Les 21 lacs des Vosges: Le Rainkopf – Kruth (étape 5)

Faignes, faings ou tourbières

Je me perds en conjectures, hésitant entre aller au Lac de Lispach ce qui m’oblige à  repartir en direction de Gérardmer et croiser le chemin fait hier, ou tout simplement faire l’impasse. Mais annoncer qu’on fait le tour des lacs et oublier l’un d’eux ne me paraît pas très honnête. Je m’en suis promis 21 et il et il me les faut tous !

Balayée la grisaille de la veille, le ciel est dégagé et le soleil a déjà dépassé la crête quand je démarre, traversant des prairies scintillantes et rafraîchies des pluies nocturnes.

Faignes sur Vologne

Retour au barrage de la Lande, petite parcelle de ciel bleu serrée entre les sapins et descente jusqu’au bas des Faignes sous Vologne. Vallée idylique avant qu’elle ne soit défigurée par un horrible chantier qui vise à installer de nouvelles remontées mécaniques. Mais je tourne le dos à cette tuméfaction pour ne m’intéresser qu’à ce merveilleux petit chemin ceint de bordées de fleurs champêtres qui remonte la superbe fagne (faigne) hérissée de joncs jusqu’au col des Faignes sous Vologne.

Après, un chemin fantasque et funambule qui se contorsionne en grimpant à l’abri des arbres, me faisant entrevoir par instants en contrebas le lac de Retournemer, me conduit à la boule du Diable. Ensuite sagement il finit sa course sur la berge du lac de Lispach.

Quelle erreur aurait été de l’oublier ! C’est une personnalité, un lac à part, tellement  différent de ses congénères qui ne se contente pas d’être original. Il est attirant mais ne se laisse pas approcher. J’aurais voulu découvrir la mytique drosera, mais en dehors du chemin et des passerelles point de salut, on s’enfonce plus haut que la cheville dans la fange d’où on doit extirper la chaussure dans un bruit de succion.

Lac de tourbière de Lispach

C’est une tourbière sauvage, léchant des rives spongieuses d’où jaillissent les gerbes de fines lames des plantes aquatiques. Des continents d’herbes raides, rousses et vertes, clairsemés d’arbres dolents et constellés du confetti des linaigrettes semblent dériver dans ce lac d’azur immobile.

Je dois progresser vers le sud si je veux parvenir aux lacs suivants et pour cette partie je n’ai guère le choix.

Je dois monter une large piste, baptisée sur ma carte: le chemin de la bourrique. Avec une telle appellation on ne pouvait pas s’attendre à quelque chose de grandiose. J’ai toujours trouvé que ces larges chemins, même sans dénivelée excessive, étaient pénibles. Leur monotonie les rend interminables. Après ce passage obligé, il s’amende, s’affranchissant sporadiquement de la forêt pour émerger dans les prés d’altitude comme aux Champis et au Pré Jacot… cot …cot, qui est supposé vous renvoyer votre écho… cho…co.  A vrai dire j’attends encore son retour !

Il est tôt, j’ai encore le temps d’aller au lac des corbeaux avant de penser aller m’enfermer dans une chambre.

Ici, on peut venir accompagné de quelques asticots et armé de 3 cannes. A cela rajoutez du matériel de mesure si vous avez l’intention de pêcher un brochet. A cette heure, il n’y a aucun pêcheur, seulement deux couples de touristes arrivés en voiture et comme si on avait voulu faire plus vrai, perchés à la cime des sapins, quelques corbeaux qui croassent.

C’est un joli petit lac ovale, encaissé entre des versants à la pente régulière capitonnés de sapins, ressemblant assez au lac des Perches que j’avais découvert du haut du GR®5 il y a un an et que je reverrai bientôt.

Retourner maintenant à la Bresse, pour ainsi dire revenir sur mes pas ou pousser plus avant vers Wilsenstein avec l’espoir de trouver un hôtel. Certes cette deuxième solution est plus aléatoire, car j’ignore si je trouverai à me loger, n’ayant pas avant de partir pris la précaution de m’enquérir de ce genre de renseignements.

Allons, faisons preuve encore une fois d’un peu d’insouciance, dans ce genre d’incertitude on ne risque pas sa vie, tout au plus des kilomètres additionnels.

Pré Jacquot

Route de goudron et piste de gravillons, au col de la Vierge le parcours se fait sentier mignon qui grave après quelques coudées en forêt son sillon dans les champs de myrtilles et de hautes herbes de la « Vieille Montagne » qui se réchauffe sous un ciel démesuré. Ici, il faut prendre le temps de s’arrêter, s’asseoir sur le tapis de mousse, entre les touffes, le dos calé contre une pierre tiédie.

On quitte les hauteurs et les espaces dégagés, toujours un peu comptés dans les Vosges pour descendre jusqu’à Pourrifaing, un marigot ombrageux foisonnant de plantes marécageuses, que l’on ne peut traverser sans s’embourber qu’en utilisant les passerelles. Le contraste entre cette végétation anarchique et sauvage et la rigueur de cet appontement discipliné paraît un peu incongru.

Pour atteindre Wildenstein, cul de sac de la vallée de Thann, Il faut encore une heure de descente qui permet de surplomber, le Lac de Kruth-Wildenstein, barré au loin d’une digue et du cône du Rossberg derrière lequel se déroule toute l’enfilade de villages à commencer par Kruth.

C’est un lac de barrage aussi grand que celui de Gérardmer. Il ne me séduit pas: trop artificiel, trop aménagé, étranglé entre deux départementales.

Je néglige l’hôtel de Wildenstein, pensant en trouver à Kruth qui se révèle être beaucoup plus loin que je ne l’imaginais. La route doublée de quelques échappées sur la rive du lac est désespérément longue.

A l’arrivée, le seul hôtel est fermé, comme par hasard le mardi. Dans les dernières maisons, je trouve in extremis une chambre d’hôte qui me sauvera de la punition de revenir sur mes pas ou pousser au village suivant.

Je n’ai plus envie d’avancer: il est 19h10 et j’ai au compteur environ 40 kilomètres pour la journée. (lire la suite)glissePour les informations pratiques (parcours, organisation, hébergements, cartographie,…) cliquer ici

Le Rainkopf-Kruth



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