La traversée du Jura par les GR®5 : Du Bois de la Biche au Cernembert (4)

Le Cernembert, lundi 25 Août 2008

Le long du Doubs
Le long du Doubs

 

Hier, nous avions dévié de notre route pour gagner notre hôtel, par une montée de deux ou trois kilomètres mais reprendre le chemin en sens inverse ne m’enthousiasme guère, alors je décide -Patrick acquiesce, comme toujours !- d’emprunter un autre itinéraire, vaguement esquissé sur le tracé de ma carte. Ce petit sentier dégringole à travers la forêt vers le fond de la vallée en passant par la grotte des Moines. Il nous fait déboucher sur une route qui mène à un chantier que l’on contourne par une déviation où l’on s’enlise dans un bourbier interminable avant de retrouver la berge du Doubs.

Pendant toute la journée nous longeons la rivière. Et comme hier, l’un et l’autre selon la place dont ils disposent montrent des visages différents. Cette vallée sombre et humide est souvent profonde, rampant au pied de falaises verticales plus hautes que des murailles de forteresses, qui se rapprochent parfois au point d’étrangler le cours d’eau et d’obliger le sentier à se hisser sur des passerelles métalliques ou se frayer un passage incertain entre les arbres accrochés sur les escarpements étroits.

A d’autres endroits, les versants sont plus doux, la vallée plus large. La rivière s’étale et semble même s’arrêter de s’écouler offrant aux foulques, aux colverts et aux hérons un havre de paix. Le sentier, lui aussi semble se reposer en serpentant nonchalamment entre les herbes pour s’offrir le luxe de quelques rayons de soleil.

Le chemin est désert, nous n’y rencontrons de toute la journée qu’un marcheur rapide qui daigne à peine répondre à notre salut et un couple de jeunes suisses qui semble égaré.

Les seules constructions jusqu’au saut du Doubs se rencontrent à la Rasse où un pont mène à une douane qui semble désaffectée.

Je me lasse de ce parcours dans l’antre du Doubs qui se répète depuis près de deux jours, à l’ombre des falaises et des arbres d’une forêt envahissante parfois sans grâce. J’ai hâte de m’évader de ces espaces étriqués et ténébreux et de prendre de la hauteur. J’espère des plateaux et des sommets, même modestes pour profiter du ciel bleu et du soleil. Patrick qui d’ordinaire s’étend peu sur les paysages qu’il traverse m’en fait également la remarque.

En milieu d’après-midi, on sent qu’on échappe à notre prison de pierre et de verdure: la vallée s’ouvre, le chemin s’élargit, les promeneurs se font de plus en plus nombreux, signe qu’on approche de la curiosité locale : le Saut du Doubs.

On se mélange aux touristes qui, en shorts et sandales, par tribus entières naviguent entre belvédère surplombant la cascade et boutiques de souvenirs.

Saut du Doubs
Saut du Doubs

 

Pour le reste, c’est de la route goudronnée jusqu’à Villers-le-Lac : Ces fins d’étapes sur les routes sont toujours pénibles et semblent interminables.

Le responsable du gîte du Cernembert s’était engagé lors de la réservation, à venir nous chercher à Villers. Pour ma part, je serais prête à faire à pied les quelques kilomètres qui restent, mais je ne veux pas les imposer à Patrick, la fatigue qu’il a affichée hier modère mon enthousiasme.

Nous sommes installés dans d’un petit appartement. Selon l’habitude qui sévit dans les gîtes, nous mangeons tous à la même table. Avec les cinq autres convives, nous partageons une excellente fondue comtoise.

Patrick, qui me dit aimer ces ambiances de refuge où, assis autour de la même table on peut discuter avec tout le monde, ne prend pas part aux débats. Je sais qu’il ne fait que répéter mes propos car il veut en tout point me copier. Mais quand je le vois, si absent,  uniquement absorbé par ce qu’il a dans son assiette, j’en éprouve de la peine et je me félicite d’avoir privilégié pour notre chemin partagé, dès que cela était possible, des hôtels où nos repas se déroulent en tête à tête. Même si nos discussions tournent inlassablement autour de son mal de vivre ou de la qualité des plats qu’on nous sert, il n’a au moins, dans ces conditions, pas à affronter le regard des autres.

Il semble ce soir un peu moins éprouvé, malgré une étape assez longue. Mais il y avait peu de dénivelées et nous avons observé une longue pause à midi. D’ailleurs pour qu’elle soit réparatrice, je lui ai imposé de s’allonger un moment et moi, à coté de lui, je me suis plongée dans mon livre. (lire la suite)

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