Les Alpes par les GR®5 : Du Col de la Couillolle à Saint-Dalmas-Valdeblore (28)

Il ne faut rien exagérer !

Valdeblore, mardi 30 septembre 2008

Animation peu coutumière dans la salle à manger du refuge. Les propriétaires sont débordés par le service simultané du petit déjeuner pour des clients qui semblent tous être tombés du lit en même temps. Les femmes rompues aux tâches ménagères donnent spontanément un coup de main pour mettre le couvert, alors que les hommes par petits groupes attendent en refaisant le monde.

L’altitude, pourtant assez modeste (mille six cents ou mille sept cents mètres) me replonge dans les rigueurs hivernales: le sol est gelé et les brouillards givrants de la nuit ont saupoudré la végétation d’un nuage de farine. Je tergiverse un peu pour trouver la suite du sentier dont le départ se dissimule dans la forêt. Il doit retrouver à Roure le sentier que ne suis censée suivre, et jusque-là je dois me fier uniquement aux balises, cet itinéraire ne figurant pas sur les cartes dont je dispose. J’ai visualisé le parcours sur un tracé sommairement reproduit dans un document trouvé au refuge, pas plus grand que deux timbres-poste. Heureusement, le balisage visiblement refait récemment me facilite la tâche.

Le dessin rudimentaire me laissait supposer que je pouvais arriver à la jonction en une heure. Erreur magistrale d’évaluation, il m’en faudra en réalité près de trois car le chemin épouse le contour de tous les versants, va se perdre dans le cul de sac des combes et au creux des vallées. Cela ne me contrarie guère, je pense avoir le temps et le chemin est de toute beauté. Je découvre de superbes villages -comme Roubion et Roure- en équilibre sur quelques contreforts rocheux, et m’amuse de la fantaisie de certains riverains inventifs qui ont agrémenté le parcours d’œuvres cocasses et originales, parfois un peu déjantées. Après, le chemin-serpentin domine la vallée de la Tinée mijotant dans un bain de vapeur qui filtre le miroitement des toits humides de Saint Sauveur.

Je dois accélérer le tempo, car je voudrais arriver avant midi pour y faire quelques achats. Je descends, à marche forcée, sur un chemin chauffé à blanc par le soleil qui fait éclater les touches colorées de la pente.

Ces provisions me sont indispensables car après demain soir,  je serai à Madone de Fenestre, refuge isolé et non gardé depuis quelques jours, et d’ici là je n’ai aucune possibilité de trouver un commerce. Bien sûr, ce soir je serai à Valdeblore, mais je préfère assurer mes arrières et ne pas prendre le risque de me trouver devant un magasin fermé quand j’arriverai.

Roubion

Je cours littéralement sur le dernier kilomètre et j’entre dans la supérette de Saint Sauveur à 12h01. La vendeuse, ne rechignant pas à encaisser quelques euros, me laisse faire mes emplettes. Sevrée que j’ai été, j’achète un peu n’importe quoi à la va-vite et sans penser qu’il me faudra caser tout cela dans mon petit sac qui déborde déjà: yaourts, jus de fruits, pain, gâteaux, chocolat, fruits, conserve, soupe en paquet…

En sortant, sachet plastique à la main, je réalise que la place va manquer. Je pars m’installer sur un banc pour me goinfrer de tout ce qui n’est pas vital et ne laisser que l’indispensable qui servira à confectionner au moins deux repas.

Je reprends péniblement mon chemin qui monte dès la sortie du village, alourdie par ce que j’ai dans mon paquetage et dans l’estomac sous une chaleur accablante. Le jus de fruit me donne terriblement soif à tel point que je vide en moins d’une demi-heure la totalité du contenu de ma gourde.

Cette partie du parcours m’est connue, les images s’enchaînent sans vide et presque sans émotion.

Piste rébarbative jusqu’à Rimplas (où je remplis ma gourde), suivie d’un sentier qui se fraie un passage au travers d’une végétation sauvage avant de s’engouffrer dans la forêt.

La Bolline, La Roche…

Je monte encore, le sac pèse de plus en plus. Les genoux se font douloureux, rançon de la descente accélérée de ce matin.

Quand le sentier jaillit sur la route, le panneau signale l’entrée de Valdeblore mais il faut parcourir encore plus de six cents interminables mètres pour atteindre le centre du village et le gîte « Les marmottes ».

Le ciel s’est chargé, nous aurons peut-être de la pluie en soirée.

Une fois encore, je suis l’unique cliente. Pour ne pas me laisser manger seule, le couple de propriétaires m’invite à sa table pour un dîner agréable. Comme presque toujours les conversations tournent autour de nos activités professionnelles, de nos régions, de mon parcours, des anecdotes sur les randonneurs qu’ils voient passer et de la politique quand on sent qu’on est à peu près du même bord. (lire la suite)

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