Les Alpes par les GR®5 : De la Porte de Rosuel au Val Claret (13)

Le Val Claret, lundi 15 septembre 2008

Aujourd’hui je ne marche pas seule. J’ai rapidement sympathisé au cours du dîner hier soir avec Hélène, ma compagne de chambre et nous avons décidé de partir ensemble.

Nous démarrons pour Le Val Claret sous un ciel hésitant et un soleil qui se fait un peu désirer.

On défie l’arrêté municipal qui interdit le passage sur un tronçon en raison d’un éboulement consécutif aux fortes pluies du mois dernier. Hélène n’est pas décidée à emprunter la déviation par les cascades se rappelant avoir eu des difficultés à trouver le chemin la dernière fois qu’elle l’a fait ; moi, je n’ai pas beaucoup d’idée sur la question, ne connaissant ni l’un ni l’autre des itinéraires. En réalité le sentier est emporté sur une trentaine de mètres tout au plus et a été stabilisé dernièrement à grand renfort d’engins de terrassement. Avec précaution nous passons l’une après l’autre, mais il semble qu’il n’y ait plus beaucoup de dangers à redouter, car il ne reste au dessus de la zone supposée dangereuse que de la roche nue.

Le chemin atteint les premiers alpages, encadrés de sommets enneigés.

Devant une ferme d’altitude isolée une femme, les joues rougies par l’air cru, rince des seaux au bachat en compagnie de deux chiens. Sa vie, tout l’été jusqu’en octobre, nous dit-elle, est ici, loin des turbulences citadines. C’est à peine si elle va relever le courrier tous les deux ou trois jours au col du Palet, juste au dessus ; Elle et son mari, que l’on voit s’activer au loin, gardent deux cents génisses de différents propriétaires, ce qui explique l’hétérogénéité du troupeau disséminé dans la combe. Ils possèdent une vache pour le lait de leur consommation personnelle.

Cet été, il n’y a pas eu de neige, mais l’année dernière il a fallu pousser tous les huit jours le troupeau un peu plus bas dans la vallée pour trouver de l’herbe le temps qu’elle fonde. Avant-hier, il y en avait bien un peu, mais elle a vite disparu.

Refuge du col du Palet

D’un geste large, elle nous indique où se trouvent les hardes de chamois.

Sous le soleil qui se décide à s’imposer, nous la laissons à ses occupations pour reprendre notre ascension.

Plus haut, c’est le domaine des marmottes. En faction elles se passent le relais pour avertir leurs congénères de notre arrivée dans une pelouse parée de dentelles de neige qui, au fil de la montée se mue en couverture de plus en plus épaisse.

Au sommet de la montagne, se découpe la silhouette d’un, deux, dix puis vingt chamois, tels des indiens en embuscade. Mais ces guerriers pacifiques et bien craintifs, disparaissent à notre approche pour aller se déployer en face sur le flanc de la montagne un peu plus loin, à la frontière entre rochers et neige. On compte environ trente cinq à quarante bêtes.

A deux mille quatre cent mètres tout est blanc, à part notre sentier, ruban sombre qui serpente dans un lit ondulant bordé de cimes ou de mamelons qui enserrent le petit lac de Grattaleu et dissimulent le refuge du col du Palet. On y entre : une douce chaleur nous accueille, le poêle ronfle.

 » Je suis de retour vers quinze heures  » signale une affichette punaisée au mur. Mais où peut-être parti le propriétaire dans cet univers blanc éloigné de tout ?

On s’installe comme chez nous : les chaussures sont mises à sécher devant le poêle, l’eau à chauffer pour une soupe et un thé et le pique-nique est déballé. Hélène a prévu pour un bataillon, ce qui explique son paquetage imposant. C’est la première fois qu’elle part seule et craignait de manquer. Elle est surprise de ne me voir sortir qu’un bout de saucisson (que je traîne depuis Saint Hippolyte dans le Jura et qui commence à prendre des apparences suspectes !) et un morceau de fromage. Je lui explique ma stratégie qui consiste à me charger le moins possible et prendre dans les gîtes du pain, les portions de beurre et de confiture. La journée en général, je mange peu et je transporte ce qui est suffisant pour un ou deux repas au cas où je ne trouverais pas de restauration. Je n’ai encore jamais encore été réduite à brouter jusqu’à présent !  Elle insiste pour partager ses tomates qui ont déjà une sale mine et ses pommes. Je décline l’offre de salade de riz, un peu gênée de ne rien pouvoir lui offrir en échange, à part quelques carreaux de chocolat.

Dernier effort dans la neige et étreinte glacée de la bise au Col,

Chemin qui musarde sur les hauteurs et regard qui flotte sur les crêtes empanachées …

Au loin, gigantesques insectes, le squelette de l’arrivée des télésièges chapeautant quelques sommets ou surgissant derrière un épaulement. Le chemin s’élargit, se glisse sous les fils arachnéens des remontées mécaniques puis, après un surplomb, le choc… Agglutinés sur le bord d’un petit lac turquoise, deux ramassis de cubes hideux et incongrus posés sur l’herbe comme des stations spatiales sur une planète inhabitée : Tignes et  Le Val Claret.

Ils sont l’illustration parfaite d’une question de philosophie sur l’esthétique: « Pourquoi construire beau quand on peut faire moche ? »

Vers Tignes

Un troupeau de moutons broute dans un concert de sonnailles sur les pentes dominant les multiples terrains de tennis déserts ; le berger assis semble méditer devant cette station abandonnée qu’on croirait rescapée d’une explosion atomique : Malevil en Vanoise !

Tous les commerces sont fermés et les immeubles inoccupés. Les seuls signes de vie, on les doit aux conducteurs de bulldozers qui s’activent à refaire une route et à des ouvriers chargés d’installer un nouveau télésiège.

On erre plus d’une demi-heure dans les rues vides à la recherche du seul hôtel qui a bien voulu nous louer une chambre.

Nous allons manger dans l’unique restaurant ouvert, au milieu des conducteurs d’engins de terrassement et d’installateurs de remontées mécaniques.

On nous sert une tartiflette, le plat idéal des skieurs auxquels on fait croire qu’il s’agit d’une spécialité locale et qui n’a en fait été inventée que pour eux ! Mais elle a au moins le mérite d’être suffisamment roborative après une journée de marche ! (lire la suite)

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