Les Alpes par les GR®5 : De Thonon à Chevenoz (1)

Chevenoz, mercredi 3 septembre  2008

En premier lieu, expédier les livres que je ne veux pas transporter pendant toute la randonnée. Je m’installe dans la file d’attente qui s’allonge avant d’être avalée à neuf heures précises dans la gueule du bureau de poste. En un rien de temps, mon paquet est pesé, oblitéré, lancé sans ménagement dans la corbeille « colis à expédier ». Pour « La Traversée du Jura » et le roman des pieds coupés,  le voyage est terminé.

Faire ensuite quelques maigres achats. Je ne veux pas me charger inutilement car j’ai constaté que je mange peu la journée. Je traîne en permanence des restes qui, au fil des jours deviennent de moins en moins engageants.

Mes premières foulées en terre alpine sont plutôt hasardeuses. Hier à l’office du tourisme, on m’avait donné un plan de la ville mentionnant clairement le tracé du sentier de grande randonnée concrétisé par un filet rouge qui suit le dédale des rues. Oui, mais voilà, les balises s’évaporent après quelques carrefours. Échaudée par mes avatars de la Chapelle des Bois, je me rabats sans plus tarder sur le guide… voyons voir… pas de doute, me voilà une fois de plus prise au piège des querelles de sentiers, les deux parcours ne se superposant pas. Je rebrousse chemin, jusqu’au point d’accord, et je me lance sur le tracé de la carte, repeint de frais. La déviation annoncée n’a plus cours car le pont enjambant la nouvelle autoroute, qui devait se terminer en 2009 est déjà en service.

A neuf heures cinquante, l’aventure commence enfin ; je laisse derrière moi le tumulte de la ville pour pénétrer dans la forêt de Thonon par un parcours de santé. Que demander de mieux qu’un parcours de santé pour entamer les sept cents kilomètres que j’ai devant moi ?

En peu de temps j’abandonne ces joggers en tenue moulante pour la solitude des sentiers forestiers ressemblant à ceux que j’ai arpentés dans les Vosges et le Jura, mais à leur différence, lors des passages dégagés la vue tombe au nord sur le lac Léman et à l’est sur des cimes acérées des Alpes, la dent d’Oche notamment. Le chemin, à la fois départ de la traversée des Alpes et de tour du Léman, chemine direction  » plein est  » jusqu’à sa fusion avec la variante provenant de Saint Gingolph, que je ne trouverai que demain.

La météo prévoit une dégradation, j’avance donc assez rapidement pour ne pas devoir essuyer trop de pluie mais en début d’après-midi je prends le temps d’une pause dans une buvette de Reyvroz. Le patron m’invite à m’installer dans la cuisine, la salle du bistrot semblant servir depuis longtemps d’entrepôt pour les vélos et les cageots. Je m’attable en face de lui. Il termine son café et comme un vieux couple nous regardons les informations à la télé qui trône en bout de la table. Nous commentons les misères du monde avant que notre conversation glisse sur les prévisions météo. Il pousse alors devant moi le quotidien local qui annonce à la une en gros titre « Tempête de l’année sur la Savoie en soirée. »

A Reveroz

Dans toutes mes projections, je n’avais jamais envisagé que j’y serais confrontée. Il me semblait qu’en septembre le temps se serait assagi. Un peu alarmée, je paie et le quitte sans tarder. A marche forcée, je descends à Bioge et remonte tout aussi rapidement vers le Plantaz, vigilante aux balises pour ne pas devoir revenir sur mes pas, épiant l’évolution du ciel.

Le vent se lève, et si l’azur se brouille, le temps n’est pas encore menaçant. Une légère appréhension m’empêche d’apprécier le paysage qui se fait plus alpin.

J’avale les kilomètres en forêt évaluant la distance qui me reste avant les premiers hameaux où je pourrai m’abriter si le temps tournait à l’orage. En montagne, il a toujours été pour moi source d’inquiétude car je ne sais absolument pas comment il faut réagir si l’on se trouve pris au travers.

A partir des Clouz, le chemin est jalonné de fermes et de granges qui sont autant d’abris potentiels. Rassurée, je ralentis un peu l’allure.

Je prends même de l’avance sur les prévisions ce qui me permet de terminer l’étape calmement pour pouvoir observer tout ce paysage qui m’a échappé en début d’après-midi.

J’arrive finalement assez tôt au gîte de Chevenoz où la propriétaire à laissé sur la porte une affichette à mon intention m’indiquant que je peux m’installer dans le dortoir sous le toit. Un peu sordide…

J’ai encore largement le temps de faire ma lessive que les bourrasques ne tardent pas à sécher, et lire au soleil, installée face à la vallée.

Le vent qui redouble charrie les premiers nuages noirs qui n’arrivent qu’en soirée.

A son arrivée, la propriétaire me propose de m’installer à l’étage en dessous, dans un dortoir propre et confortable attenant à la salle commune. J’occupe à moi seule l’immense gîte : je dispose de deux tables de vingt places, une cuisine équipée et approvisionnée, plusieurs douches et WC et une chambre de six lits.  Elle m’apporte un repas pantagruélique que je déguste face à moi-même et que je ne peux terminer.

Chevenoz

Ma détermination se trouve un peu émoussée face aux aléas climatiques : Le répondeur de Météo-Savoie annonce pour demain des averses accompagnées d’orages parfois violents, les pires conditions pour un randonneur ! L’étape est relativement longue et en quasi totalité sur les crêtes, sans abri sur une grande partie du parcours.

Il serait peut-être plus sage de rester au gîte, cependant je suis indécise.

En soi, faire une journée de pause n’est pas préjudiciable pour la suite de la randonnée, mais je redoute de devoir y recourir trop souvent, allongeant d’autant la durée de ma traversée des Alpes et augmentant le risque de trouver de la neige dans les dernières étapes.

J’essaie d’évacuer cette contrariété en me plongeant dans le livre de Paulo Coelho : l’Alchimiste.

On dit que la nuit porte conseil. Allez savoir !

En tous les cas, l’état du ciel demain matin saura venir à bout de mes hésitations. (lire la suite)

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