Les Alpes par les GR®5 : De La Chapelle d’Abondance au Col de Chésery (4)

Refuge du Lac vert (Col deChesery – Suisse), samedi 6 septembre 2008

J’ai encore été la gardienne du gîte, ce qui commence à être sinon une fonction au moins une habitude. J’ai vraiment la curieuse impression d’être la seule à faire de la randonnée plusieurs jours d’affilée ; Même si j’ai rencontré hier plusieurs groupes aux chalets de Bise, ils semblaient tous être des marcheurs à la journée.

Le coup de fil à Météo France devient l’une des tâches matinales quotidiennes ; Les prévisions ne sont pas très optimistes et selon un principe de précaution, les perturbations annoncées sont toujours des averses qualifiées d’orageuses ! A force d’être alarmiste, on devient de moins en moins crédible.

La dégradation ne devrait survenir qu’en fin d’après-midi, ce qui me laisse un répit. Un grand nombre de fermes et de granges jalonnent le trajet. Il y a même plusieurs gîtes et hôtels avant celui de Chaux-Palin que je convoite. Je pars donc rassurée sachant que je pourrai trouver une solution au cas où le ciel se déchaîne trop tôt.

Quelques kilomètres au fond de vallée le long de la Dranse suivie d’une implacable montée en forêt sur un versant sombre et humide jusqu’au chalet des Crottes, – quelle poésie !- porte d’entrée des Alpages où toutes les fermes doivent leur activité à la confection du fromage d’Abondance. Dans la première ferme, avant de col des Mattes, les vaches sont rassemblées dans l’étable pour la traite. Le lait servira à faire le dernier fromage de la saison, me dit le jeune paysan, car les vaches vêleront bientôt et il doit arrêter de les traire. Pour l’hiver, il n’a pas beaucoup de travail, alors il complète son activité comme saisonnier aux remontées mécaniques de Châtel.

Chardons bleus

A la ferme suivante, juste après le col, les vaches ressortent de la salle de traite et s’égaillent dans l’alpage. La cuisine exhale l’odeur aigrelette de fromage frais. Sur les étendages, les étamines servant à rassembler le caillé sèchent au vent comme des drapeaux de prière à coté d’un gigantesque soutien-gorge qui de toute évidence appartient à la paysanne occupée à peler des légumes. Je suis prise d’un fou rire incoercible en imaginant que cette brave femme contribue peut-être à augmenter la production fromagère !

Devant moi, s’étale une vallée retentissante d’activité : Dans un concert désordonné de cloches sortent de trois fermes jetées sur le flanc de la montagne, des troupeaux de vaches agacées de l’aboiement des chiens et des cris des bergers qui tentent de les canaliser.

Après la dernière ferme, à l’Etyre où je discute avec le paysan qui apprend à un gamin enthousiaste le métier, je presse le pas, car le ciel se couvre ; Une grande piste m’attend, qui  traverse presque sans accroc les alpages jusqu’à un carrefour où un petit sentier s’esquive dans une pente envahie de friches jusqu’au col de Bouchassaux. J’hésite à m’arrêter à l’hôtel-gîte. Il est encore tôt, le temps acceptable et commencer demain matin par le domaine skiable des Portes du soleil ne m’enchante guère, autant m’en débarrasser tout de suite ! En avant pour une heure et demie de piste au milieu des remontées mécaniques.

Comme le Col de Chesery, frontière franco-suisse est dans les nuages et sous les premières gouttes, je décide de m’arrêter au refuge à dix minutes de là et ne pas poursuivre jusqu’à Chaux-Palin, comme je l’avais envisagé.

Le refuge du Lac Vert est isolé, prisonnier d’un brouillard figé et dense, posé près d’un petit lac d’altitude hérissé par la pluie.

On entre directement dans la salle commune, surchauffée, aux murs de bois grossier. Deux jeunes filles, presque des gamines m’accueillent pendant qu’un groupe de randonneurs se prépare à partir. Ambiance douillette, avec un poêle à bois qui ronronne, deux grandes tables où l’on peut s’installer pour lire et écrire quand on ne mange pas, des livres rangés sur des étagères, un comptoir où l’on peut commander des pâtisseries, des boissons et du chocolat suisse. Et dans un coin, une table ronde où les deux jeunettes tuent le temps à jouer aux cartes ou faire leurs devoirs.

Refuge de Chesery

Toute la soirée, il pleut, une fine bruine obstinée et désolante…

Un groupe de suisses arrive, en 4X4. Après quelques bières, ils sortent un recueil de chants du répertoire de la Vallée d’Illiez et commencent à entonner des romances à plusieurs voix, où il est question d’amours contrariées, de nostalgie de jeunes enrôlés comme mercenaires, ou ventant la majesté des paysages montagnards. C’est un peu désuet, mais très beau.

  • La tradition se perd, les jeunes ne sont plus intéressés, me disent-ils.

Je pourrais les écouter encore longtemps, mais leur tabagie me pousse vers mon dortoir. Au moment de me retirer, ils me demandent si c’est le bruit qui me chasse. Je n’ose leur donner la raison, – nous sommes en Suisse où aucune loi n’interdit de fumer dans un lieu où il y a du public!- et je prétexte que demain je dois me lever tôt.

Le dortoir est un véritable frigo, traversé par un courant d’air glacial qui circule entre deux ouvertures pratiquées dans des murs opposés. Il me faudrait presque les gants et le bonnet pour lire ! Je peux disposer des vingt couettes de ma chambrée, car je suis seule, les chanteurs-fumeurs-buveurs occupant celle d’à coté… J’en empile deux, mais au milieu de la nuit je devrai en ôter une. Efficace, non ! (lire la suite)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *