Les Alpes par les GR®5 : Des Houches au Refuge du Nant-Borrant (8)

Refuge du Nant-Borrant, mercredi 10 septembre 2008

Le restaurant d’hier soir s’est révélé quelconque et la boulangerie inutile ce matin car, manque de chance, c’est le jour de congé hebdomadaire. Dommage pour le croissant qui me faisait baver d’envie.

La météo ne promet pas de miracles, mais prévenue j’arrive à dépasser cette déconvenue et partir avec détermination. De toute manière je commence à prendre ces prévisions avec une certaine réserve, car elles se trompent plus souvent qu’à leur tour.

Les stations de skis n’offrent jamais des débuts d’étapes alléchants : il faut remonter des pistes rébarbatives et interminables que les skieurs trouvent si agréables et si courtes et couper sous des remontées mécaniques qui rayonnent de la vallée. Je me hâte d’en terminer avec cette partie, dépassant plusieurs groupes munis d’une carte attestant qu’ils font le TMB (Tour du Mont Blanc).

Le Col de Voza grouille de monde et l’explication en est simple : on peut y accéder par un téléphérique ou le tramway du Mont Blanc. On reconnaît ceux qui les ont empruntés à leurs vêtements impeccables où l’on devine presque le pli, les autres affichent des tee-shirts auréolés de sueur et vident goulûment leur gourdes ou se désaltèrent, affalés à la terrasse du bar-restaurant le visage rubicond.

Glacier de Miage

J’avais pris la résolution de ne pas suivre de variantes qui, d’après certaines informations sont moins bien balisées et moins fréquentées que le tracé principal. Mais ici c’est apparemment l’inverse, il s’enfonce dans les sapins par une large piste déserte, triste et sombre qui ne m’enchante guère.

J’interpelle un secouriste vautré devant une bière dans le fond du bistrot.

– La variante par le col du Tricot est plus jolie ! me répond-il. Pas de danger, c’est bien balisé et vous ne risquez pas de vous retrouver seule, il y a tous ceux qui font le TMB. Vous allez vous ennuyer sur l’autre chemin. Il descend dans les sapins et longe un bon bout de route jusqu’aux Contamines !

Malgré le temps qui semble se dégrader, je me décide à suivre son conseil. Je veux bien subir la pluie, mais pas l’ennui.

Les groupes se suivent. Les averses les obligent à s’arrêter pour revêtir les capes de pluie et vêtements imperméables qu’ils enlèvent quelques dizaines de minutes plus tard. Ainsi, on avance, dépassant ou se faisant dépasser au gré des haltes forcées pendant toute la matinée.

On monte et on descend à flanc de coteau sur un sentier indécis qui approche le glacier de Bionnassay, coulée fendillée de bougie refroidie, né dans l’univers hostile des hauteurs, se figeant dans le creux de la pente avant de venir s’éteindre dans les premiers signes de vie que sont les alpages pour alimenter un torrent tumultueux qui gronde dans un lit de moraines.

Et pour l’enjamber, un pont népalais, fétu de paille aérien et gracile accroché aux lèvres du ravin. J’adore les ponts : ils sont le symbole de la volonté de dépasser le gouffre qui nous sépare des autres, nous portent vers eux et nous ouvrent la voie de mondes nouveaux à découvrir.

Celui-là me plait plus que tout autre car il n’est conçu que pour les piétons. Son étroitesse oblige à marcher seul ou en file indienne et s’effacer pour croiser celui qui traverse en sens inverse.

Je laisse passer les groupes qui me devancent pour me l’approprier et ne pas devoir supporter les imbécillités d’un marcheur décidé à faire hurler ses coéquipiers par des cabrioles visant à secouer l’ouvrage de soubresauts.

Dès que je m’engage, il se met à vivre, me berce et se dérobe sous mes pas qui font naître des frissons se propageant tout le long de cette échine légère et souple. J’avance lentement savourant cette sensation agréable d’être suspendue en toute sécurité au dessus du vide, bien loin de ce courant déchaîné qui ne demande qu’à m’engloutir. Je voudrais prendre une photo, mais déjà des groupes se pressent aux extrémités.

Puis le sentier s’enracine de nouveau dans la montagne et reprend son ascension avec en toile de fond à main gauche une crête bossue, nappée d’une couche immaculée qui se dilue dans les brumes : C’est le dôme de Miage.

Un vent frisquet annonce le col du Tricot envahi de meutes de randonneurs qui semblent s’être donnés rendez-vous ici : Un chemin de Compostelle d’altitude, la ferveur en moins. Des bribes de conversations internationales emportées par le vent devancent ceux qui montent de chaque coté du sommet.

Je demande confirmation avant de m’engager dans la descente pour m’éviter de remonter.

  • C’est par là les chalets de Miage ? questionné-je en indiquant le hameau en contrebas.
  • What ? me répond la femme qui endosse son coupe-vent à coté de moi. Of course, j’avais oublié que j’étais sur le tour du White Mount.
  • C’est par là les chalets de Miage ? répété-je à l’intention d’une autre.
  • Oh Yes ! Châlet de Miage, là ! Le ta’te aux my’tilles est t’és bonn, mais toilets déguêulâss ! »
Près de Notre-Dame de la Gorge

En avant donc, cap sur la tarte aux myrtilles et oublions les WC dégueulasses…

Encore une ascension par un sentier étroit où je dois remonter une colonne d’anglais avant d’arriver aux Chalets du Truc. Si, si, je me souviens parfaitement du nom de ce lieu-dit, je ne dis pas  » truc  » au hasard, parce que ma mémoire est défaillante. C’est d’ailleurs un charmant hameau posé sur un replat sauvage.

Une large piste en forêt mène aux Contamines, qui n’est pas le petit village montagnard que je croyais. Les immeubles et les installations sportives n’en finissent pas de s’étirer le long de la vallée qui dévoile après une petite heure, Notre Dame de la Gorge curieuse église élégante et de style assez indéfinissable.

Pour atteindre le Chalet du Nant-Borrant, une dernière montée assassine en cette fin de journée demande le courage qu’il me faudrait pour gravir un col, même si l’on ne monte guère plus de deux cents cinquante mètres.

Le gîte est accroché à l’orée de la forêt, au sommet d’une prairie. A mon arrivée, plusieurs groupes – des Italiens et des anglais- sont déjà installés, alors que d’autres me suivent encore. (lire la suite)

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