Chemin de liberté, d’Embermenil à Blâmont (1)

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Récit

& Réflexions

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Le point de départ de la marche de mes indignations est Emberménil où Monsieur Bier, conservateur du petit musée consacré à un enfant du pays, Henry Baptiste Grégoire, m’accueille le jour le plus froid de l’hiver 2011/2012. En une heure et demie, il me brosse le portait du héros local, un héros injustement oublié des livres d’histoire. Et pourtant, bien peu d’hommes auront eu cette inlassable énergie à défendre toute leur vie durant la liberté, dénoncer les inégalités et vouloir faire progresser le bien-être des plus humbles. Henry Grégoire était à la fois curé et révolutionnaire. Il prit part à la révolution, subit la terreur, vécut les balbutiements de la république, s’opposa au consulat, l’empire et à la restauration. Jamais, durant ces périodes troublées et intolérantes qui voyaient les revirements politiques se succéder, il ne renonça à ses croyances et ses convictions. Dieu sait, que je ne déborde guère d’amour pour les curés, mais celui-là, quel diable d’homme ! À travers tout ce que Monsieur Bier me raconte, ce « Monsieur SOS Racisme avant l’heure »1 défenseur des causes nobles, inconnu de moi, m’est décidément très sympathique.

On ne quitte pas un personnage comme celui-là en fermant la porte derrière soi pour l’oublier et passer à autre chose ; alors, comme je marche seule, je l’invite à faire la route avec moi. Et nous voilà partis, tous les deux à battre la campagne, mus par des colères semblables. Il me raconte ses combats menés avec d’autres idéalistes, qui ont abouti en 1789 à la déclaration des droits de l’homme débutant par le plus célèbre des articles « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits… », à la première abolition de l’esclavage  « Jusqu’à quand allez-vous tolérer ce honteux trafic de la chair humaine ? » et au décret d’émancipation des « Juifs épars dans le royaume, qui étant hommes, réclament des droits de citoyens ».

L’esclavage fut rétabli par Napoléon, confortant les négriers et les racistes dans leur quête insatiable de profits et de domination. Repensant au Jeu de paume où fut signé le célèbre Serment, il dira quelques années plus tard « C’est en ce lieu que j’ai vu naître tant d’espoir, mais aussi tant de désillusions »…

Si je peux adoucir sa peine en pointant les progrès accomplis depuis plus de 200 ans pour le bien-être de l’humanité, je ne peux néanmoins pas oublier les guerres coloniales, la Shoah, les grands conflits du XXe siècle. Je ne peux pas davantage oublier que si la France actuelle est un pays riche, elle entretient la pauvreté et les injustices, qu’elle nourrit un raciste larvé, que la mentalité de l’humanité n’a pas changé : l’égalité est dans les textes, pas dans les faits.

Bon, allez, trêve de sinistrose ! Il faut avancer, et vite, le froid gagne :  les -15° interdisent la flânerie. On traverse de grands champs labourés, pétrifiés de froid, dignes héritiers de son œuvre de modernisation de l’agriculture qui devait voir la constitution du « Conservatoire des Arts et Métiers (…) [réunissant] tous les outils et machines nouvellement perfectionnés. L’agriculture [eut] le droit d’ainesse ». Il fit voter un décret visant à améliorer cette dernière par l’établissement de maisons d’économie rurale dans chaque département ainsi que diverses mesures en faveur des cultivateurs.

Galerie de photos
embermenil -blamont
 

On parle aussi enseignement… forcément, on n’échappe pas à son métier. Il a beaucoup contribué à promouvoir l’instruction pour «  éclairer l’ignorance qui ne connaît pas et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaître ». « La première priorité de la Nation est l’instruction publique », précepte qu’il concrétisa par l’ouverture de la première école Normale (complètement démantelée à présent) à Paris destinée à former les instituteurs (le terme est de lui). « L’instruction et la vertu [devant] pénétrer l’enfant pas tous les sens », il favorisa la multiplication des écoles primaires.

Chemin faisant, nous passons devant les Entonnoirs de Leintrey. Triste chaos, cicatrice de la grande guerre due à l’explosion de mines qui, en quelques secondes, souffla plus de quatre-vingt vies. À propos des guerres, mon coéquipier déclarait en son temps « Des millions d’hommes qui composent une Nation, sont-ils moins nos frères qu’un seul homme ? La justice n’est-elle plus justice quand il s’agit des plus grands intérêts ? On pend un pauvre malheureux pour avoir volé une pistole sur le grand chemin, dans son besoin extrême; et on traite de héros un homme qui subjugue injustement les gens d’un état voisin ».

