Les 21 lacs des Vosges: Gérardmer – Le Rainkopf (étape 4)

Lac de Gérardmer

Escales en mer

Cette misérable ampoule s’est méchamment vengée, m’infligeant une incapacité à mettre mes chaussures de ville durant près de huit jours. Quant à celles de randonnée il m’a fallu patienter deux bonnes semaines. Pour m’assurer de la consolidation complète, je me suis même imposée une promenade de quelques heures avant de reprendre ma pérégrination lacustre.

A dix heures, le car me dépose à bon port, sur la place centrale de Gérardmer. Ce lac, le plus grand et le plus visité des lacs vosgiens a le sens du commerce et sait monnayer son image. Comme une star, habitué qu’il est à voir débarquer chaque année tout le show-biz du cinéma fantastique, il ne la dévoile qu’entouré du faste des restaurants de qualité, des hôtels de luxe et du casino. Il propose même à ses admirateurs de venir s’entretenir plus intimement au cours d’une petite promenade en pédalo. Mais pour l’heure, les touristes se font rares et semblent le bouder.

Je n’en fais pas le tour qui doit occuper au moins deux heures et après une halte me permettant de faire le point sur l’itinéraire qui sera improvisé au fur et à mesure, j’appareille dans une curieuse ambiance de savane africaine assurée par les rugissements de tigres qui tournent en rond dans les cages d’un petit cirque.

Seconde escale, Lac de Longemer. La traversée jusqu’à l’accostage se fait par un sentier le plus souvent à l’ombre de la forêt.

Ici l’accueil est intime. On débouche par un petit pont ombragé sur son extrémité sauvage aux allures de mangrove. Ensuite, le sentier glisse le long de la berge entre les herbes folles et les arbres, salue au passage la petite chapelle Saint Florent avant de déboucher sur le parking. A partir de là, la lac révèle un autre visage et s’ingénie à imiter son grand frère. Il s’est habillé de buvettes et de campings et fardé des couleurs vives des sièges d’une armada de pédalos qui attendent le long d’un ponton fermé au public.

On doit caboter par une route goudronnée pour atteindre l’autre bout avant de continuer sa bordée dans la forêt par un sentier qui navigue de conserve avec la Vologne jusqu’à l’escale suivante: le lac de Retournemer. Celui-ci n’est pas un citadin. Il est désert et se cache de la route. Pas de digue ou d’activité touristique arrogante, l’homme n’a pas bouleversé sa destinée. Au pied d’une éminence où veille une modeste statue de vierge, il se blottit entre la forêt et des prairies fleuries où semblent sommeiller quelques constructions.

Le temps du pique-nique sur le promontoire avant de mettre le cap sur le Col des Faignes sous Vologne puis le Barrage de la Lande. Les panneaux sont explicites, il n’y a aucune mystification. Il s’annonce comme un barrage et pas comme un lac. Il n’a donc rien de naturel et n’existe qu’en tant que réserve d’électricité et d’eau pour alimenter les canons à neige. Il est doté d’une gigantesque digue, large chemin piéton, qui s’accroche à deux sombres versants évasés peuplés de sapins. En face de moi, surfent sur la vague des prairies du Kasteberg quelques fermes ou refuges qui me tendent les bras. Je suis tentée d’aller chercher sur les crêtes un havre de paix où je pourrai passer la nuit plutôt que me terrer, comme je l’avais envisagé, dans le fond de la vallée à la Bresse, même si les premiers embruns commencent à froufrouter sur les feuillages et que la montée risque d’être un peu longue avant de trouver un gîte ouvert. Mais après tout, ce n’est pas la mer à boire !

Iris d’eau

Cependant il me reste, avant de jeter l’ancre dans un port ou un autre, encore un dernier rendez-vous, une autre « mer » à explorer. Virement de bord, en avant toutes, poussez les machines à fond, en moins d’une demie heure de croisière on touche le lac de Blanchemer.

Il est paisible, un peu triste sous ce crachin persistant. En son milieu, un colvert glisse sans déranger la surface d’un remous, indifférent au picotement de la pluie.

L’abri forestier m’attend, la porte est entrouverte.

J’entre. Il y fait chaud.

Une table bordée de deux bancs, un âtre où finissent de se consumer des bûches. C’est une invitation à partager avec l’esprit du lieu quelques minutes de repos. Je referme soigneusement en partant pour conserver au randonneur qui voudra passer ici la nuit une chaleur précieuse.

C’est l’ultime moment de se décider: remonter la vague ou tomber au fond…

Adieu vat et vogue la galère ! Je suis convaincue de trouver là haut une ferme-auberge ou même un refuge. Je grimpe longuement en forêt aveuglée par une pluie de plus en plus insistante avant de m’évader sur les chaumes embués. Presque au sommet une chance insolente me sourit. Je découvre au Rainkopf par hasard un refuge ouvert.

A l’entrée un homme m’accueille chaleureusement et m’invite à m’y installer pour la nuit. Lui et sa femme sont les gardiens temporaires et ce soir les seuls occupants. La salle est surchauffée par un authentique kachelhof et chichement éclairée d’une lampe à gaz. L’électricité arrachée au barrage de la Lande juste en dessous ne daigne pas monter jusque là ! Le refuge est cisaillé par la limite départementale: on dort et mange dans les Vosges, on prend sa douche en Alsace.

Toute la nuit les tôles rugissent sous les assauts du vent et le pilonnage de la pluie.

Que de mers j’ai écumées aujourd’hui, Gérardmer ou la mer du duc Gérard, Longemer ou la mer longue, Retournemer, la mer qui obligeait autrefois à revenir sur ses pas car le chemin butait sur le pied de la montagne, Blanchemer, la mer blanche…

Mais  la traduction une fois de plus est trompeuse. « mer » vient peut-être de « mei »  ou « moué » qui désigne l’habitation entourée d’un champ cultivé. D’ailleurs, ici on dit Gérardmé, retournemé… (lire la suite)

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Gerardmer- le Rainkopf


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