La traversée du Jura par les GR®5 : Du Cernembert aux Cerneux (5)

Les Cerneux, mardi 26 Août  2008

 

Pour quitter le gîte, le propriétaire ne propose pas de nous reconduire à Villers, un client qui a payé est un client oublié. Mais qu’à cela ne tienne, ce n’est qu’une descente de trois kilomètres et que diable, nous sommes tout de même là pour marcher ! Il se contente de nous expliquer vaguement comment retrouver notre chemin.

Arrivés en ville, si l’on peut appeler Villers une ville, nous nous mettons en quête d’une boulangerie et d’une supérette. L’habitude de vivre dans une grande agglomération où l’on trouve tous les commerces ouverts à toute heure du jour me place face à une réalité que je n’imaginais pas, celle de tous ces provinciaux qui doivent se contenter d’horaires d’ouverture réduits et de commerces qui ne leur permettent ni choix et ni fantaisie. Et j’imagine qu’ils doivent voir de bien loin la querelle sur l’ouverture des magasins le dimanche !

Une fois approvisionnés nous entamons réellement notre étape assez tardivement. Nous gagnons la crête en empruntant successivement un tronçon de route puis un sentier qui traverse alternativement prés à vaches et forêts de sapins, ce qui nous donne toute la mesure de l’économie du Haut Jura : exploitation forestière et pastoralisme…

Vers le Gardot

 

Après deux jours de cohabitation avec le Doubs en fond de vallée, on respire, on jouit de ce ciel immense et de ces vastes espaces, on laisse notre regard vagabonder sur les plateaux et dans les larges vallées où sont nichés Morteau et les villages satellites.

Le temps se prête à un pique-nique réussi, on s’installe vers midi dans un champ où broute un troupeau de vaches nonchalantes. Mais c’est sans compter avec ces locataires qui, peu farouches viennent cerner de toute part notre table improvisée. Pas agressives, mais curieuses et pour certaines intéressées par nos chips. Un tel sans-gêne nous oblige à plier le couvert et nous installer à l’orée de la forêt à l’abri de leur regard.

Le chemin continue encore à monter jusqu’à atteindre un vaste plateau où se côtoient parcelles de culture, de prés et de forêt. Pas ou peu de villages, mais un habitat dispersé fait de grandes fermes comtoises typiques, surmontées du traditionnel tué (ou tuyé), large cheminée en forme de pyramide tronquée destinée à y entreposer les cochonnailles à fumer.

La démarcation entre la Suisse et la France est discrète, matérialisée par quelques bornes plantées dans les champs et un bâtiment des Douanes au Gardot .

Le chemin ensuite s’écarte de la frontière pour contourner une crête. Je marche un peu machinalement, perdue dans mes pensées, et ne mémorise guère les kilomètres qui suivent. Les deux jeunes randonneurs rencontrés à plusieurs reprises nous précèdent et Patrick, pour une raison que j’ignore, ne pense qu’à vouloir les dépasser. Bien bêtement, nous les suivons sans se préoccuper des balises qui disparaissent du chemin et les rattrapons à l’endroit où le sentier bute sur une clôture. Nous rebroussons chemin ; Maladroitement, Patrick engage la discussion, mais ils filent devant, ne comprenant probablement pas ses propos, en partie à cause de leur français laborieux.

Il nous faut encore affronter quelques kilomètres de piste et un bourbier interminable que l’on doit au passage des quads et des chevaux.

Gîte des Cerneux

Le gîte est une authentique ferme franc-comtoise restaurée, construite au sommet d’une prairie face au Grand Chateleu. Une famille a monté deux tentes à proximité.

A part les propriétaires, nous sommes les seuls occupants. On nous installe ensemble dans le même petit dortoir et nous dînons en tête à tête au milieu de l’immense salle commune dans un silence presque monacal.

L’absence de moment où je peux me retrouver seule me pèse, pas à Patrick semble-t-il. Cette façon qu’il a d’observer en permanence tous mes faits et gestes me demande un certain self-contrôle pour ne pas faire de réflexions ou montrer d’agacement. Il semble si désœuvré qu’il parait se satisfaire d’épier mes actes : il vit par procuration.

On se couche tôt et je me plonge dans ma lecture. Il s’endort rapidement assommé de ses somnifères.

Dans la journée j’avais suggéré qu’il pourrait penser à se raser. Il ne le fait pas le soir-même au moment de prendre sa douche. J’imagine qu’il souhaite être plus au calme et qu’il attendra d’être à l’hôtel. Mais à deux heures du matin dans un demi-sommeil, je le vois partir à la salle de bain, trousse de toilette en main et revenir une demi-heure après rasé de frais ! Il ne saura me donner une explication de cette lubie subite. (lire la suite)

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