Si je mourais là-bas…

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

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La journée s’écoule, sur une plaine le plus souvent dénudée, nous exposant au blizzard qui nous oblige à remonter le col jusqu’aux yeux. A Aulnoye, au pied des éoliennes, moulins des temps modernes, serions-nous l’image d’un symbole ? Don Quichotte et Sancho Pansa, des révoltés se battant contre les moulins à vent d’une utopie ?

Ce soir à Blâmont, dans le livre collégial  « Henry Grégoire, l’ami des hommes de toutes les couleurs », j’apprendrai encore beaucoup sur ce personnage hors du commun, généreux et cultivé, qui a su si bien se battre pour défendre, sans distinction de race, de couleur, de religion, l’égalité et la liberté.

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Topo-guide

de l’étape (21,5 km)

Cette première étape emprunte le GR534 ou « Sentier Stanislas », balisé losange rouge, qui fait la liaison Nancy-Strasbourg.

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  • Départ du centre du village d’Emberménil. Prendre la route départementale D19 direction Vého qui contourne un lotissement et passe sur la voie ferrée.
  • Après 2,7km, à l’ « Abri du Pélerin », prendre le sentier balisé losange rouge s’engageant dans les champs et la forêt avant de rattraper une route (où l’on tourne à gauche) qui fait la jonction entre Vého et Leintrey.
  • Après 4 km, on passe devant les Entonnoirs de Leintrey, puis 1,5 km plus loin, on entre dans le village de Leintrey.
  • Traverser le village en suivant toujours le balisage losange rouge, direction nord-ouest. Dépasser le cimetière, 250m plus loin, prendre la route à droite.
  • 200m après, prendre encore une fois à droite.
  • Après une exploitation agricole isolée, suivre le chemin champêtre qui démarre à droite de la route allant au pont. Le chemin que l’on doit emprunter, reste en contrebas de la voie ferrée sur près de 1,3 km, après quoi, il s’enfonce dans la forêt.
  • Après 1 km environ, le chemin aborde un étang artificiel (visiblement récent, n’apparaissant pas sur les cartes ou Google Earth). A cet endroit le balisage est un peu absent (constat fait en février 2012), mais il suffit de dépasser l’étang et continuer en direction de l’est, par l’un ou l’autre des chemins pour arriver à la route départementale D21.
  • À la départementale D21, tourner à droite, direction sud-est vers Amenoncourt.
  • Le GR534 démarre à droite de la D21 après 500m environ, au niveau d’une borne et fait un petit détour par les champs pour aller à Amenoncourt, mais on peut si on ne trouve pas son départ, rester sur la route qui est peu fréquentée.
  • À Amenoncourt, tourner à gauche sur la route principale (D 7b) et remonter environ 1km.
  • Tourner à droite, direction L’Aulnoye (éoliennes).
  • Passer L’Aulnoye, et poursuivre jusqu’à la station de pompage.
  • À la station de pompage, monter à gauche et prendre ensuite le premier chemin à droite, direction sud-est : il passe au pied des éoliennes.
  • Suivre ensuite le balisage losange rouge jusqu’à Blâmont.

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Logistique

& cartographie

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Accès et hébergement :

Pour se rendre à Emberménil :

  • Arriver par le train à Sarrebourg et prendre ensuite bus TER pour Emberménil ou arriver à Lunéville et prendre ensuite le taxi (environ 30€) car les bus sont rares dans ce sens-là.

Pour dormir au départ de l’étape :

  • Hôtels à Sarrebourg, Renseignements à l’Office du Tourisme, 2 Rue Musée, 57400 Sarrebourg Téléphone : 03 87 03 11 82 ‎
  • Hôtels à Lunéville, Renseignements à l’Office de tourisme du Lunevillois, Aile sud du Château 54300 LUNEVILLE  Téléphone : 03.83.74.06.55. 
  • Gîte d’Etape La Croisée à Reillon ( situé à 2 km de Veho, à proximité du GR534), 9 Grande Rue ; Téléphone : 03 83 42 39 39

Pour dormir en fin d’étape :

  • Camping municipal de Blâmont
  • Hôtel-Restaurant  « le grand Chef », 2 rue Florent Schmitt 54450 Blâmont Téléphone : 03 83 42 09 07

( Blâmont est desservi par une ligne de bus)

Cartes : IGN 3515E « Avricourt » au 1/25000e et  IGN 3616 OT « Le Donon – Lac de Pierre Percée » au 1/25000e. Éventuellement, on peut ajouter la carte  IGN 3516E « Baccarat », mais cette dernière n’est pas indispensable car elle couvre uniquement la zone de Veho et Reillon, villages dans lesquels on ne passe que si l’on dort à Reillon.

Trace GPS:

Embermenil-Blamont

 

Temps forts

de l’étape

Prologue                              Étape suivante

  1. Expression employée en quatrième de couverture de la biographie de H. Grégoire publiée par le Comité Grégoire  -Emberménil []

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