Les Alpes par les GR®5 : De Névache au Fontenil (20)

Le Fontenil, lundi 22 septembre 2008

C’est le premier jour d’automne. Je me surprends à penser que ce long ruban s’étirant sur trois massifs s’est décliné sur quatre saisons: commencé en hiver, il se terminera en automne.

Aujourd’hui, c’était un festival, un record d’erreurs de parcours en tout genre sur un tracé que je suis censée connaître en quasi-totalité. Certaines me sont imputables, mais je ne veux pas endosser la paternité, ou plus exactement la maternité de toutes.

Névache, frissonne dans le petit matin; J’arpente ce hameau, plus désert encore qu’hier; je ne rencontre qu’une seule gamine qui se rend peut-être à l’école. Après un kilomètre à revenir sur le chemin d’hier, à une patte d’oie, je bifurque, me fiant à ma boussole, car aucune balise visible ne peut me venir en aide. Après quelques centaines de mètres j’en trouve enfin une qui me rassure sur mes capacités à m’orienter par mes propres moyens.

A la chapelle des Ames, un petit poteau arborant du blanc et du rouge sur toute les faces est planté à une intersection. Mais où aller ? J’essaie de scruter chaque pierre, piquet ou tronc d’arbre pour y déceler sur l’un ou l’autre des chemins une marque. Mais rien, et la carte n’est pas assez précise. Je fulmine contre la sottise de certains baliseurs qui ne peuvent se mettre à la place de ceux qui ne connaissent pas les lieux. Au hasard, j’emprunte celui qui me semble le plus fréquenté. Mauvaise pioche et quand je suis certaine de mon erreur, je n’ai plus envie de rebrousser chemin. Tant pis, je longerai la route jusqu’à Plampinet.

Derrière moi la vallée de la Clarée s’illumine sous le feu des premiers rayons du soleil.

Je retrouve et reconnais sans aucune hésitation la variante provenant du col de l’Echelle que nous avions emprunté un an plus tôt, n’ayant pas fait le détour par Névache.

Plampinet, j’ai déjà du retard. Mais qu’importe, cela n’a rien d’inquiétant, même si la journée est un peu longue, plus de huit heures et demie sans les pauses. C’est un village pittoresque, quelques photos s’imposent. Je dépasse le gîte « La Cleida » où nous avions fait étape en juillet 2007. Il sommeille comme le reste du village.

Plampinet

Parfois pénible en raison des cailloux qui roulent sous les pieds et cassent le rythme, une longue piste en zigzag remonte régulièrement un goulet. Peu avant les Chalets des Acles, le soleil dépassant la pointe de Pécé me salue si chaleureusement que je peux me défaire de mes gants et ma polaire.

Je marche distraitement, portée par ma musique, chantant même parfois à tue-tête dans ce théâtre dépeuplé. Et je marche au-delà des chalets sur un chemin si bien tracé qu’il ne fait naître aucun doute. Pas de balises, mais la Vanoise m’avait tellement habituée à me renseigner chichement que je ne m’en inquiète guère.

Certains aspects du chemin m’intriguent tout de même: je ne me rappelle plus avoir longé ce lit de torrent à sec, mais ma mémoire est si parcellaire et le chemin tellement évident!  Il devait se diriger à l’est et virer ensuite au sud et là il persiste à ne pas vouloir changer de direction. Pour finir, le sentier meurt dans l’oued.

Je dois me rendre à l’évidence,  j’ai certainement manqué une bifurcation. Je sors une fois encore un peu trop tard ma carte pour constater qu’il me faut retourner jusqu’aux chalets des Acles. Le souvenir d’avoir traversé le gué l’année précédente me revient brusquement. Encore et toujours l’économie de sortir le guide à temps et se fier à des approximations !

Je m’en veux de cette récidive, et je me martèle « Espèce de d’andouille, c’est pas la première fois ! », et me punis en enfouissant le mp3 et ses écouteurs au plus profond de la poche. Je me force à avancer à un rythme d’enfer et mets à peine la moitié de temps pour parcourir en sens inverse les kilomètres inutiles.

Aux Chalets des Acles, la marque signalant le passage à gué est bien discrète. Circonstances atténuantes  pour moi !

Les balises jalonnent ensuite régulièrement le sentier et plus que jamais j’y suis attentive. J’ai déjà perdu au total plus d’une heure et demie, à cette cadence je vais arriver à la nuit.

Je remplis les vides de ma mémoire. Je croyais connaître la plus grande partie du sentier mais il n’est imprimé dans mon cerveau qu’en pointillé. J’ai une image assez précise de certains lieux, d’autres me sont en revanche totalement inconnus. Je me souviens de la montée au col de Dormillouse, mais le paysage est modifié: le vallon s’est hypertrophié et certains tronçons de chemin sont rognés.

