Via Alpina 2010: Étape 28, de Gaby au Refuge de Valvogna

Mardi 27 juillet 2010

 

Ces petites complications hôtelières des nuits précédentes m’écartant, certes très légèrement du parcours prévu m’oblige à considérer d’un œil plus attentif les deux étapes à venir. Je devrais aller aujourd’hui à Piedicavallo qui ne semble comporter qu’un hôtel et qui me contraint à un sérieux crochet. De là, il me faudra rejoindre Gressoney Saint Jean, où je sais pour avoir téléphoné avant mon départ que les hôtels ne sont pas enclins à prendre des randonneurs pour une seule nuit. C’est une station de ski et de vacances d’été et comme ses consœurs, elles n’ont jamais été ma tasse de thé. Mis bout à bout, tous mes raisonnements me conduisent à décider de suivre l’itinéraire proposé par le majordome. Cette solution me fait en plus gagner une journée. Sans vouloir mettre en avant des considérations bassement mercantiles, cette longue itinérance n’a peut-être pas de prix, mais elle a un coût.

 

12h, naissance d’une « voilà »,  arrivée au Col de Lazouney par le sentier n°6 et retour sur la Via Alpina

Je ne regrette pas mon choix : j’ai atteint après une ascension régulière de quelques heures qui me fit traverser de jolis hameaux d’altitude comme Niel et Grubba, le col de Lazouney que j’aurais dû passer demain si j’avais respecté mon projet initial. Le sentier était beau. On voyait qu’il avait bénéficié récemment d’une cure de jouvence grâce à des soins qui ont consisté à l’empierrer, le niveler et défricher ses abords, comme si l’on avait voulu décider les vacanciers de venir lui rendre visite sans qu’ils craignent de se salir ou se perdre.

A quelques centaines de mètres du sommet, deux mystérieux sacs à dos dorment, oubliés à coté de paires de chaussures. Je cherche les randonneurs qui sans aucun doute doivent être en train de manger ou de se reposer dans les parages, mais ne les trouve pas. Je pense alors à des bergers confiants, mais aucun troupeau ne se manifeste dans les environs. Un coffre, incongru en ce lieu, de la taille d’une armoire est posé non loin du chemin, béant. Qui pourrait passer à proximité sans que la curiosité ne le pousse à y jeter un œil ? Rempli de pelles, pics et pioches. Quelle collection énigmatique ! Un peu plus loin, au détour du chemin, à peine née, entourée d’un pochoir et d’une bombe de peinture jaune laissés à l’abandon, une flèche nette et luisante dessinée sur une pierre exhale encore des effluves de solvant. Cette balise n’a pas plus de quelques heures et je suis probablement la première randonneuse pour qui elle remplit son office. Au dessus de moi, des discussions et des coups de marteau troublent le silence. Accroupis dans la pente, une armée de terrassiers s’affaire à remodeler le chemin sous les ordres d’une cheftaine de chantier directive. Mais comment sont-ils arrivés là ? Il aurait fallu qu’ils partent bien tôt pour être déjà à l’ouvrage. Je me souviens soudain avoir entendu, alors que je partais, un hélicoptère se diriger vers la montagne. Ce devait être le ramassage.

Ce travail me semble un peu curieux pour ne pas dire superflu. Je trouvais le chemin par ici plus apparent et plus commode que dans de bien des endroits que j’ai déjà traversés.

Ils ne se contentent pas de réfectionner la chaussée, ce sont aussi des bâtisseurs ; au sommet un immense cairn maçonné marque le col.

Ici, je raccorde ma dérivation à la Via Alpina.

