Pyrénées, d’un rivage à l’autre: D’Esbints à Saint Lizier d’Ustou (26)

Samedi 25 juillet

Option goudron

Hameau d'Esbints: 3 habitants à l'année
Hameau d’Esbints: 3 habitants à l’année

Le choix n’est pas très alléchant. De l’avis de la marcheuse qui l’a éprouvé hier, le parcours que je m’étais fixé aujourd’hui étouffe longtemps sous la forêt avant d’aller un peu se perdre sur les hauteurs qui seront englouties dans le brouillard. Quant à la variante, selon la gardienne du gîte, elle reste également à couvert, n’est pas excessivement jolie et présente même un passage dangereux par temps humide, responsable d’une chute mortelle il y a quelques mois.

Je me lance dans des spéculations misant sur l’amélioration probable, mais peut-être pas durable du temps, sur la beauté annoncée des étapes à venir que je préférerai savourer sous le soleil. J’opte pour la voie express, bitumée sinuant dans l’entonnoir de la vallée, dépourvue de difficulté, sans beaucoup d’attrait certainement, qui aura l’avantage de me faire gagner un jour.

Je me divertis de mes rencontres. Annoncé par des aboiements et des bêlements, un look à la Danyel Gérard jeune, avec ses bottes, son chapeau de cowboy et une guitare accrochée dans le dos, un jeune homme coupe mon chemin dans le sombre petit matin. Les moutons jaillissant d’entre les arbres déferlent sur la piste comme de l’écume, brusqués par de deux chiens excités.

  • Bonjour
  • ‘jour !
  • Berger ou guitariste ! Quel est le meilleur public: les moutons ou les chiens ?

    Danyel Gérard, le retour
    Danyel Gérard, le retour
  • Je ne sais pas, me répond-il le regard un peu fuyant comme s’il avait perdu l’habitude des contacts humains. Mais ça m’occupe.
  • Vos chiens me font bien peur…
  • Je vais vous accompagner pour traverser le troupeau.
  • J’ai rencontré un berger chanteur au pays basque, mais c’est la première fois que je vois un guitariste.
  • On croit toujours que les bergers ne savent jouer que de la flûte !
  • C’est beau la guitare. Elle est un orchestre à elle seule. Et vous jouer quoi ?

Faisant glisser son instrument devant lui, il se met en position d’attaquer un morceau. Je découvre qu’il s’agit d’une guitare basse.

  • Bof, tout et rien ! Je joue surtout pour me délasser.

De la musique, on passe au métier. Le sien. Berger, mais aussi propriétaire de la centaine de bêtes qu’il élève pour la viande. Des tarasconnaises. Puis on parle de la région et de la route que je vais prendre pour arriver à Saint Lizier d’Ustou. Avant de me remettre en chemin, je demande l’autorisation de faire de lui une photo qui viendra compléter ma galerie.

  • Au revoir, bonne continuation…

Au Pont de Salat le chemin se suicide sur le macadam.

Eglise de Bielle

Cette route me plonge dans une ruralité ordinaire, en pleine recomposition. Les authentiques fermes vouées à l’élevage et à la culture se font rares. Après le long déclin des vallées, les espaces champêtres ont acquis une valeur nouvelle, aspirant les salariés des villes en désir de campagne. Cette résurrection suit le rythme des saisons, car si certaines maisons sont habitées à l’année, d’autres ne semblent l’être qu’aux week-ends ou aux vacances. Les bâtiments harmonieusement restaurés subsistent, se sont ornés de coquets jardins d’agrément et ceints de haies. S’il n’y a aucun commerce, le centre des villages est sans vie. En les traversant, on n’y rencontre plus personne à pied, à part de rares retraités promenant leur chien. On croise les voitures des ménagères revenant des courses faites au supermarché ou des employés rentrant du travail. On longe des chantiers de périphérie orchestrés par des grues et desservis du va et vient de camions qui implantent de nouveaux quartiers uniformes aux pavillons stéréotypés. Cette réhabilitation n’est souvent qu’une renaissance de façade, sans fondement, sans lien avec le passé car les populations qui ont investi ces lieux n’en sont pas les héritiers. Ils n’en sont que locataires. Vallées-banlieues, vallées-dortoirs, vallées-vacances.

Saint Lizier d’Ustou affiche une animation rare pour une si petite commune. Elle a su tirer son épingle du jeu en y aménageant un camping et une piscine; A cela il faut ajouter des commerces, un bureau de poste, un gîte et un restaurant. De quoi survivre avec la venue des vacanciers en été, des skieurs en hiver et somnoler entre temps.

Il est encore assez tôt quand j’arrive, sous un soleil qui a daigné se lever et qui est loin d’avoir terminé sa course, mais le refuge suivant est trop loin pour que je continue. (lire la suite)

traversee pyrenees

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