabilité, vers midi ou une heure, c’est à dire possiblement sous la grisaille. Avec, pourquoi pas, une descente à suivre sous la pluie.

Le couple de randonneurs me dit qu’il n’est pas décidé à se coltiner une telle montée et qu’il prendra le téléphérique.

Après une lutte intérieure de quelques minutes visant à demander le pardon pour cette entorse et me convaincre que c’est la solution peut-être pas la glorieuse, mais la plus rationnelle, je me résous à faire comme eux.

Nous nous retrouvons donc à la station de téléphérique et embarquons avec d’autres candidats pour un petit voyage entre ciel et terre de quelques minutes.

Un jeune homme plutôt corpulent, simple d’esprit à la naïveté et la maladresse touchantes met de l’animation dans la cabine. Il parle fort, interpelle gentiment les voyageurs et le responsable qui semble le connaître. Fatigué de rester debout, il vise pour s’installer, un espace où l’on pourrait à peine y glisser un tout petit sac ; chacun se serre et pour activer le mouvement, il s’assoit sans préavis provoquant une brusque translation en chaîne. La femme du couple, déjà sommairement installée en bout de banc, se voit éjectée sans autre forme de procès. La cocasserie de la situation déclenche dans l’assistance des rires gentils et des réflexions amusées. Imperturbable, l’auteur de cette farce, continue à disserter comme si de rien n’était.

C’est la première fois que j’arrive au sommet d’un col de cette façon. Je trouve le procédé bien pitoyable.  Ce transfert accéléré qui s’apparente à de la téléportation ne provoque pas l’excitation d’une arrivée à la force de ses mollets. Trop rapide, trop facile. Ce que l’on obtient sans effort souffle l’appétit et rend le plat fade.

Bon, allez, tant pis c’est fait et d’ailleurs je ne sais pas si j’aurais eu l’énergie de monter jusque là. Le reste de la journée se résume donc à un passage en crête et une longue descente jusqu’à Wenns.

Récit complet de la traversée entre Simplonpass et Wenns

Je peux dire que j’en ai vu des troupeaux : troupeaux de randonneurs et troupeaux de chèvres se partageant les mêmes sentiers. Indéniablement c’est beau, moins peut-être qu’hier car ici il n’y a pas le moindre névé, le col étant situé trois cents mètres plus bas que le précédent. Moins sauvage, c’est une montagne de prairies vouée à l’élevage. A mi-pente, un refuge pour une incontournable halte. Fin d’étape sur une large piste qui termine sa course par un gymkhana parmi les quartiers périphériques de Wenns. Les prévisions étaient finalement pessimistes : le soleil brillera jusqu’en fin de journée, je me demande même s’il y eut de la pluie pendant la nuit qui a suivi.

Cette fois, je mets un terme définitif à ma saison 2011. J’aurais eu la possibilité de poursuivre deux jours de plus, mais les étapes m’auraient conduite en des lieux peu desservis par les bus ou les trains, engendrant des complications pour partir et revenir l’année prochaine. Par ailleurs, je crois qu’il est temps pour moi d’aller me soigner correctement.

L’office du tourisme me donne les informations nécessaires pour rentrer chez moi ; mais il est un peu tard pour y songer aujourd’hui.

Je passe la soirée dans un hôtel traditionnel du centre de Wenns, investi de touristes du troisième âge avec la pensée qu’il est le dernier de mon itinérance commencée à Simplonpass, deux mois plus tôt et qui sera peut-être le premier de mon ultime période sur la Via Alpina.

Affaire à suivre …

Durant cette saison 2011, je n’ai pas enregistré mes traces qui, pour la majorité des étapes se superposent à celles présentées dans le site de la Via Alpina. Pour retrouver les informations et le tracé de cette étape, cliquez sur le lien suivant :  Étape Zams am Inn – Wenns

 

 

 

L’heure est à la réflexion. Je ne sais pas quand et même si, je publierai la suite de ma randonnée sur la Via Alpina sur ce site dans sa forme actuelle, c’est à dire par épisode hebdomadaire. Ce n’est pas en raison du parcours qui a été de toute beauté ou même de sa fin calamiteuse. Mais je sens que cet exercice qui se prolonge depuis deux ans a peut-être lassé les lecteurs. Le texte verra le jour probablement sous une autre forme.

 

 

Au soir de la première étape de ma Via Alpina 2012

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