Les Alpes par les GR®5 : Du Refuge Entre-deux-Eaux aux Prioux (15)

Refuge du Reproju ( les Prioux), mercredi 17 septembre 2008

J’ai froid aux doigts. Malgré les gants j’ai l’onglée. Il fait pourtant beau, mais nous démarrons à l’ombre des sommets. Une ombre glaciale qui a givré l’herbe et durci la boue du chemin. On retourne au Pont de Croë-Vie pour traverser la Leisse, freinées par un troupeau de vaches à l’allure nonchalante où se cache un taureau. Il ne nous fera rien, nous assure le berger, le matin il est plus intéressé par son petit déjeuner que par la course aux randonneurs. Nous discutons quelques instants, laissant aux bêtes le temps de rentrer dans leur pâturage pour nous laisser la voie libre. Sur le flanc de la Grande Casse, il nous fait remarquer un bouquetin solitaire, probablement le même que celui que nous avons vu hier à peu près à cet endroit.

L’ascension du Col de la Vanoise se fait par un petit lacet qui gagne le soleil nous incitant à quitter dans l’instant veste, gants et veste polaire.

Le balisage, ici n’est pas prévu pour les amateurs de la traversée des Alpes, mais pour ceux qui font le tour des glaciers de la Vanoise qui s’effectue en sens inverse.

Ensuite sur quelques kilomètres, on avance dans une large vallée glaciaire, minérale et inhospitalière entre la Grande Casse et la Pointe de Réchasse. Paysage lunaire où l’on dépasse lacs et tourbières. Peu avant le col, les prairies réapparaissent. Près du lac Rond, on s’amuse à trouver l’endroit et l’angle exacts de la photo qui figure à la une de mon guide de randonnée pour en faire une copie où l’on pause.

Col de la Vanoise

Le col marqué par le refuge complété d’un baraquement préfabriqué plutôt disgracieux, est à l’intersection de plusieurs sentiers. Des dizaines de marmottes détalent à l’approche de quelques groupes de randonneurs et fusent en tous sens à travers la pelouse, à vive allure comme des rats sur un navire en perdition, entre les bâtiments et les blocs rocheux.

A quelques pas de là, vers le lac long (à trois reprises, dans les Alpes, je croiserai ce duo Lac Rond et Lac long !) quelques bouquetins aux bannes arrogantes broutent sur les pentes de l’Aiguille de la Vanoise. Un spectacle qui retient nos pas quelques dizaines de minutes…

Le paysage est très minéral jusqu’à l’étonnant Lac de Vaches, festonné d’une pellicule de glace, que l’on traverse par une allée dallée rectiligne à fleur d’eau.

Après quelques kilomètres de descente, on entre dans le domaine skiable de Pralognan : alpages, grandes saignées dans la forêt pour laisser passer les télésièges, larges pistes et balisage approximatif qui nous fait dériver sur un mauvais chemin.

Incontestablement, le monde de la randonnée et du ski sont inconciliables !

Nous nous quittons devant l’office du tourisme de Pralognan où Hélène s’est renseignée sur les horaires de bus pour rallier la Vallée de la Tarentaise. En définitive, elle a le choix entre prendre un taxi ou faire du stop. On ne sait pas vraiment comment se séparer. Je n’ai pas l’impression qu’elle ait très envie de poursuivre cette relation ébauchée, mais pour me donner une contenance et un peu de consistante à ces adieux un peu rapides,  je lui griffonne néanmoins mon adresse e-mail sur un bout de papier qu’elle prend poliment, sachant l’une et l’autre qu’elle ne donnera probablement pas suite. Elle ne me donne pas la sienne, prétextant qu’elle n’a que celle de son travail, mais me demande l’adresse de mon site Internet de randonnée. A mon tour de ne pas vouloir m’engager plus avant, car je n’ai pas évoqué avec elle les motivations premières de cette itinérance. Si l’on doit s’en tenir là, ce qu’elle y trouvera n’aura aucun intérêt. Je ruse en lui disant que je n’ai pas les coordonnées exactes, mais que je lui transmettrai par mail, ce qui suppose, mais je me garde bien de le rajouter à haute voie, qu’elle m’écrive en premier.

Je repense en montant aux Prioux où m’attend le gîte du Repoju à ces trois jours passés ensemble. Nous avions bien sympathisé, elle riait de bon cœur de mes blagues, nous abordions le même genre de discussion et avions le même rythme de marche. Elle avait des projets de randonnée similaires aux miens. Mais elle fait partie de ces gens qui ne s’engagent pas, qui vivent une relation au jour le jour, sans projet et sans attachement. C’est probablement là, une façon de se préserver pour garder sa sérénité. C’est probablement là, une forme de sagesse.

Lac des Vaches

Je me réhabitue très vite à ma solitude et à la réflexion, je n’aurais pas aimé marcher trop longtemps en duo.

Les Prioux, joli petit hameau discipliné le long d’une route en cul de sac, abandonné l’hiver en raison des avalanches qui condamnent souvent son accès. Le gîte a le charme des auberges qui gardent dans leurs murs de pierres l’empreinte des siècles passés. L’électricité solaire est parcimonieuse: priorité est faite aux douches et à la cuisine. On mange dans la grande salle chauffée par un immense poêle à la lueur des bougies. Je suis installée en face d’un jeune belge qui me dit se programmer des étapes de dix ou douze heures -effectivement, il est arrivé à la tombée de la nuit -, qu’il marche seul car il ne trouve personne pour l’accompagner -on comprend un peu avec les distances qu’il couvre en une seule journée!- et qu’il boit plus de six litres d’eau par jour.

Malgré sa folie qui le pousse à en faire tant, il a l’air plutôt sensé et se régale de tout ce qui lui est proposé.

A la table à coté, un couple d’Alsaciens passant trois semaines près de Moutiers afin que Madame puisse suivre sa cure amaigrissante, fait honneur à la fondue savoyarde tout en dénigrant ces parasites qui reviennent depuis plus de huit ou neuf ans de rang -jusqu’à onze fois!-  passer des vacances aux frais de la sécu !

Eux, en bons citoyens conscients qu’il faut maîtriser les dépenses de santé n’iront  pas au delà  de cinq ans ! Ils semblent avoir également à cœur de faire marcher l’économie locale car en quittant le restaurant, ils réservent une table pour le vendredi qui suit ! (lire la suite)

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