Les Alpes par les GR®5 : Journée au gîte « L’Autan » à Chevenoz (2)

Chevenoz, jeudi 4 septembre 2008

Toute la nuit la pluie crépite sur le toit. Les orages lointains lancent des flashes chancelants suivis des roulements sourds d’un tonnerre diffus qui semblent se répercuter à l’infini. La tempête de l’année est en définitive bien timide!

A l’aube, l’impatience de découvrir le ciel me jette hors du lit. De la fenêtre du dortoir, je découvre, ruisselant derrière un voile de pluie drue le village de Chevenoz qui suinte de toute la tristesse du monde. De gros nuages déboulent de la vallée, avalant tout sur leur passage comme une coulée de lave, avant de se dissiper pour laisser la place aux suivants.

Je suis à peine déçue, je m’étais préparée à cette éventualité et ma décision, sans que j’en aie réellement pris conscience, était arrêtée depuis hier soir.

Je suis néanmoins devant une difficulté à laquelle je n’avais pas songé : Non pas la pluie, qui démoralise mais dont on peut s’accommoder à contrecœur, mais l’orage qui effraie. Jamais dans la traversée du Jura, je n’avais eu l’idée de consulter un bulletin météo, le paramètre climatique n’avait à aucun moment remis en cause ma progression.

Si je ne suis pas trop contrariée de cette pause obligée, c’est la perspective d’un temps perturbé se prolongeant qui m’inquiète davantage.

Heureusement, Météo Savoie annonce une amélioration pour demain et cette information me met un peu de baume au cœur.

J’organise ma retraite forcée en commençant par me plonger dans les notes prises pendant la traversée du Jura; je les complète et remédie aux incohérences.

Je réalise en les parcourant à quel point l’écriture est impuissante à traduire la longueur des étapes. Ainsi la montée d’un col qui dure trois ou quatre heures ne représente souvent que quelques lignes, alors qu’une image ou une impression fugitive peut être détaillée en plusieurs paragraphes.

Puis je me plonge dans le conte de Paulo Coelho  » l’Alchimiste  » commencé hier soir. Je ne le quitte qu’à la dernière page. Au-delà des connotations religieuses ou ésotériques qui m’échappent, ce texte m’interpelle. J’ai l’impression qu’il a été écrit pour donner une réponse au sens de la randonnée que j’ai entreprise et à celui que je dois donner à ma vie : aller jusqu’au bout de son rêve, vivre sa « Légende Personnelle  » pour ne pas avoir de regret.

Chevenoz

Mais contrairement au héros du livre, mon rêve n’est pas au bout du chemin, c’est le chemin.

Il n’a donc rien d’un pèlerinage, d’une ascèse ou d’un chemin de croix, même s’il est parfois un peu capricieux et m’oblige à m’adapter, comme c’est le cas aujourd’hui.

C’est davantage ce qui a précédé mon départ qui était « l’épreuve de l’obstination et du courage « , car il n’est pas simple de franchir le pas. Il faut dépasser ses propres craintes et inhibitions.  » Je vais devoir laisser pendant un temps ceux que j’aime, je vais me perdre sur le chemin, je ne vais pas savoir me débrouiller seule. Comment vais-je annoncer mon projet à mon entourage?… »

Mais le plus difficile est de se libérer du regard des autres dont on suspecte les pensées inavouées ou on surprend les réflexions équivoques : « Tiens, tu pars marcher toute seule, mais tu es folle ! Et ton mari te laisse partir !… « .

Dans cette démarche beaucoup y voient une raison fallacieuse car ils ne peuvent concevoir qu’on puisse avoir envie de vivre des rêves personnels. Ce schéma ne correspond pas à leur vision d’une vie réglée d’un couple qui doit avoir en toute chose les mêmes aspirations.

Je ne mets pas le nez dehors ; il pleut continûment pendant toute la journée, mais l’apocalypse annoncée n’a pas lieu, c’est à peine si l’on entend de temps à autre le tonnerre. Cependant je ne regrette pas d’être restée car l’étape qui promet d’être belle aurait été gâchée. (lire la suite)

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