Les Alpes par les GR®5 : De la Vallée des Merveilles à Sospel (33)

Sospel, dimanche 5 octobre 2008

Les quatre grandes tables étaient complètes pour le dîner et les gardiens ont dû s’offrir les services d’un extra – qui apparemment est un copain habitué à les dépanner- pour les seconder.

Le repas se déroule dans une ambiance de fête de la bière.

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Je mange à coté de deux couples et un petit bout de chou de trois ans. Il y a deux anniversaires à fêter et les italiens s’y entendent pour assurer l’ambiance. Les verres se vident plus vite que les assiettes pendant que les bouteilles se succèdent à un rythme effréné. L’alcool délie les langues et déchaîne les rires. Les blagues et les « Happy birthday to you » se détachent d’un tohu-bohu indescriptible, alors que, confectionné avec les moyens du bord, le dessert dans lesquels ont poussé quelques bougies arrivent de la cuisine tels des lucioles dans la salle momentanément plongée dans la pénombre pour la circonstance.

Le bambin, bouche bée et fourchette suspendue, écarquille des yeux émerveillés devant ce spectacle tonitruant.

Les discussions déjà un peu difficiles au début deviennent carrément incompréhensibles. Ce soir, il faut se contenter de se laisser porter par l’atmosphère.

Je m’éclipse après le repas qui se prolonge dans les vapeurs éthyliques de vin chaud pour rejoindre le dortoir. Je n’avais pas prévu que d’autres en avait eu l’idée avant moi. Il me faut rassembler mes effets à tâtons en évitant de manipuler sacs en plastique et fermetures éclairs pour ne pas réveiller ceux qui semblent déjà assoupis.

La nuit est moins plaisante que le dîner: on est serré comme des sardines en boîte, à la merci des fêtards qui se couchent bruyamment au milieu de la nuit et des ronflements lancinants en stéréo.

A cela, ajoutons quelques râles, propos incohérents et vents de tripes…

Au petit matin, alors que la chambrée sommeille encore, je m’extrais de ma couchette, m’habille dans l’obscurité avant d’empoigner toutes mes affaires pour aller faire mon sac dans la salle … « hors sac ».

L’étape d’aujourd’hui est un peu longue: neuf heures et demi sans les pauses, il ne faut pas traîner au démarrage.

Je déjeune seule dans la salle glaciale, avant de me lancer dans la montée à la rencontre du Pas du Diable.

Le temps s’est considérablement adouci et le vent de la veille est tombé.

Le chemin est beau, facile et bien balisé. Il effleure, avant de franchir le pas démoniaque quelques lacs où se noient des coulées de lave que le soleil matinal déverse sur l’adret des montagnes. Sur une crête, impassible, un chamois en sentinelle me surveille.

Le pas du Diable marque la limite de l’espace protégé de la Vallée des Merveilles. Ici, l’on est autorisé à reprendre ses bâtons qui avaient été interdits depuis le passage de la Baisse de Valmasque.

A partir de la Baisse Cavaline, je reconnais le chemin. Je le retrouve sans neige et j’y rencontre au même endroit que l’année dernière la harde de chamois, aujourd’hui un peu plus clairsemée.

Col de Raus, Pointe des Trois communes, l’Authion: c’est une partie peu spectaculaire mais fréquentée (j’y croise plusieurs groupes de marcheurs) en raison de la proximité de la route.

La descente se poursuit ainsi, entrecoupée de la l’ascension de quelques baisses de plus en plus modestes à l’approche de Sospel.

L’automne dans le forêt de Sospel

Je traverse de nombreuses forêts où retentissent en écho, des râles rauques et insolites ressemblant à des mugissements. Intriguée, je les attribue sottement -mais sans grande conviction et pendant peu de temps tout de même, tant cette hypothèse me parait saugrenue- à des vaches qu’on aurait oubliées dans la montagne, jusqu’au moment où je réalise qu’il s’agit du brame des cerfs. Ces plaintes m’accompagnent pendant des heures, raisonnant dans toute la vallée.

Jamais je n’ai été amenée jusqu’à maintenant à pouvoir les entendre aussi longuement.

Maintenant la montagne s’efface sous une végétation somptueuse en livrée d’automne. Les arbres polychromes se bousculent sur les pentes arides en troupeaux serrés qui grignotent les prairies insipides. Je suis bien en peine d’identifier la moitié de ces essences qui ne se hasardent pas à pousser sous les latitudes septentrionales où je vis. C’est au milieu de ce festival multicolore que le

chemin après une descente interminable arrive à Sospel.

Habituelles tergiversations pour rechercher un hébergement. Le gîte d’étape est fermé. Je fais le tour des hôtels et chambres d’hôtes, avant de trouver par hasard une petite chambre dans une auberge du centre-ville située en face du Vieux Pont. Elle est simple, au dépouillement monacal, mais pleine de charme.

C’est la dernière étape avant mon retour à la civilisation, et pas le meilleur de la civilisation. Menton offre ce qu’il y a de plus bruyant, de plus commercial et de plus factice de ce qu’elle peut offrir.

Ce soir, je suis à l’avant dernière page d’un livre qu’il me coûte de refermer. (lire la suite)

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