Les Alpes par les GR®5 : De Saint-Dalmas-Valdeblore au Boréon (29)

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Le Boréon, mercredi 1er octobre 2008

Sommeil habité des patous du troupeau séjournant dans la montée au col de Veillos avec lesquels mon hôte a eu quelques démêlés qu’il m’a relatés hier, au dîner…

Le soir les sujets sensibles deviennent inquiétants. Je sais fort bien que d’ici la fin de ma randonnée je rencontrerai encore des troupeaux et des patous, mais la localisation dans l’espace et dans le temps de celui-ci, à savoir dans la montée au dessus de Valdeblore ce matin, provoque la sensation d’un danger imminent et tangible. Je caresse le secret espoir que le troupeau sera descendu pour me laisser la place libre.

Je quitte le gîte de bonne heure ne faisant plus vraiment confiance à la météo, alors quelque soit la longueur des étapes, si le ciel est dégagé à mon lever, j’essaie d’avancer le plus possible. Maintes fois, j’ai terminé dans la grisaille ou même sous la pluie, alors que la journée avait bien commencé.

C’est ici que j’abandonne définitivement le sentier qui se hâte de terminer sa course, direction plein sud, direction Nice et sa promenade des Anglais. Je voudrais faire durer le plaisir, remonter un peu, aller flirter avec l’Italie, à moins que les cols qui jalonnent cette échappée par la Vallée des Merveilles soient suffisamment enneigés pour m’obliger à lui revenir. J’ai un peu hésité avant de me décider, mais je pense que c’est une occasion qui ne se représentera pas de si tôt et de l’avis général, le cet itinéraire est plus spectaculaire.

Direction nord. L’étape d’aujourd’hui, je la connais en totalité pour l’avoir faite en octobre. Je me rappelle assez fidèlement tout le parcours : la montée dans la forêt à la sortie de Valdeblore, la traversée dans les alpages où, soulagée, je repère loin de moi, le troupeau au dessus de la cabane du berger, encadré de trois patous qui musardent, le passage du col de Veillos. D’après les propriétaires du gîte, il n’y a pas d’autres troupeaux jusqu’au Boréon, je devrais donc terminer sans crainte la journée. A partir du col, l’année dernière nous y avions trouvé de la neige. Maintenant, il n’y a pas encore le moindre confetti de cette neige qui avait eu le talent d’adoucir la combe des lacs de Millefonts et la montée au col du Barn, désolée et revêche.

Lac de Millefonts

Mais après le Col du Barn, c’est une autre vallée que celle que j’avais connue, mille fois plus belle, mille fois plus bariolée qui justifie à elle seule la montée de mille deux cents mètres de dénivelée que je viens de gravir. Entre l’émeraude des rhododendrons, les touffes de myrtilles empourprées par le gel embrasent la montagne. En troupeaux épars, les mélèzes, dorés pour les plus jeunes qui n’ont pas résisté aux premiers froids, ou vert tendre, escaladent les pentes jusqu’aux premiers éboulis qui chaussent les crêtes dentelées.

Le sentier joue à saute-mouton avec un petit ruisseau tortueux qui sautille sur les rochers usés. Tout est harmonie; je traverse un jardin zen qui n’est ouvert que pour moi. Quelques trilles d’oiseaux remplissent le silence.

Tout le temps que j’avais gagné dans la montée, me profite pour la descente: je m’arrête à chaque détour de chemin, j’écarquille les yeux, je prends mon appareil photo à témoin pour qu’il puisse confirmer à mon retour mes déclarations quand je dirai « ce vallon était vraiment la plus belle peinture fauve qu’il m’ait jamais été donnée d’admirer ! »

Le fond de la vallée étouffe sous une sombre forêt d’arolles et d’épicéas.

Je ne fais que passer à la Vacherie du Collet, bâtisse presque insignifiante en absence de neige.

Remontée au col de Salèse suivie de la descente au Boréon, toujours à couvert, sur un sentier qui double la grande piste et qui s’y confond par instants.

Col du Barn

Les inévitables kilomètres bitumés de la fin d’étape sont avalés en un temps record, car je me souviens soudainement qu’un parc consacré aux loups est installé au Boréon.

Je dépose mes affaires dans l’unique hôtel encore ouvert à cette période et je file au parc « Alpha ». Il me reste une heure et demie pour la visite. Un peu rapide, donc un peu frustrante. Mais j’ai néanmoins le temps de pouvoir observer longuement une meute et visionner un documentaire saisissant mi-scientifique, mi-poétique sur cet animal mythique qui soulève tant de passions.

Ce soir, je jouis d’un luxe peu habituel: l’hôtel -qui peut s’enorgueillir d’être jusqu’à maintenant l’hébergement le plus coûteux du périple- me propose une jolie chambre confortable équipée d’une télévision.

Il me semble que depuis une éternité, je n’ai plus écouté les actualités. Le premier mot que j’entends en allumant le poste est « crise ». Toute la soirée on ne parle que de cela. Crise, crise, ce mot revient comme un écho et tourne en boucle, sur toutes les chaînes. Et je ne comprends pas. Quand j’avais quitté le monde, il n’y a pourtant pas si longtemps, personne ne susurrait ce mot, personne n’avait même l’air de savoir qu’il existait ! Elle semble être arrivée comme la peste au moyen-âge avec les bateaux venus de contrées lointaines. (lire la suite)

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