Les Alpes par les GR®5 : Du Fontenil à La Chalp d’Arvieux (21)

La Chalp d’Arvieux, mardi 23 septembre 2008

Avec un bon indice de confiance, l’affichage météo de Névache avait affirmé deux jours plus tôt qu’aujourd’hui serait la plus belle journée de la semaine. Néanmoins, au départ le ciel est polychromatophile *. Qu’à cela ne tienne, le moral est bon, j’ai potassé ma carte, visualisé le tracé. Fini le travail d’amateur.

Briançon, ville haute

Première étape : Briançon. Enfin une possibilité de me ravitailler. Je rêve de chocolat, de fromage, de pain frais et de pommes croquantes. J’espère également pouvoir trouver un livre qui remplacera celui qui meuble péniblement mes soirées et mes nuits blanches. Je remonte l’artère principale de la cité Vauban, où je n’y rencontre que quelques indigènes une baguette de pain à la main. Pas de chance, comme un fait exprès, le jour de fermeture de la plupart des commerces est précisément le mardi. Les seuls ouverts sont la boulangerie – tant mieux, c’est déjà ça, avec du pain on ne risque pas de mourir de faim !-  et une boutique de mercerie-lingerie. Oui, mais voilà, je n’ai nul besoin de slip ou de fil. Dommage pour le livre qui devait remplacer celui que je me force à avaler. Pour les denrées de première nécessité, je trouverai peut-être sur le chemin une épicerie.

En basse ville, rien à proximité de mon itinéraire. J’ai envie d’en finir avec cette course aux courses, tant pis, je me contenterai de mes bananes séchées, de mes quelques gâteaux secs et du peu de charcuterie qui me reste.

C’est parti pour de bon: le regard à l’affût de chaque balise, je monte, je tourne, je descends, tout cela sans aucune erreur jusqu’à Villard et après quelques virages il suffit de se laisser guider par la grande piste qui conduit aux chalets des Ayes. Je sors tout de même ma carte à plusieurs reprises, cette partie, partiellement gommée de ma mémoire ne me semblait pas aussi longue. En revanche le hameau m’est familier, on s’y était arrêté l’année passée.

Un berger grimpant dans son 4×4 m’apostrophe:

  • Mais où allez-vous comme ça avec vos bâtons de ski, il n’y a pas de neige !
  • Je vais au col, qui sait s’il n’y en a pas là haut, il ne fait tout de même pas si chaud !

Le sentier longe les alpages où paissent pour quelques jours encore les troupeaux de vaches , s’engouffre ensuite dans la forêt avant de rattraper une large piste travaillée au bulldozer qui aboutit aux « Chalets vers le col ».

Le ciel ne semble avoir aucune intention de virer à la basophilie *. Un léger vent froid me contre et m’oblige malgré la pente qui me réchauffe à endosser ma polaire. Mais où se cache le soleil annoncé ?

La montagne est triste, râpée, abandonnée aux quelques marmottes qui ont repoussé leur sommeil pour emmagasiner encore un peu de graisse avant l’hiver.

Hiver qui pointe le bout de son nez par une giboulée de grésil qui saupoudre ma polaire noire et me picore le visage.

Le col des Ayes est superbe. Jetées sur les pentes hérissées d’aiguilles argentées les taches cuivrées des myrtilles roussies par le gel côtoient le vert des rhododendrons et des conifères nains. Pardon, les cols de Dormillouse et de la Lauze, mais celui-ci vous surpasse sans conteste, peut-être pas en altitude, mais en beauté. Mais je n’ai pas de plaisir à m’y attarder avec ce vent glacial qui me pénètre jusqu’aux os.

La gestion des repas est toujours un peu compliquée en montagne quand il ne fait pas très chaud. Ne voulant pas interrompre la montée qui est cruelle lorsque l’on la reprend, on a toujours la sottise d’envisager la pause repas au sommet. Mais en fait il y fait toujours froid et dans la descente ce n’est souvent guère mieux. Si bien qu’on se retrouve à pique-niquer peu de temps avant la fin de l’étape, d’autant plus que la faim ne se ressent pas tant que l’on marche. Je grignote en descendant dans les pâturages jusqu’à Pré premier où l’année dernière nous nous étions longuement arrêtés pour discuter avec une famille, caricature d’alsaciens plus vrais que nature. Aujourd’hui cette prairie pelée est acquise à un troupeau de moutons qui déborde sur le chemin. Un jeune berger avachi à l’arrière d’un break qui répond à peine à mon salut dirige par monosyllabes et sifflements deux chiens dociles qui s’activent à ramener les bêtes s’éloignant un peu trop.

Ne tentez pas de les compter, vous risquez de vous endormir !

Je finis sous la pluie. Brunissard, La Chalp d’Arvieux.

Miracle, un hôtel fait salon de thé ! Je ne peux résister à l’envie d’y entrer avant de rejoindre mon gîte où le repas ne me sera probablement pas servi avant dix neuf trente ou vingt heures.

Dans la salle paisible bercée par une musique d’ambiance discrète un couple de vacanciers lit devant une bière. Je commande un morceau de tarte aux myrtilles – une vraie, pas un déplorable ersatz confectionné avec un fond de pâte industrielle et de la confiture- et un chocolat chaud onctueux.

Assurément, l’après-randonnée est indissociable de la randonnée !

Au gîte « La Teppio », je suis la seule cliente. Je mange avec la famille en face de Gabrielle qui me tient de grands discours où il est question de « banana, patata, papa et mama », m’offre des morceaux de saucisson mâchouillés et me présente son doudou. Gabrielle, c’est un adorable petit bout de bonne femme de vingt mois, qui est et restera probablement de toute ma traversée ma plus jeune voisine de table. Entre temps, mes hôtes me parlent de leur vie ici, des randonneurs qu’ils voient défiler, des activités qu’ils doivent cumuler, le gîte ne suffisant pas à les faire vivre, des kilomètres qu’ils faut avaler pour aller chez le médecin, à l’école ou pour toute démarche administrative.

Gabrielle profite de ma présence pour résister à sa maman décidée à aller la mettre au lit. Et j’ai bien l’impression de m’être couchée avant elle ! (lire la suite)

*Petit clin d’oeil aux hématologistes dont je fais partie qui savent que polychromatophile signifie gris-beige et basophilie est synonyme de bleu.

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