La traversée du Jura par les GR®5 : De Trévillers au Bois de la Biche (3)

Le Bois de la Biche, dimanche 24 Août 2008

 

Enfin, un temps digne d’un mois d’août : soleil radieux et température fraîche mais agréable au petit matin quand nous laissons derrière nous notre hôtel. Inutile de chercher les balises, ici les locaux, partisans de l’ancien tracé n’ont pas fait le nécessaire pour indiquer le sentier officiel, mais les indications sur le topoguide sont suffisamment claires pour pouvoir trouver sans difficulté le chemin.

Direction plein est, face au soleil : Sous la douceur des premiers rayons, le sentier gorgé d’humidité prend des allures de hammam.

A Fessevillers, finie l’improvisation, on rentre dans le rang, attachés à nos fameuses balises. A partir de ce point, il semble que les autochtones et la fédération soient en accord pour nous conduire jusqu’à Goumois. Une douce montée à travers prairies et forêts nous fait découvrir un panorama magnifique assez caractéristique du Haut Doubs. En raison de l’humidité et de la fraîcheur de la nuit, les vallées sont étouffées par d’épaisses couettes de brume desquelles émergent les sommets aplatis.

Notre chemin fait un crochet à Uretière, curieuse petite chapelle dédiée à Saint Roch et après une descente en forêt il arrive à Goumois, écrasé de soleil, partagé sur les deux rives du Doubs. Ce bourg est doublement renommé : d’une part pour être une commune à la fois française et suisse et d’autre part pour être un site réputé de canoë-kayak.

Nous allons longer le Doubs pendant tout l’après-midi ; les promeneurs nombreux vers Goumois se font de plus en plus rares au fur et à mesure de notre progression.

Chapelle d’Uretière

 

Le Doubs a entaillé le plateau pour en faire un lit sinueux et irrégulier. Étranglé entre des parois verticales, il se fait tumultueux torrent et quand la vallée lui offre un peu plus d’espace, il devient cours d’eau alerte qui glisse sur le dos usé de barres rocheuses ou s’effiloche entre les chaos de pierres ou les bans de sable. Si la pente est faible, c’est une rivière disciplinée au courant lent et régulier, peignant des chevelures d’herbes aquatiques.

La rivière ne négocie guère avec le chemin pour partager la vallée. Dans la place qu’elle lui concède, il trottine sur sa rive gauche, s’en approche dangereusement, s’en éloigne pour aller se confondre avec une piste caillouteuse ou goudronnée, grimpe parfois dans la pente pour se frayer un passage ou escalader quelques aplombs rocheux.

Et presque toujours sous couvert d’une forêt dense qui prend parfois des allures étranges et inquiétantes. Tout y est vert : les arbres, tels des spectres enveloppés d’une toison épaisse de mousse qui se s’effiloche en lambeaux, les amas de pierres arrondies ressemblant à de gigantesques poufs de velours et le sol recouvert d’une moquette profonde. Pour peu, on se croirait dans le décor d’un film fantastique ! Si ce n’est que la présence des balises, on dirait ce lieu abandonné. Il semble même que les oiseaux l’ont déserté tellement il est silencieux.

Nous avançons ainsi jusqu’à l’usine du Refrain. Ce nom encastré entre les courbes de niveau de ma carte m’avait fait un peu rêver tant je le trouvais insolite. C’est en réalité une banale centrale hydroélectrique située dans un goulet qui doit son nom à la complainte du vent s’engouffrant dans le canyon. Aujourd’hui, il est aphone, il n’y a pas un souffle !

Deux étudiants postés à proximité nous interpellent pour nous informer des risques de montée des eaux lorsque l’usine doit répondre à un besoin accru d’électricité, … sur la zone que nous venons de parcourir !

En plaisantant je leur fais remarquer qu’il serait plus juste de parler des risques auxquels nous avons échappés!

Vallée du Doubs après Goumois

Une discussion bon enfant s’engage. Ils me disent se poster d’un côté ou de l’autre du tronçon à risque selon leur inspiration. A mon avis, EDF avait probablement prévu un informateur à chaque extrémité mais ils préfèrent rester ensemble pour tromper l’ennui !

Cet endroit est très fréquenté, et pour cause, il est desservi par une route goudronnée et une via ferrata est aménagée à quelques centaines de mètres de là.

On quitte le Doubs pour grimper sur la crête. Les  » échelles de la mort « , dénomination un tantinet exagérée pour désigner des escaliers métalliques très commodes et à la portée de n’importe quel marcheur, nous hissent jusqu’à un point de vue. Ensuite, pour trouver l’hôtel perché sur les hauteurs, c’est un peu à l’avenant. On se fie aux traces, aux quelques promeneurs que l’on rencontre, à la boussole et au sens de la pente.

Patrick, probablement fatigué est imbuvable, dès qu’il constate que sa gourde est vide. Je lui assure qu’il ne reste que vingt minutes de marche, une demi-heure tout au plus. Il n’a de cesse de vouloir trouver une solution pour la remplir mais refuse l’eau qui reste dans la mienne, probablement parce qu’il faut boire à la pipette ! Il ira jusqu’à quémander de l’eau à des vacanciers installés dans un cabanon qui lui répondent que l’eau du robinet n’est pas potable. Qu’à cela ne tienne, il  leur réclame une bouteille d’eau minérale ! Je le regarde faire de loin, qu’il essuie seul les refus ! Il revient à moi en râlant, les traitant de tous les noms d’oiseaux. Pour avoir la paix, je viderai le contenu de ma bouteille dans la sienne en le remettant vertement en place.

Nous en aurons effectivement pour vingt bonnes minutes avant d’arriver. Alors que je viderai presque une carafe entière d’eau, lui, finira sans avidité excessive un seul verre de sirop !

L’hôtel règne sur une prairie occupée par un troupeau et domine la vallée du Doubs qu’on devine sous les sapins. Après le départ des derniers clients venus se désaltérer pour clore leur promenade dominicale, le soir amène au gîte la sérénité des grands espaces dépeuplés.

Un repas raffiné nous est servi par un jeune homme stylé et souriant dans une ambiance feutrée. Mais ce soir, Patrick ne semble guère apprécier ce luxe. Il est fatigué et mange peu. Je lui trouve les traits tirés. L’étape était longue certes, mais pas très difficile. Est-ce le contrecoup de l’étape d’hier ou l’accumulation ? Mais quand on marche je suis dans l’incertitude absolue quant à son degré de fatigue. Il n’évoque jamais son besoin de faire une pause si ce n’est pour se désaltérer et me suis sans jamais laisser le moindre écart se creuser. Si je le lui demande, il me dit que le rythme lui convient et refuse de passer devant. Lorsqu’on on s’arrête pour pique-niquer il manifeste beaucoup d’ennui dès qu’il a terminé de manger et n’a de cesse de repartir.

Dès demain, j’imposerai une pause conséquente à midi, quitte à partir plus tôt le matin. (lire la suite)

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