Solo Madeira: Bouquet final (12)

Jeudi 5 mars Départ

Ce n’est pas exagéré d’écrire que le départ de Madère a été mouvementé. Pas le vol, mais plutôt, ce qui a précédé.

Un vin au bouquet de scandale
Un vin au bouquet de scandale

Pour commencer, je me suis levée aux aurores, pour apprendre en arrivant à l’aéroport que mon avion avait été annulé. L’attente interminable était donc prolongée d’une heure dans un bâtiment qui totalise tout au plus deux ou trois boutiques. Je prends mon mal en patience, et me décide finalement assez tôt de me rendre à la salle d’embarquement espérant pouvoir tuer le temps dans le « dutty free ».

Mais, erreur impardonnable, j’avais oublié que dans mon sac de cabine, douillettement emmaillotées dans du plastique à bulles et étroitement serrées dans un carton prévu pour le transport, dormaient mes deux bouteilles de vin achetées la veille. L’agent de sécurité est implacable, pas de liquide !

Qu’à cela ne tienne, je retourne à contrecoeur à l’enregistrement des bagages faire une seconde fois la queue, contrariée devant la file qui s’est allongée entre temps.

J’explique à l’hôtesse ma bévue, qui refuse de prendre le sac au motif que les bouteilles pourraient se casser dans l’avion car, d’après elle, elles sont insuffisamment protégées. Je lui explique qu’elles sont cuirassées dans un emballage rigide et matelassé. J’évoque la probabilité que tous les autres bagages de l’avion contiennent également des bouteilles, que s’il y a de la casse je veux bien en prendre le risque, et que l’avion ne s’écrasera pas pour autant. Aucun de mes arguments ne fait mouche.

De pianissimo, la discussion passe à piano.

Subterfuge éculé
Subterfuge éculé

Je lâche prise avec l’idée d’aller convaincre l’agent de sécurité, facture à l’appui. Je m’acharne à vouloir la convaincre, le dialogue s’éternise; elle ne comprend pas le français et moi je ne comprends pas son anglais. Ses propos où il est question de « flowers » reviennent en boucle. Alerté par le crescendo, un des ses collègues se porte à son secours pour essayer de régler le différend. Il parle correctement le français et m’explique que je peux aller acheter des fleurs, la vendeuse insérera dans le paquet celui de mes bouteilles. C’est semble-t-il une pratique courante.

Je m’exécute, empoigne sans même y jeter un oeil un bouquet d’oiseaux du paradis que de bonne grâce la vendeuse emballe avec le carton de madère selon une pratique apparemment rôdée. Le tout soigneusement ficelé.

Et me voilà pour la troisième fois dans la file d’attente pour l’enregistrement.

Sûre de mon fait, je pose mon paquet sur le guichet.

L’hôtesse s’en saisit et le secoue à tel point qu’il aurait fallu que les cartons gigognes soient soudés pour ne pas se désolidariser.

Elle: – Non, je ne peux pas le prendre, les bouteilles vont se casser.

Moi: – Le carton est fixé à l’intérieur.

Elle: -Vous voyez bien, ça bouge.

Moi: -Vous y mettez de la mauvaise volonté.

De piano, on passe à fortissimo.

Elle: – Non, je n’ai pas le droit de le prendre.

Moi: – Qu’est-ce je dois en en faire alors ?

Le ton monte encore, surtout de mon coté: On frise l’esclandre.

Elle: – Je n’en sais rien, mais je ne peux pas l’enregistrer.

Moi: – Mais c’est du vol: Non seulement j’ai dépensé de l’argent pour les bouteilles qui d’après le vendeur, ne poseraient aucun problème et en plus, je suis allée acheter des fleurs pour 10 Euros.  Simplement pour avoir un emballage supplémentaire.

Elle: – Mais qui vous a conseillé de faire ça ?

Moi: – L’agent de la sécurité !

La passe d’arme se prolonge. De plus en plus révoltée, je ne veux pas lâcher prise, vociférant de plus belle, indifférente à l’opinion des voyageurs qui attendent leur tour autour de moi.

Le scandale est consommé.

Le tohu-bohu tire une responsable planquée derrière son guichet.

Je réitère mes explications et l’entraîne vers le service de sécurité qui ne peut nier le conseil qui m’a été prodigué.

Il s’en suit entre eux une engueulade en portugais que je ne comprends pas mais que je devine.

Elle: – Je suis désolée, mais c’était un mauvais conseil. Le service de sécurité et la compagnie aérienne sont deux choses différentes.

Moi: – Il faudrait tout de même vous entendre! Et apparemment c’est une pratique courante… Qu’est ce que je dois en faire ?

Je hurle littéralement. Je me révolte contre cet acharnement et cette incohérence. Pour aucun des autres voyageurs, le paquet n’a été soupesé. Mis sur le tapis roulant, l’hôtesse se contente de le baguer.

Elle hausse les épaules. Elle ne sait pas que me répondre, elle attend que je capitule.

Moi: – Je vais les boire avant de partir ou peut-être les casser au milieu du hall ? Je crie n’importe quoi, mais je ne leur ferai pas le plaisir de leur laisser.

Enfin libérée de tous ces tracas administratifs
Enfin libérée de tous ces tracas administratifs

Elle: – Mais, faites ce que vous voulez, Madame.

Je ne saurai jamais si c’est la perspective d’une issue aussi peu glorieuse qui dans l’instant lui donne des idées.

Elle: -Vous n’avez pas de quoi caler les bouteilles dans le colis ? Un vêtement par exemple ?

Moi: – Si. Mais restez près de moi, le temps de défaire et refaire le paquet car je ne veux pas m’exposer à un troisième refus de la part de votre collègue.

Pendant que je bourre de ma polaire et ligote le carton, elle s’éclipse.

Je me présente pour la quatrième fois au guichet. Méprisante, l’hôtesse, qui a dû avoir ordre d’enregistrer le colis, ne le touche même pas et se contente d’y coller le laissez-passer arraché de haute lutte.

J’ai juste le temps de me présenter à la porte d’embarquement avant de m’engouffrer dans l’avion.

Ce paquet de près d’un mètre de long, aura été l’un des derniers arrivé sur le tapis roulant d’Orly et m’aura généreusement embarrassée durant mon retour à Strasbourg.

Ce vin aura, je l’espère la gratitude de savoir se montrer à la hauteur des désagréments qu’il m’aura causés.

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