Je me souviens également de ces cohortes de randonneurs sur la piste après Plampinet qu’il a fallu dépasser pour retrouver un peu de calme et les marcheurs isolés se dispersant dans la dernière montée avant le col.

Aujourd’hui, le chemin m’appartient et je ne partage la prairie rase de la montagne qu’avec les marmottes qui décampent à mon approche.

Au col, le comité d’accueil semble au complet. Des chocards tournoient en piaillant tandis que d’autres, juchés sur le panneau attendent mon arrivée pour prendre leur envol.

Comme en juillet 2007, cette montée m’aura encore une fois paru pénible, la dénivelée n’étant pourtant pas plus sévère que certaines que j’ai déjà effectuées. C’est certainement parce que le petit déjeuner n’est qu’un lointain souvenir. Il est treize heures quand je franchis le Col de la Lauze, vingt minutes après celui de Dormillouse et je n’ai pas encore fait la moindre pause. La descente sur Montgenèvre est assez rapide, malgré un égarement sans conséquences dans les pistes de ski où les chemins n’osent plus s’affirmer.

Montgenèvre, village-station bâtard, un vague petit centre historique encadré de constructions sans cachet et environné de remontées mécaniques.

A partir de là, la carte n’est pas de grande utilité. Les bulldozers s’ingénient à brouiller les pistes des randonneurs et dérouler le tapis rouge aux voitures citadines qui amènent les skieurs l’hiver et quelques golfeurs ou tennismen le reste du temps. Il faut emprunter pour un kilomètre ce ruban impeccable avant de s’esquiver en forêt. Mais, même ici, le sentier doit se plier aux exigences de la clientèle locale qui répugne à se salir les pieds. J’inaugure les commodités dont on le dote, à savoir des passerelles enjambant quelques bourbiers tout à fait négociables. Je teste. Les ouvriers sont encore à l’ouvrage et je dois enjamber scie, boîtes à clous, perceuse et même sac à casse-croûte.

– C’est bon , ça tient, me lance l’un d’eux, mais vous ne faîtes pas le poids !

Dommage, j’ai raté ma vocation de cobaye !

Après le sentier me fait sa figure des mauvais jours: tout simplement il s’est laissé pervertir et se prend pour une piste de ski consciencieusement lissée. Ici aussi j’inaugure, elle servira pour la première fois à l’hiver qui s’annonce. Après quelques virages, il reprend sa liberté et s’échappe entre les arbres. Mais il me met face à une signalisation parfaitement incompréhensible. A une intersection, la croix rouge et blanche indiquant que l’on se trompe, est peinte sur un arbre planté exactement entre deux chemins…

St Rock’n Roll

Amstram gram, pic et pic et collégram, goure et goure et ratatam ! Et là encore, je me goure…

Quand je suis convaincue de mon erreur je râle encore, mais mon mécontentement n’est pas suffisant pour me faire remonter. La route est dans la vallée, le Fontenil où je dois arriver est au sud, il suffit de marcher au flair et aux instruments même si je dois défier un peu de macadam. J’improvise dans les champs, le lit de cours d’eau à sec et de pistes forestières indécises pour aboutir sur la route où, par un chemin de traverse je peux retrouver mon sentier. Je termine tranquillement mon étape, sur un parcours qui me revient en mémoire.

Le gîte « Le petit phoque » est au centre du village.

Malgré le petit supplément kilométrique imprévu que je me suis accordé, je termine mon étape à une heure raisonnable.

Je m’installe dans un gîte désert, bientôt envahi par un groupe d’une douzaine d’étudiants de l’IUFM de Franche Comté accompagné de son professeur.

Le repas animé est l’occasion d’échanges intéressants sur le métier d’enseignant. Ils sont à l’aube d’une carrière de professeur de SVT, pleins d’enthousiasme et d’illusions, alors que je suis prête à jeter l’éponge, fatiguée et étouffée par un métier qui impose de plus en plus de normes et de contraintes.

Je mange en face d’un jeune qui, intrigué par mon expérience de marche en solitaire se lance dans de grandes théories sur « la nécessité de prendre des risques pour se construire ». Je dois avouer que si je comprends assez bien ses propos au début de la discussion, je perds vite le fil de son raisonnement un peu fumeux et toute ma concentration vise à trouver pendant qu’il déblatère une réponse à peu près sensée pour ne pas perdre la face, alors que je crève d’envie de rigoler avec ceux qui chahutent à coté de moi.

Mais heureusement, je trouve une porte de sortie en lui faisant comprendre que le charivari de ses camarades m’empêche de l’entendre. Ouf ! (lire la suite)

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