15h, en pays Walser

J’arrive dans le Val Vogna en pays Walser, profond sillon creusé et meulé à la force des flots impétueux d’un torrent, après une descente superbe, farouche et comme souvent, un peu hasardeuse par endroits. Mes quelques errements n’ont pas manqué de m’interpeller sur le travail de marquage qui aurait été sur cette partie du chemin plus utile par moment que dans la montée. Je ne suis pas la seule à m’être égarée. Vers un lac, un allemand solitaire, arrivant en sens inverse dans les éboulis, me conta ses déboires dans son ascension et voulut savoir si d’autres pièges l’attendaient. La traîtrise de ces chemins de montagne peu fréquentés m’étonne toujours. Parfaitement balisés, on croit que cet état de grâce va durer parce que l’on ne peut pas imaginer que le marquage s’arrête brusquement sans raison. Donc on avance confiant, pensant que tout ira aisément jusqu’à la fin, et tout à coup, d’une minute à l’autre, sans explication c’est l’absence de signes et de sillon visible où que l’on regarde. J’ai pris l’habitude, quand je ne trouve plus trace de rien, de persister à regarder de tous cotés pour ne pas repartir sur de simples conjectures. Mais il faut bien avouer, que parfois, les recherches restent vaines. Il semble qu’on pourrait encore et encore scruter de tous les cotés sans rien voir. Alors il faut bien se décider. De temps en temps le hasard fait que l’on se trouve sur le bon chemin et les balises réapparaissent. Mais pas toujours. Alors il faut un peu improviser. Le relief, la carte et le GPS sont des aides précieuses pour donner la direction générale, mais les chemins qu’on se fabrique sont souvent difficiles. Après quelques kilomètres d’acrobaties, rassuré, on retrouve un rail estampillé et on a beau se demander où il a pu échapper à la vigilance, on ne trouve jamais de réponse à cette question.

Je suis descendue dans les prairies, les parterres de linaigrettes et de campanules, j’ai rencontré trois marcheurs dont l’allemand, un troupeau de chevaux à proximité d’une poignée étables d’altitude.

Les fermes sont si différentes maintenant ; immenses et cossues, gainées de bois sombre et prisonnières de barreaux horizontaux qui s’étagent jusqu’au toit de lauze, comme si elles étaient en cage.

Pendant les siècles depuis le Moyen-âge, des colons allemands vinrent s’établir dans le Haut Valais à cause des difficultés économiques et de la croissance démographique. Ils constituèrent le premier noyau du peuple walser ou valaisan en Suisse. Mais beaucoup d’entre eux, poursuivirent leur exode, franchissant les plus hauts cols pour aller s’établir dans des vallées encore inhabitées, au climat rude, comme celle-ci.  Ils subsistèrent grâce à l’élevage et à la culture, valorisant des terres encore inexploitées. Ils apportèrent leurs traditions, leur langue, leur savoir et leur architecture.

Ce soir, j’ai l’impression d’avoir déjà un pied en Suisse. Et de fait, je n’y rencontrerai pas la même volubilité qu’avant. Les autochtones sont polis, mais distants et sérieux. Une paysanne à qui je demandais un renseignement pour trouver le refuge (mal localisé sur la carte), me donna véritablement l’impression que je la dérangeais et il fallut que j’insiste pour qu’elle se fende de quelques gestes explicatifs.

Au refuge Valvogna à San Antonio, seul le fils parle un peu de français. Avant mon départ, j’avais envoyé un paquet (ce qui au téléphone n’avait pas été sans problème pour faire comprendre ce que je voulais !). Je suis un peu fébrile de trouver ce que j’y ai mis un mois plus tôt, quelques bricoles de toilette, le reste de mes cartes et des enveloppes pour réexpédier celles qui sont devenues inutiles.

La soirée sera pour moi silencieuse et le repas solitaire. Un groupe d’autrichiens et un couple d’allemands qui occupent le reste du refuge discutent gaiment… Décidément, ce soir, tous les éléments se liguent pour me faire regretter l’Italie authentique.

Quatre pages de mon livre qui tire à sa fin… Il faut être économe, car je n’ai pas jugé utile de devoir en mettre un dans le colis qui m’attendait ici. (lire la suite)

V28 Lazouney – Valvogna

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