La traversée du Jura par les GR®5 : De La Papeterie à Trévillers (2)

Trévillers, samedi 23 Août  2008

Si la pluie fait partie de la randonnée, on peut dire que l’on a été copieusement servi cette nuit et ce matin. Nos chaussures se sont offertes un bain de boue à faire rêver plus d’un rhumatisant et nos vêtements imperméables une rincée qui pourrait avoir valeur de test. Il serait souhaitable que cet avoir nous soit décompté sur les étapes suivantes, dans notre société où il est tant question de quotas !

Dès le début, on est mis dans l’ambiance : Il nous faut attaquer une côte raide sur un sentier empierré, glissant bien entendu, sous une frondaison épaisse, qui lorsque les cieux ne nous déversent plus des trombes d’eau prennent le relais. On arrive sur une crête marquant la frontière franco-suisse matérialisée par un jalonnement de bornes de pierre espacées d’une centaine de mètres, qui arborent du coté helvétique un ours ou une croix et du coté français une fleur de lys. Elles ont été au fil des siècles limites de seigneuries, de communes et maintenant de pays. Le chemin ondule sans visibilité en raison de la forêt touffue et d’une purée de pois de plus en plus compacte qui engloutit tout au delà de trente pas.

Arrivé à « Creux serré », cul serré comme dit Patrick, l’espoir de voir le temps se dégager renaît. Et l’amélioration se confirme avec la pluie qui faiblit et le brouillard qui se dissipe.

Au dessus de St Hippolyte

Pour arriver à Chamesol il faut cheminer parmi les prairies ondulantes habitées de vaches lavées par les pluies pataugeant, comme nous, dans la boue. Impossible de manger en pleine nature, un abri au centre du village équipé de banc fera l’affaire.

Les premières falaises verticales de calcaire si typiques du Jura jaillissent de la forêt telles des remparts peu avant Saint Hippolyte. Ce charmant bourg tapi au fond de la vallée chevauche le Doubs. D’un rapide coup d’œil sur le guide, j’estime que nous devrions arriver sans nous presser vers cinq heures, ce qui nous laisse largement le temps de faire quelques achats pour le pique-nique de demain et prendre un café qui tombe à point nommé car il nous sauve d’une averse aussi soudaine qu’intense. Et puis sans se poser de questions, on reprend notre sentier respectant scrupuleusement le balisage rouge et blanc complété de nombreux panneaux explicites.

Nous montons péniblement dans des bourbiers inextricables sporadiques sous les falaises. Je m’étonne de ce sentier qui ne semble pas s’orienter dans la bonne direction, mais les indications sont si évidentes, pourquoi douter ? Patrick quant à lui, ne s’interroge aucunement, me suit docilement, s’arrête quand je consulte la carte et reprend sa marche dès que je démarre. Il m’étonne tant il est capable de faire une montagne d’un évènement sans importance et en revanche ne jamais sembler préoccupé lorsque l’on s’est égaré. A-t-il confiance à ce point-là dans mon sens de l’orientation ? Nous passons devant des granges ou étables désertes, sans qu’aucun pancarte n’indique précisément les lieux-dits traversés.

Enfin un village, que je ne peux trouver sur ma carte car il est en dehors de la page. Un autochtone qui lave sa voiture pourra nous renseigner.

  • Vous êtes sur le bon chemin, confirme-t-il
  • Et il va à Trévillers ?
  • Non, non, il va directement à Fessevillers par Courtefontaine.
  • C’est curieux, sur la carte de mon bouquin, vous voyez , lui dis-je en l’invitant à vérifier par lui-même, le sentier ne passe pas ici mais en revanche traverse Trévillers.
  • C’est une erreur, croyez-moi, des randonneurs qui font la traversée du Jura, on en voit beaucoup passer par ici ! Ils vont au gîte de Fessevillers.
  • Ah bon ! On pourrait bien sûr aller à Fessevillers mais nous avons réservé notre hôtel à Trévillers.
Courte Fontaine

Il ne nous en dira pas plus, ce n’est pas son problème et le mystère pour moi reste complet ; nous poursuivons en direction de Courtefontaine en activant le pas, car l’étape risque d’être plus longue que prévu !

Vers 18 heures nous y parvenons. Un couple de promeneurs nous expose la querelle qui sévit entre partisans de l’ancien tracé -celui sur lequel nous sommes et qui est parfaitement balisé- et la fédération de randonnée qui préconise un nouvel itinéraire passant par Trévillers et qui n’est pas matérialisé sur le terrain.

Je rentre me renseigner au bistrot pour savoir comment rallier Trévillers. Quatre ou cinq consommateurs trinquent au bar. De l’avis de la cabaretière, nous sommes sur le seul tracé valable. Et je comprends son point de vue, l’autre chemin ne passant pas devant son commerce doit lui ravir quelques clients !

  • Jusqu’à Trévillers, il n’y a qu’à suivre la route : c’est à peu près à 7 ou 8 kilomètres.

Le calcul est simple, nous n’y serons pas avant 19h30 ou 20h.

Dans un grand élan de générosité, chacun y va de son petit conseil pour nous faire grappiller quelques centaines de mètres ça et là en empruntant tel ou tel raccourci. Un pépé ira même jusqu’à me tâter les cuisses pour s’assurer qu’elles sont encore capables de me porter jusqu’à la fin de notre étape. Sacré petit vieux, faut pas rater une occasion !

La patronne lance alors à la cantonade :

  • Est-ce que quelqu’un en voiture pourrait les rapprocher ?

Mais chacun à quelque chose à faire et en premier lieu terminer tranquillement sa bière ou son ballon de rouge. Voilà bien la légendaire générosité française !

Résignés, on se remet en route, espérant pouvoir faire du stop. Mais on peut dire que l’on n’est pas gêné par le trafic, on ne voit personne pendant quatre kilomètres.

Aux Essarts, une voiture s’arrête à notre niveau ; C’est la cabaretière de Courtefontaine.

  • Allez, je vous emmène. Vous voyez, je ne suis pas rancunière, vous n’avez même pas consommé chez moi !

Je me défends :

  • Nous n’avions pas vraiment le temps, il nous restait près de deux heures de marche si vous n’étiez pas venue !
  • Pour la peine, vous m’offrirez un verre de rosé à l’arrivée !
  • Avec plaisir !

Voilà comment, cinq minutes plus tard, nous nous trouvons Patrick et moi, attablés au bar de notre hôtel à siroter en compagnie des habitués du coin et de la tenancière du bistrot de Courtefontaine un apéritif bien mérité.

Nous avons à notre compteur pour la journée probablement plus de trente six kilomètres et une dénivelée cumulée de neuf cents mètres. (lire la suite)

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