Randonnée en solo, une volonté et quelques compétences au service d’une philosophie

Combien ai-je entendu de randonneurs et surtout de randonneuses que je croisais sur mon chemin me dire :

  • Mais vous ne vous ennuyez pas à marcher seule? Et vous n’avez pas peur ?
  • Peur de quoi ? leur demandais- je
  • Mais peur de vous perdre, peur d’être agressée, peur d’avoir un accident !

Et invariablement je leur répondais :

  • Pour ce qui est de l’accident, bien sûr que j’y pense : partout et toujours le danger existe !

On m’a souvent mise en garde contre des dangers qui hantent l’imaginaire collectif et jamais contre ceux que l’on a le plus de probabilité de rencontrer.

La crainte de marcher seul(e) est une spécialité typiquement française. En Suisse, Allemagne et Autriche, on rencontre beaucoup de marcheurs (et marcheuses) solitaires et jamais, quand j’ai randonné dans ces pays, les questions ou réflexions relatives à mon imprudence ou inconscience n’émaillaient leurs propos.

 1. Philosophie

Ceux qui n’ont jamais osé marcher en solo pensent que la solitude est une punition ou un pis-aller pour le randonneur (ou la randonneuse) qui n’a trouvé personne pour l’accompagner. Ou qu’elle est l’apanage des misanthropes. La réalité est tout autre et beaucoup moins simple que ces déductions ou jugements réducteurs communément admis.

Il faut savoir ce que l’on cherche dans la marche : si la randonnée est avant tout un moyen de rester entre soi (amis ou famille) et que l’environnement et les rencontres restent secondaires, il est évident que la marche en solitaire ne répondra pas à ces attentes.

Les objectifs de ceux et celles qui randonnent seuls sont autres. Il y a un dénominateur commun à leurs aspirations : c’est la volonté de mener leur itinérance comme ils l’entendent et de la maîtriser de bout en bout. A cela s’ajoute la nécessité de vivre pleinement son voyage, le désir de communier avec la nature et de s’extraire pour un temps des dialogues et préoccupations de la vie en communauté, l’enthousiasme devant la beauté des paysages, l’envie de découvrir la faune, la flore et des cultures différentes, la recherche d’échanges et de rencontres de toutes sortes, le besoin de se dépasser physiquement et mentalement. Et cela en toute liberté.

Le groupe est souvent contraignant et restrictif, sur la longueur des étapes ou du parcours global et la vitesse de progression, par exemple. Il rend aveugle et sourd car les discussions souvent continuelles détournent l’attention de ce que l’on est venu chercher.

2.  Que faut-il pour se lancer ?

Il faut avant tout avoir l’envie. Celle-ci nait et se construit le plus souvent grâce aux récits de randonnée ou aux reportages qui retracent le périple de tel ou tel voyageur. Vivre ces aventures par procuration devient à la longue frustrant et pousse à franchir le pas pour avoir son propre vécu. Bien sûr, du jour au lendemain, on ne peut pas décider de se lancer dans une randonnée au long cours.

Il y a deux aspects à considérer : l’aspect technique et l’aspect psychologique

L’aspect technique est la compétence à savoir s’orienter en utilisant des outils de navigation basiques que sont les cartes de randonnée et la boussole : c’est un prérequis indispensable.

Il faut donc, avant d’entamer une (longue) randonnée, apprendre à lire une carte et savoir l’utiliser sur le terrain. Il existe des livres et des cours d’orientation proposés par des clubs de randonnée. Mais un ami randonneur peut tout aussi bien vous initier à cet exercice. De plus, il est indispensable de connaître la signalétique des chemins de randonnée (homogène en France sauf dans les Vosges et en Alsace où elle est spécifique à ces régions).

L’aspect psychologique : L’envie ne fait pas tout, il faut croire en soi et cesser de penser que la randonnée solitaire est l’affaire de marcheurs chevronnés ou excentriques. Il existe quantité d’itinéraires de niveau sportif variable, correctement balisés où tout le monde peut y trouver son bonheur.

Il faut un peu d’audace, peut-être un soupçon d’inconscience pour faire le premier pas car c’est le plus difficile. Mais une fois que vous l’aurez franchi, la performance paraîtra à votre portée. Je parle d’expérience, car avant de me lancer dans les randonnées solitaires, j’ai longtemps pratiqué la randonnée en groupe.

3. Comment se préparer ?

Si vous n’avez jamais pris l’initiative d’une randonnée entre amis, que vous vous êtes laissé(e) guider sans jamais jeter un œil sur la carte ou sur les panneaux et balises, il faut commencer l’apprentissage à la base et procéder par étape.

  • Étape 1 : Définissez sur une carte de randonnée un parcours pas trop long, à proximité de chez vous, sur un chemin balisé. Partez seul(e) carte en main. Le but est de respecter l’itinéraire décidé au départ et non pas d’y aller au feeling : c’est le randonneur qui doit rester maître du chemin et pas l’inverse. Essayez à tout moment de faire la correspondance entre votre position et les indices sur le terrain (cours d’eau, lignes électriques, routes, montées et descentes, autres sentiers, etc.) et sur la carte. Gardez en mémoire le chemin qui a été parcouru afin de pouvoir revenir sur vos pas en cas d’erreur.
  •  Étape 2 : Répétez plusieurs fois l’exercice, en vous éloignant chaque fois davantage de chez vous, en augmentant la longueur du parcours et en choisissant des zones qui vous sont inconnues.

