La traversée du Jura par les GR®5 : Des Hôpitaux Neufs à Mouthe (8)

Mouthe, vendredi 29 Août 2008

Notre mobil home s’est avéré être un gîte tout à fait convenable. Le dîner à « la Ruche Comtoise » était copieux, la nuit réparatrice et les soucis d’hier un peu envolés.

Nous entamons rapidement l’ascension du Morond par un parcours résolument alpestre. Nous empruntons la piste de ski, mais les remontées mécaniques se font discrètes et ne gâchent pas trop le paysage.

Au sommet, le télésiège déverse dans les décibels d’une musique techno des fournées de VVTistes harnachés comme des figurants de Robocop et des marcheurs frais et dispos alors que nous, nous arrivons suant et soufflant dans des tee-shirts à tordre. Le temps est superbe et le panorama -rarement aussi grandiose- est la récompense à l’effort que nous venons de fournir. Il s’échelonne en plans successifs de plus en plus diaphanes. Quelques timides sommets et mamelons meublent le premier plan, ensuite vient le Mont D’or, fracture qui se hisse vers le ciel et puis au fond, émergeant des brumes les sommets alpins enneigés : Le Mont Blanc, les Grandes Jorasses,  les Dents du Midi et d’autres encore.

Red man et Pink lady sur le Morond (loin derrière le Mt Blanc)
Red man et Pink lady sur le Morond (loin derrière le Mt Blanc)

Je prends soudain conscience de la réalité de la suite du voyage, je m’imagine déjà à leur pied, mais je suis saisie de doutes. Le Mont Blanc est encore loin, les dénivelées des Alpes autrement plus sévères que celles des Vosges et du Jura. Et pour y arriver il me faudra enchaîner seule de nombreuses étapes. Jusqu’à maintenant je n’ai jamais réellement été confrontée à une très longue solitude. J’entrevois des pièges, des passages difficiles, des erreurs de parcours. Mais mon enthousiasme balaie toutes ces incertitudes : d’autres y sont arrivés, pourquoi pas moi ? Je serai seule certes, mais Patrick m’est-il d’un grand secours quand l’itinéraire est incertain ?

Le sentier ondule pour aller flirter avec la crête qui prend progressivement de la hauteur. Comme tous les marcheurs qui parcourent ce tronçon agréable et sans difficulté auquel on peut accéder par le télésiège, nous faisons une halte au Mont d’Or qui est l’un des plus hauts sommets du Jura. Bien sûr, ici les points culminants sont bien modestes, mais le Jura, comme les Vosges, a la générosité de les offrir au randonneur, alors que les Alpes majestueuses ne leur concèdent que les cols et réservent les sommets aux alpinistes.

Ensuite, le sentier repart se perdre entre alpages et forêts en direction de Mouthe. On trouve assez facilement le gîte situé près de la source du Doubs.

Patrick évoque une douleur à la jambe sans insister et je pense qu’il s’agit de crampe ou de courbature sans gravité. Il ne m’accompagne pas lorsque je vais voir la source, à dix minutes de l’hôtel ce qui m’étonne de sa part, lui qui d’ordinaire ne me quitte pas d’une semelle.

Remonter un cours d’eau, c’est d’une certaine façon remonter le temps et ce soir je l’ai suffisamment remonté pour assister à sa naissance. Un courant nourri jaillit du rocher qui dépasse de loin la maigrelette rigole qu’est la source du Danube à Donaueschingen (en Allemagne) que je me souviens avoir vue avec déception il y a quelques années. Mais alors que l’un aura su rassembler assez d’affluents pour pouvoir traverser avec panache toute l’Europe, l’autre n’aura pas tiré profit des avantages que dame nature lui a accordés au berceau, se contentant modestement d’aller se jeter dans la Saône après moins de cinq cents kilomètres.

Source du Doubs à Mouthe

À mon retour, je questionne davantage Patrick sur sa douleur et constate une légère enflure sur le tibia qui ne semble pas avoir été occasionnée par un choc. Le mal est plus sérieux que je ne l’imaginais. Il peut s’agir d’une tendinite ou d’un claquage.

Depuis quatre ans que nous marchons ensemble -lui, toujours avec les mêmes chaussures- il n’a jamais éprouvé la moindre gêne. Il m’avoue que ses chaussures sont un peu trop grandes : Nous voilà ramené une fois de plus à ce problème ! Je suis persuadée qu’il a été obligé de crisper les pieds toute la journée pour ne pas les perdre. Il n’en a rien dit. Peut-être qu’une paire de chaussettes supplémentaire et un laçage plus serré auraient réglé partiellement le problème.

L’étape de demain aurait dû être la dernière pour lui. Il parait plus raisonnable, bien que je ne sache pas exactement l’intensité de la douleur, qu’il y renonce. Mais moi de mon coté, je n’ai pas envie de rester toute la journée coincée dans ce gîte et zapper l’étape suivante.

Il est décidé que Patrick restera ici pendant que je poursuivrai jusqu’à la Chapelle des Bois. Mario passera le prendre en venant me rejoindre.

Il montre beaucoup de déception. Je ne sais pas si c’est parce qu’il ne peut terminer le tronçon qu’il s’était fixé ou par la perspective de rester seul ici. Et pour tout dire, égoïstement je ne cherche pas trop à savoir. (lire la suite)

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