Les Alpes par les GR®5 : Des Granges de La Vallée étroite à Névache (19)

I re magi: Gaspard, Melchior et Balthazar

Névache, dimanche 21 septembre 2008

C’est la première fois, depuis le début des Alpes que je dors et me réveille dans un dortoir tempéré. Le radiateur resté tiède toute la nuit a séché mon linge et m’a permis de dormir avec une seule couette fine.

L’étape d’aujourd’hui est désespérément courte; je n’avais pas le choix de la prolonger davantage à moins de pousser jusqu’à Montgenèvre, ce qui était tout à fait dans mes cordes, mais cette station ne m’avait pas laissé lors de ma dernière randonnée un souvenir impérissable.

Avancer ne veut pas dire avaler les kilomètres coûte que coûte, c’est aussi prendre le temps de s’arrêter pour voir, s’imprégner des lieux, flâner au besoin.

J’avais maintes fois entendu vanter Névache et la vallée de la Clarée, et je sentais qu’il aurait été dommage de ne pas m’y attarder un peu.

L’essentiel de la dénivelée se négocie à la sortie du refuge, par un chemin qui serpente entre mélèzes et sapins offrant une vue imprenable sur les « Rois Mages » (I re Magi), trois sommets en enfilade qui dominent la Vallée Etroite. Dans ma mémoire, cette montée était restée plus rude, elle me semble à présent douce et régulière, extrêmement agréable ; mon petit mois d’entraînement y est probablement pour quelque chose.

Le Col des Thures est un peu fade, dénudé et élimé de trois mois d’estive mais il a le génie de compenser par le vaste panorama sur les sommets environnants dont il a su s’entourer.

Porte et volets ouverts, mulet qui broute à proximité, troupeau qui chaume juste au dessus, le chalet des Thures est occupé; l’année dernière, il était inhabité; je me souviens qu’on s’y était arrêtés pour pique-niquer, installés sur un banc branlant à l’abri du vent sous un ciel versatile.

Dans la descente, je rencontre le berger, un bel homme hâlé, le regard vif et le visage avenant. Nous discutons un moment. Il égratigne l’image d’Epinal que j’avais du berger, comme ce Joseph Giavelli, enterré près du lac quelques centaines de mètres plus haut. Lui est salarié, normand d’origine, payé par plusieurs éleveurs pour garder les moutons. Ici, les troupeaux sont élevés pour la viande mais dans le massif central ou les Pyrénées où il travaillait par le passé, il y a également ceux qui le sont pour le lait qui sert à la fabrication des fromages. Son troupeau depuis une semaine s’est réduit à huit cents bêtes, mille sont déjà retournées à Istres pour mettre bas, car les naissances en montagne ne sont pas souhaitables, il y fait froid et les soins vétérinaires trop rudimentaires en cas de complication. Non, il ne s’ennuie pas, sa journée est bien remplie; le soir, il fait sa cuisine, il écoute la radio et il lit.

Il faut parquer les bêtes la nuit, maintenant: le loup rôde. Il l’a déjà vu une fois. Des brebis ont déjà été égorgées et celles qui ont voulu lui échapper se sont égarées; quand il les a retrouvées elles étaient dans un état pitoyable.

Cheminée de fée

Bien sûr, les propriétaires sont indemnisés pour les moutons tués mais les remboursements font l’objet de tracasseries administratives sans fin. Pour lui, simple salarié, c’est un surcroît de travail sans compensation financière.

Cette vie lui plait. En octobre, il sera en vacances jusqu’en février où il occupera un autre emploi chez un paysan jusqu’à l’estive suivante.

Avant que l’on se quitte, il me signale qu’à Névache d’où il revient,  la boulangerie est  encore ouverte.

Je poursuis ma descente entre ravines et cheminées de fées pour arriver en tout début d’après midi au gîte « La découverte », restant sur ma faim après cette étape un peu trop courte.

Névache hiberne. Tous les commerces- même la boulangerie !- et restaurants, sont fermés, Quelques touristes sillonnent les rues inertes en quête d’un bar ouvert.

Je suis étonnée de constater en ce dimanche ensoleillé l’absence d’animation dans un lieu réputé touristique. Dans les Vosges que je connais bien, à cette période de l’année, les bistrots, refuges et fermes-auberges sont ouverts, et pleins à craquer quand il fait beau comme aujourd’hui !

Les Alpes sont l’illustration du serpent qui se mord la queue: sachant que tout est fermé, les touristes ne viennent pas, et les quelques commerces et restaurants restés ouverts ne font pas recette ! Il y a de toute évidence un problème de volonté ou de concertation.

Je ne m’imagine pas rester ici, enfermée le restant de la journée. Après les tâches quotidiennes -où j’en profite pour laver ma polaire qui pourra sécher au vent- je fais un saut à l’office du tourisme pour visualiser sur une carte une balade dans les environs. Délestée de mon bât, les mains dans les poches, je monte par un petit sentier longeant la Clarée, jusqu’à Fontcouverte.

Je reviens par la route émaillée de nombreux oratoires pleins de charme.

Le repas réunit autour de la table des convives de toute sorte: deux groupes de touristes en vacances dans la région qui n’ont pas trouvé d’hôtel, un trio de jeunes russes parlant à peine le français. J’écoute d’une oreille distraite les discussions hétéroclites sans vraiment y prendre part. (lire la suite)

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