Au fil des randonnées, vous allez prendre de l’assurance, une certaine aisance et même du plaisir avec la lecture des cartes et l’utilisation de la boussole. Mais vous constaterez aussi, que malgré les progrès il y a toujours des moments d’incertitudes, aux bifurcations notamment.

  • Étape 3 : Prévoyez une randonnée de quelques jours. Le but est maintenant de savoir comment vous gérez la solitude, la fatigue et les problèmes matériels sur un temps et une distance plus longs, car lorsque l’on est seul, il faut transporter la totalité de son paquetage. Être capable de faire une longue randonnée d’une journée  (après laquelle on peut se reposer et récupérer) ne signifie pas que l’on soit à même de pouvoir en affronter une de plusieurs jours car la fatigue s’accumule. Un autre facteur qu’il ne faut pas négliger, c’est la température. Marcher en pleine canicule est épuisant voire même dangereux.

Au retour faites le bilan : avez-vous ressenti de l’ennui, de la crainte, une fatigue excessive, des douleurs. Le niveau vous parait-il accessible, la période judicieusement choisie ?

Le but de cette étape est de faire le point précis sur votre motivation personnelle et les aspects matériels et logistiques : poids du sac (qui peut s’avérer excessif sur plusieurs jours), longueur des étapes journalières, effets personnels à enlever ou à ajouter, alimentation, organisation générale à améliorer, etc.

Ce bilan est un préalable à la préparation d’une randonnée plus longue : il vous permettra de vous fixer des objectifs accessibles concernant la durée, la difficulté, le chargement, etc.

Si vous avez passé ces quelques étapes sans trop de difficulté, vous êtes prêt(e) à affronter une randonnée au long cours.

4. Préparatifs d’une grande randonnée en solitaire

  • Il faut vous procurer les cartes ou topo-guides relatifs à l’itinéraire choisi.
  • Recensez tous les hébergements du parcours, leur période d’ouverture et leurs coordonnées (adresse, responsable, téléphone). La réservation ou non des hébergements est un choix personnel. Sans réservation, on peut moduler la longueur de ses étapes journalières en fonction de sa fatigue et de la météo. En revanche, on peut arriver dans un gîte complet, ce qui personnellement m’est rarement arrivé, même en période estivale. Il est plus facile de trouver une place pour un randonneur isolé que pour un groupe.
  • Préparer soigneusement votre sac en bannissant systématiquement ce qui est lourd et non indispensable. Voir l’article check-list pour randonner léger.

 5. Danger de la randonnée en solitaire.

Je vais tout de suite prendre les devants, la randonnée comporte des risques et particulièrement en montagne : risque de chute, de malaise, d’égarement et risques liés aux conditions climatiques comme l’orage, une chaleur excessive ou la neige. Il faut donc rester vigilant et garder à l’esprit que l’accident n’arrive pas qu’aux autres.

Mais les risques sont-ils plus grands quand on est seul que lorsque l’on marche en groupe ?

L’exposition au danger n’est pas plus important quand on est seul, mais en revanche la gestion de l’accident est évidemment plus facile quand on est à plusieurs.

L’exposition au danger : quand on est seul on est souvent plus concentré et on marche à son rythme, ce qui signifie que lorsqu’on ne se sent pas le pied sûr on ralentit. À plusieurs on discute, on va parfois au-delà de son rythme pour coller au groupe, etc. Pour ma part il m’est arrivé à deux reprises d’échapper à des chutes de pierres provoquées par des groupes qui marchaient au dessus de mon chemin. J’ai vu un jeune homme chuter (heureusement sans gravité, mais ça aurait pu mal se terminer) dans une pente parce qu’il chahutait avec ses amis. Par ailleurs dans les groupes évoluant en absence de guide, les “meneurs” ne sont pas forcément ceux qui évaluent avec le plus de justesse les dangers et sont capables parce qu’ils paraissent sûrs d’eux-mêmes ou convaincants d’entraîner le groupe dans des situations délicates.

Il est important quand on est seul de connaître ses limites et chaque fois que l’on doute ou que l’on pense se mettre en danger de ne pas insister. Pour cela, il ne faut savoir s’adapter, revenir sur ses pas, changer d’itinéraire, etc.

La gestion de l’accident est difficile quand on est seul, c’est pour cette raison qu’il faut prendre un maximum de précautions pour faciliter le travail des secouristes :

  • rester sur des chemins balisés,
  • veiller à ce que le téléphone portable ait une batterie chargée,
  • avoir si possible une balise spot quand on fait une randonnée difficile ou pas fréquentée,
  • indiquer quotidiennement son parcours à un proche et aux refuges ou gîtes,
  • ne pas changer d’itinéraire sauf si l’on marche dans des secteurs où il y a beaucoup de randonneurs,
  • avoir des vêtements chauds, à boire et à manger pour pouvoir patienter en attendant les secours.

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