Solo Madeira: Ultime Levada, de Camacha à Funchal (11)

Mercredi 4 mars

Quatorze heures, dernier jour, de retour de la dernière randonnée…

Pour vous mettre dans l’ambiance 🙂

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Je flotte au dessus de Funchal, au dessus de la mer, attablée à la terrasse-bistrot qui couvre le marché aux fleurs, portée par les harmonies douloureuses de Mariza ou d’Amalia Rodriges et caressée des rayons perfides d’un soleil qui me nargue.

Tous les consommateurs autour de moi parlent allemand ou anglais. Plus un mot de portugais. Les serveurs serviles abordent les clients avec une amabilité affectée dans les langues qui assurent le pourboire. Les clients sont toujours flattés quand on fait un effort pour eux, ce qui leur évite de le faire eux-mêmes et les dispose à des largesses.

Cette île a perdu son âme.

Après dix jours, les quelques mots et échantillons de phrases appris ne m’ont presque jamais permis de passer de l’écrit à l’oral.

Ce matin, pour ma dernière journée je me suis rebellée et j’ai décidé de bannir les « Hello et …Morning ». Aux troupeaux de touristes que je croisais ou dépassais, j’ai affiché mon refus par des « Bom Dia » réitérés.

J’avais un programme en réserve, celui que j’avais annulé deux jours plus tôt, dissuadée par des trombes d’eau: le retour de Camacha vers Monte sur la levada de Faial de Serra avec une traversée du paradis (Paraiso), tout un programme !

Le long de la levada da Serra

Le long de la levada da Serra

Laurier en fleur sur la levada da Serra

Laurier en fleur sur la levada da Serra

 

Soleil hésitant, mais soleil quand même, en quittant l’hôtel.

Au départ du bus pour Camacha, un chauffeur de taxi essaie vainement de débaucher la clientèle des transports en commun qui attend un départ imminent. Il est prêt à presque tous les sacrifices: brader la course, entasser un gruppetto cosmopolite dans sa berline jaune citron. Rien n’y fait. Au bout de son mécontentement, il lâche un dédaigneux « F(rr)rançais, difficile ! »

Chemin de jonction entre Camacha et le début de la levada. Ensuite agréable laie, boueuse à souhait, le long d’une gouttière qui récolte les sanglots de la montagne disparaissant sous une forêt envahissante. Il y a à certains endroits autant d’eau sous les semelles des piétons que dans le fond du chenal.

Dès les premiers kilomètres, j’y rencontre plusieurs essaims de marcheurs occasionnels, pour certains jouissant certainement depuis longtemps de la retraite. D’authentiques vétérans armés de cannes et équipés de chaussures citadines. Le bus a dû les vomir à la bifurcation la plus proche car, à l’allure où ils progressent, s’ils avaient entamé la levada à son origine, ils auraient été obligés de se mettre en route au milieu de la nuit.

En y regardant de près, on décèle quelques écolières qui se cachent derrière ces tristes eucalyptus.

En y regardant de près, on décèle quelques écolières qui se cachent derrière ces tristes eucalyptus.

 

Assurément, ils se sont lancés un défi. A leur façon qu’ils ont de sonder le terrain, de scruter la moindre enflure de l’orée du chemin, d’épier la progression de ceux qui les devancent, je suppose que le gagnant sera celui qui salira le moins ses souliers. J’ai envie de leur dire en les croisant, avec mes chaussures déjà copieusement encrassées, que la bataille est perdue d’avance et qu’ils devront se soumettre ou renoncer.

Arrivée à Monte, je renonce à prendre le bus, Funchal et la mer sont au bout de mes chaussures.

Il me reste encore beaucoup de temps pour aller faire, comme tout touriste estampillé, l’acquisition de quelques spécialités incontournables à ramener à la maison: une ou deux bouteilles de vin, des pieds d’agapanthe à repiquer pour recréer sur moins d’un mètre carré un petit bout de « Terra maderiense » et quelques succulents « Bolo do mel » , pain d’épices local à partager avec ceux à qui l’on n’a pas envoyé les cartes postales restées au fond du sac.

Après, je prendraii le bus pour Santa Cruz où j’ai réservé une chambre d’hôtel.

Galerie de photos
Solo madeira
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *