Les Alpes par les GR®5 : Du Col de Chesery à Samoëns (5)

Près de Châtel

Samoêns, dimanche 7 septembre 2008

La mauvaise surprise est arrivée ce matin. Elle ne vient pas du ciel : certes, les nuages font encore la sarabande, léchant le petit lac avant de grimper sur les crêtes laissant quelques trouées d’azur avant que les suivants n’arrivent. Mais il ne pleut pas.

A mon réveil la propriétaire et son mari sont là, les deux adolescentes probablement encore profondément endormies sous leur couette et la note revue à la hausse. Les prix annoncés la veille étaient erronés, il faut les excuser ces petites, elles n’étaient pas au courant des tarifs ! J’ai ensuite la bêtise de vouloir me défausser de mes derniers francs suisses qui me restent, mais comme ce n’est pas suffisant, je complète avec des Euros. J’ai toujours éprouvé des difficultés insurmontables pour la conversion des devises. Et là, l’affaire se corse considérablement. Elle me fait un savant calcul, auquel je ne comprends strictement rien, mais je lui fais confiance. Pendant toute la montée, je fais et refais l’opération dans ma tête, pour finalement arriver à la conclusion que j’ai été flouée. Le total est exorbitant ! J’hésite à retourner, car il me faut dans ces conditions redescendre ce que je viens de monter, et remonter une deuxième fois, soit une rallonge de plus d’une heure, sans compter les palabres pour un remboursement hypothétique. Me connaissant, je sais que la rage de m’être faite roulée dans la farine ne durera pas plus d’une demie heure, donc tant pis…une injure fera l’affaire pour solde de tout compte : Sale conne voleuse !

Il faut achever la traversée du domaine skiable des Portes du Soleil -soleil qui apparemment reste à la porte et dans le brouillard-. Les remontées mécaniques se font discrètes et les vaches remplacent les skieurs. Mais uniquement des grands chemins carrossables, caillouteux ou gravillonnés, des champs en pente douce -pistes de ski en hiver- et quelques fermes vouées à la fabrication et la vente de fromage.

Avant la montée qui précède la frontière, je fais une pause pour m’offrir un verre de « vrai-lait-frais-des-montagnes-suisses-avec-de-la-crème-qui-laisse-des-moustaches » au petit gîte de Lapisa qui déborde d’animation.

Au col de Coux et sur une bonne partie de la descente qui suit, le brouillard confisque la vue, et par ricochet anéantit le souvenir. Ces lieux restent pour moi des noms sur une carte et sur des panneaux et un moment d’amnésie sur le parcours.

Avant la remontée sur le col de Golèse, le chemin traverse un alpage où broute un grand troupeau de vaches. Mais au milieu de ce gynécée, bien campé au milieu du passage un corpulent taureau, équipé de superbes attributs qui ne peuvent laisser aucun doute, même de loin.

Vers le Col de Coux

Aïe, je n’ai encore jamais été une aficionado, moins encore si c’est moi qui suis dans l’arène ! Je le vois qui me regarde d’un œil torve. Bon, bon, d’accord, probablement je me fais des idées, mais soyons cependant prudents. Je ne vais tout de même pas aller passer à coté de lui, tee-shirt rose bonbon et sac à dos rouge en lui disant  » Salut, comment ça va, belle journée, hein! » ; N’écoutant que ma crainte, je prends la tangente à travers les arbres où les branches agrippent mon sac et la boue avale mes chaussures pour en ressortir quelques dizaines de mètres plus loin, cachée de son regard. Il n’était peut-être pas belliqueux, mais je me souviens, étant gamine avoir été coursée par ce que croyais être une vache -depuis j’ai appris à faire la différence !- et je n’ai dû mon salut qu’à un buisson dans lequel j’ai pu me jeter.

Samoëns, jolie petite ville touristique et sportive vantée par les dépliants publicitaires, que je n’ai guère le loisir d’apprécier car ma préoccupation première est de rechercher un hébergement. Je le trouve dans le gîte  » Les Moulins « , un peu à l’écart du centre.

Avant d’aller m’installer, je fais quelques achats dans les boutiques de produits du terroir, les autres commerces étant fermés pour cause de repos dominical.

Seule, une fois encore dans une immense bâtisse où je vois la fille de la propriétaire pendant cinq minutes, le temps de me donner les consignes et encaisser le prix de ma nuitée.

Je n’ai absolument pas le sentiment de m’ennuyer. Je rédige mon journal, je lis et comme presque toujours,  je me couche tôt.

J’ai échangé à Chevennoz « l’alchimiste » avec l’unique livre que j’ai trouvé au gîte: une histoire du style « Plus belle la Vie », version médiévale. Il fera l’affaire jusqu’à ce que je trouve une librairie… Probablement pas avant Modane ! (lire la suite)

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