Solo Madeira: La vallée de Tabua par la levada nova (6)

Vendredi 27 février

Toute la soirée, par la fenêtre laissée entrouverte,  j’entends la pluie grésiller sur le pavé.

Et, au milieu de la nuit, comme si cela n’avait que trop duré, un violent orage éclate et rudoie de ses éclairs et grondements ce ciel dépressif qui n’en finit plus de s’épancher.

Je me réveille dans un petit matin apaisé, presque serein et timidement ensoleillé.

Pour autant, je ne me lance pas sur un parcours en montagne, car dès que je mets le nez dehors je constate que les premiers cumulus s’accrochent sur les sommets du nord de Funchal. De plus, il a tellement plu ces dernières heures que les parcours sont probablement détrempés.

Je vais m’en tenir à la décision prise hier soir d’aller me promener sur la levada de la vallée de Tabua au départ de Ribeiro Brava.

Je manque le bus de cinq minutes et dois attendre celui de onze heures.

Je fais un peu de remplissage par la visite du marché de Lavradores. C’est finalement le hall des poissonniers que je trouve le plus typique et le moins envahi de touristes. Le reste  – les étals de fruits et de fleurs- est sans aucun doute coloré et agréable au regard, mais un peu trop tape à l’œil. Les vendeuses en habit traditionnel, le portable à la main haranguent les touristes qui, (comme moi !) feront quelques clichés et achèteront un pied d’agapanthe ou d’oiseau du paradis.

Gros temps sur la vallée de Tabua

Gros temps sur la vallée de Tabua

 

C’est le matin que l’envie de marcher est la plus ardente car une nuit de repos a permis de recharger les batteries. Je sens ici que je gaspille cette énergie qui se dissipe dans l’attente des bus et sur les coussins de leur siège. Commencer à marcher à onze heures ou midi a épuisé la moitié de mes ressources et éroder une bonne partie de mon enthousiasme.

Le temps acceptable me remet du baume au cœur. Après trente cinq minutes de bus, j’affronte les tergiversations habituelles pour me lancer sur le parcours, non indiqué, comme de coutume ce qui m’oblige à une lecture minutieuse du topoguide.

Les madériens marchent peu, ils ont donc le souci de raccourcir les distances et pour cela, ne s’embarrassent pas de lacets pour s’acquitter de quelques dénivelées. Pour accéder à la levada nova, il faut faire un peu d’exercice, ce qui n’est pas pour me déplaire. Dans ces montées, je ne rencontre jamais de marcheurs, quelques riverains tout au plus, affairés à entretenir leur jardin ou à discuter.

Lampe frontale obligatoire, sous peine de tomber dans l'eau et se cogner la tête.

Lampe frontale obligatoire, sous peine de tomber dans l'eau et se cogner la tête.

Levada nova

Levada nova

Arums sauvages

Arums sauvages

 

Le chemin le long du canal, par sa grâce me procure un regain d’enthousiasme mais peine à m’émerveiller. L’extase se nourrit de difficulté et de panoramas grandioses où le regard semble se porter jusqu’au bout du monde. Ici, la marche est trop facile et ne conduit jamais vers les sommets. Les grands espaces sont confisqués, sauf lorsque l’on tourne son regard vers la mer. Si elle me parait plaisante, elle ne me séduit guère. Sa platitude la rend insipide. J’ai toujours été plus éblouie par la terre, protée aux multiples visages toujours différents, toujours surprenants.

La levada nova, qui n’a de neuve que le nom, accrochée à sa courbe de niveau, s’enfonce dans la vallée de Tabua aux allures de fjord, sur le versant arboré d’eucalyptus et autres feuillus. Une végétation anarchique où percent quelques bouquets d’agapanthes et d’arums alternant avec des buissons ensanglantés de capucines bordent le ruban. Aucune activité agricole n’en dépend, ce chemin ne survit que par et pour les marcheurs.

Galerie de photos
Solo madeira
 

Le bout de la vallée retient de gros nuages noirs qui laissent s’échapper des averses intermittentes.
On revient par le versant qui lui fait face, avec la mer pour horizon et un ciel bleu ne daignant pas s’approcher de la côte.
Une petite journée de marche, plaisante, sans plus, avec cette impression de rester un peu sur sa faim…

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