Les 21 lacs des Vosges: Le Hohneck – Le Valtin (étape 3)

De toutes les couleurs…

Hier soir, d’un geste un peu vif pour ôter le pansement, j’ai du même coup arraché la même surface de peau. Les soins attentifs n’ont pas suffi à assécher la plaie béante qui suinte encore copieusement ce matin d’un exsudat coupé de mercurochrome. Je me panse, je m’emplâtre, j’ingurgite une dose de cheval d’anti-inflammatoire.

Lac des truites

Le plaisir inhérent au démarrage d’une étape dépourvue des préludes interminables en train ou voiture est néanmoins un peu gâché bien que je sois vaguement rassurée de ressentir une douleur moins vive qu’hier. Chemin faisant, sous l’effet conjugué des endorphines et de l’analgésique elle ira même jusqu’à se faire oublier pendant une partie de la journée.

Mon chemin aujourd’hui s’ébroue sur la toile d’un peintre amoureux des couleurs, sous un aplat azurite et entre les petites touches d’un cocktail de tous les verts des feuillages et du camaïeu des gris de la pierre. Il descend, il monte, s’étouffe dans les ornières boueuses, se glisse sous la neige ou file sur la roche nue entre les arbres ou à travers les prairies renaissantes. Il me conduit au col de la Schlucht, me hisse au Hirchsteine avant de me jeter devant  la digue du lac vert.

Il est beau, mais il n’est pas vert. Avec la meilleure volonté du monde, je ne le trouve pas vert. Il est bleu, même si le reflet des sapins le couronne d’émeraude. Mais il faut parait-il le voir en été quand la végétation aquatique prolifère sous la surface ou avec une âme d’enfant capable de vous faire croire à la légende.

Après quelques kilomètres où il est impossible de mourir de faim ou de soif tant il y a de fermes-auberges et de refuges, on arrive au lac des truites. C’est l’un des plus gracieux des Vosges, d’où qu’on le contemple, de la crête du Gazon du Faing ou de sa berge à l’âme bucolique. Je ne suis pas la seule à être sensible à son charme car je ne l’ai jamais vu désert. C’est un passage obligé pour tous les randonneurs qui marchent par ici. On l’appelle aussi le lac du Forlet, traduction fautive de « Forellen », truites en allemand et je me plais à penser que ce sont des truites arc en ciel qui le peuplent.

Lac Noir

 

Il accompagne un moment ma flânerie entre la ferme-auberge où je suis allée me reposer devant une soupe de légumes et la digue à l’autre extrémité.

La procession qui zigzague sur le flanc de la montagne, m’incite à choisir un autre itinéraire pour rallier l’étape suivante. Et de fait, sur mon chemin, je ne rencontre personne.

J’ai rendez-vous maintenant avec un duo symbolique, le lac noir et le lac blanc, le yin et le yang. Opposés, complémentaires et indissociables.

Le lac noir, le yin, sombre des sapins qui l’auréolent, c’est le petit, le féminin, le passif, qui récolte l’eau du lac blanc comme une semence de vie.

Et l’autre, le yang, lumineux de ses rives claires asséchées, délesté de ses flots convertis durant l’hiver en énergie. Ils ne sont rien l’un sans l’autre: cette interaction permanente leur est vitale.Savait-il cet ingénieur que son procédé de transfert d’énergie, scellant précisément le destin de ces deux lacs dans une existence symbiotique était la parfaite illustration du grand principe de l’ordre universel du taoïsme ?

D’un lac à l’autre, pour l’eau, une conduite forcée gravissant les 120m de dénivelée et pour le randonneur deux chemins: le sentier « Cornélius » qui longe la route départementale et celui qui monte par l’observatoire Belmont. N’hésitez pas, si le premier vous balade en forêt, le second vous emmènera planer au Rocher Hans pour survoler le lac blanc.

Lac Blanc

La montée assez raide a rallumé l’ampoule et la douleur a gagné face aux endorphines impuissantes. La force de persuasion ne suffit plus. C’est la revanche du corps sur l’esprit, de la souffrance sur le plaisir. La pause panoramique sur le promontoire se transforme en séance de soins. Mon diagnostic n’est pas très optimiste. Non pas que j’en sois arrivée au stade de la gangrène, mais l’hypothèse d’arrêter que j’avais écartée en journée regagne du terrain.

Descente sur le lac blanc par endroits un peu délicate. Je remonte ensuite par le sentier « Freppel » jusqu’au Col du Calvaire qui aujourd’hui pour moi, il n’a jamais aussi bien porté son nom. J’ai hâte d’y arriver pour pouvoir basculer du coté vosgien où il n’y a pas réellement de grandes montées d’ici à la fin de l’étape. Dans les descentes la douleur est nettement plus supportable.

Col du Louschbach. La petite pente qui se dessine au début du chemin en forêt que j’avais prévu de suivre me décourage au point de me contenter de la route forestière qui, gentiment glisse dans la vallée.

La souffrance rend les trois derniers kilomètres interminables.

Fin d’étape. La mort dans l’âme, je me résous à interrompre ma tournée des lacs car l’aspect de la plaie et la douleur qu’elle m’inflige ne me permettent pas d’envisager la suite sans inquiétude.(lire la suite)

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Hohneck-Valtin


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