Les 21 lacs des Vosges: Moosch – Markstein (étape 1)

Une programmation sans faille


Lac du Ballon

Prologue incontournable en deux parties pour me déposer au point de départ. Installée entre Madame « Tailleur-escarpins » au portable, Monsieur « Costume anthracite » qui lit le Monde ou l’Équipe et « Dreadlocks acnéique-mp3 » qui termine sa nuit dans le premier train pour Mulhouse, je fais figure d’allochtone en costume exotique. Le deuxième se traîne péniblement dans la vallée boisée de Thann.

9h33. Moosch, enfin. Je saute sur le quai désert.

Le soleil qui sait que l’exactitude est la politesse des rois est au rendez-vous.

Quelques dizaines de pas jusqu’au passage à niveau: à droite c’est la montée au Col du Haag et du Grand Ballon, à gauche, le centre du village, la boulangerie avec un délectable croissant, complément énergétique indispensable pour affronter la dénivelée imminente, mon sommaire petit déjeuner avalé à la va-vite trois heures plus tôt n’étant plus qu’un souvenir.

A présent, la tournée des lacs peut commencer.

Pendant deux heures, ce n’est que de la montée. Une pente amicale qui encourage l’effort plus qu’elle ne le contraint. D’abord une large piste, graduelle et silencieuse qui se hisse au dessus des forêts de la vallée pour pouvoir accorder un panorama dégagé sur Geishouse, les prairies et la crête.

Cette synergie d’effort, d’images et de lumière me gonfle d’une ardeur croissante et d’un bien-être de toxicomane, me transporte hors de moi pour m’extraire du manège de mes idées fades.

Je sens que je renais.

L’ascension se termine par un petit sentier espiègle qui s’élève capricieusement  entre les arbres. Avant le sommet, des caquetages incessants s’amplifient laissant imaginer le comité d’accueil au col.

Et en effet, à la ferme-auberge du Haag un bataillon d’une vingtaine de randonneurs retraités affichant une détermination à toute épreuve et une impatience à peine contenue bat la semelle en attente de leur mentor et de quelques retardataires.

– C’est vous la guide?  m’interpelle une femme.

– Non, pas que je sache, mais si vous voulez aller au lac du Ballon, vous pouvez me suivre !

Je m’évade de cette agora d’altitude, laissant derrière moi les pépiements de ces insatiables bavards. Une sente solitaire et sauvage qui s’abaisse en louvoyant à l’ombre subtile des arbres aux frondaisons juvéniles m’amène à mon premier rendez-vous: le lac du Ballon. Prisonnier dans le creuset de la montagne, je le découvre à travers les barreaux de la forêt. Sur la rive opposée, près de la digue, une curieuse maisonnette blanche aux allures de pigeonnier ou de mangeoire pour les oiseaux en équilibre sur un pieu flotte au dessus de l’eau.

Il est charmant, paisible et secret, havre de paix pour un lecteur solitaire assis sur une pierre et un pécheur tranquille, hypnotisé par le bouchon de sa ligne qui se dandine sur les frémissements de l’eau.

Il est midi passé et j’avais prévu de marquer une pause ici pour pique-niquer, mais je n’ai pas faim comme toujours quand je marche. Je me contente donc d’errer un peu sur la berge, me rafraîchir les mains et faire quelques photos pour ma galerie de portraits avant de repartir.

Une large piste ni difficile, ni spectaculaire conduit au lac suivant qui est sensiblement à la même altitude. Quelques faibles montées aussitôt gommées par des descentes discrètes. Pour rompre la monotonie de ce tronçon j’en profite pour manger un peu.

Le lac de la Lauch n’a pas la même grâce que son cousin, même sous les feux d’un soleil éclatant. Comprimé dans le fond de la cuvette, une digue bien trop grande pour lui semble l’avoir amputé de sa liberté et de son espace.

Toutes sortes de visiteurs flânent sur le barrage: il y a les touristes qui ont laissé leur voiture au parking à proximité, des randonneurs accoudés contre parapet le temps de se désaltérer et quelques pécheurs outillés qui ont étalé leur matériel.

J’opte ensuite pour la montée directe au Markstein, une petit chemin qui gravit à la hussarde la montagne, sans compromis. Un sillon caillouteux presque sans accroc qui s’affirme entre les arbres. C’est rapide et efficace. En moins de trois quart d’heure, on dépasse le tremplin de saut à ski, on aborde les remontées mécaniques puis les hôtels et bars de la station.

Lac de la Lauch

Il y a un an, je l’avais découverte, sous un ciel bas et une pluie insistante. L’endroit m’avait paru désolé, presque lugubre. Aujourd’hui, sous le soleil de mai, elle pétille d’une gaieté printanière. Des motards sont attablés sous les parasols des terrasses et des promeneurs se croisent en tout sens.

Le panorama est dégagé, on plane au-dessus des Vosges. Mais une image entre toutes accroche mon regard, même s’il faut un peu cligner des yeux, une image mirage qui me saisit au point de me faire monter les larmes aux yeux et qui me replonge dans l’ivresse de ma randonnée sur le GR®5, une aventure vécue il y a sept mois. Au sud se déploie l’armada des voiles blanches éthérées des sommets enneigés des Alpes qui émergent des vapeurs que l’horizon distille.

Durant de longues minutes, je dérive hors du temps, happée par le souvenir troublant qui me ramène sur le Morond, au col d’Anterne ou au Brévent d’où j’avais pu par un temps aussi radieux qu’aujourd’hui m’émouvoir d’un spectacle similaire…

Il est trop tôt et il fait trop beau pour aller déjà s’enfermer dans une chambre d’hôtel.  Le ballet des papillons multicolores qui volètent au dessus de nos têtes m’incite à aller chercher plus haut ce qui les pousse à aller flirter avec les nuages. Il faut gagner le sommet, direction ouest, pour arriver sur la piste de décollage des parapentes. Mais à cette heure, il n’y a plus d’envol car les ascendances faiblissent. Allongée dans l’herbe, je me contente, de suivre des yeux ceux qui dessinent encore silencieusement des arabesques aériennes et qui les uns après les autres viennent se poser autour de moi dans le froissement de leur voilure déployée.

Le soleil a encore un peu de chemin avant de disparaître derrière la ligne de crêtes, mais il est temps pour moi de redescendre pour aller chercher mon hôtel…

Toutes les conditions étaient réunies pour que cette journée soit magique. J’ai honoré tous mes rendez-vous, j’ai même fait mieux. Les lacs, le soleil, la beauté du chemin et le spectacle des Alpes, je n’ai rien négligé.

Et ce soir il m’en reste un que je ne manquerais pour rien au monde : celui avec la sérénité…(lire la suite)

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Moosch- Markstein


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