Les Alpes par les GR®5 : De Fouillouse à Larche (24)

Larche, vendredi 26 septembre 2008

Je ne sais si c’est la fatigue excessive ou l’overdose de caféine d’hier, mais j’ai eu toutes les peines du monde à trouver le sommeil. La nuit a été perturbée par le déclenchement intempestif de l’alarme incendie qui m’a tirée de ma somnolence. Il a fallu se rhabiller à la hâte, bien qu’aucun signe d’embrasement n’ait été décelé, se rassembler dans la salle à manger, attendre que les vérifications soient faites et que la sirène veuille bien se calmer. Seulement à ce moment, chacun a pu regagner ses pénates complètement réveillé.

Col du Vallonnet

Je sens pourtant qu’il me faudrait du repos. Mes nuits habitées d’insomnies récurrentes  ne sont pas réparatrices.

Les étapes se suivent mais ne se ressemblent pas. Si celle d’hier était substantielle, celle d’aujourd’hui est au contraire assez légère.

Larche par le col du Vallonnet et de Mallemort. Peu de distance et peu de dénivelées cumulées.

Dès le départ on entame la montée. A chaque mètre gagné, le thermomètre descend. Le ciel est à peine voilé et pourtant, il neigeote ; comme du pollen de peuplier, les flocons volettent au vent qui forcit à l’approche du col du Vallonnet. Je le retrouve avec ravissement; ce superbe col  m’accueille encore une fois par une bise glaciale qui me transperce. Il n’est pas enneigé, mais c’est l’un des plus froids que j’ai été amenée à franchir jusqu’à présent.

Le sentier virevolte ensuite entre prairies et tourbières illuminées des dernières linaigrettes ébouriffées prisonnières de la glace.

Le col qui suit, n’a pas le même charme: Mallemort ! Les anciens n’ont pas eu de mal à le baptiser, il est austère comme la mort et ils ne l’ont pas davantage gâté que la nature. Ils sont allés y construire une caserne aujourd’hui en ruine. L’année passée, je me souviens m’y être arrêtée pour manger à l’abri d’une pluie serrée. J’y avais retrouvé quelques autres marcheurs. Un pique-nique s’était organisé autour de la table de bois vermoulue installée dans une ancienne écurie. En fin de repas un couple de Belges avait sorti son camping-gaz et offert à chacun un café. Un groupe de Lorrains avait achevé de réchauffer tous les invités de ce festin improvisé en faisant passer une fiole de mirabelle.

Aujourd’hui, je ne vois sous le porche, imprimées dans la neige que les empreintes d’un animal esseulé – une fouine peut-être – et l’entrée de l’écurie a été condamnée.

La descente sur Larche qui suit le col se fait à travers les prairies rases en plein vent. Au loin, un berger bravant les bourrasques, pousse son troupeau vers les hauteurs.

Le ciel charrie de gros nuages. Maintenant il neige franchement. Je voudrais arriver le plus vite possible – Larche semble si près ! –  pour ne pas avoir à sortir mon gore-tex que j’avais rangé dans mon sac durant la montée.

Je désespère de ces prévisions météo qui, il n’y a pas deux jours annonçaient le retour d’un temps printanier et qui hier avait retourné sa veste en annonçant de la neige à deux mille ! je tempête aussi contre les éléments, le manque de chance, la neige avec laquelle je devrai à présent compter et qui compromettra peut-être la suite du projet.

Je réalise quelle déception se serait s’il fallait que j’abandonne maintenant, après avoir parcouru la plus grande partie du chemin !

La neige redouble et avec la descente se transforme en pluie. Une pluie glaciale et acerbe. Mais je veux en finir au plus vite et ne pas perdre de temps à sortir mes affaires. Alors je continue, le visage et les cheveux ruisselants, les mains gelées.

Enfin, le chemin  s’affale dans la vallée… Larche…L’hôtel du Lauzanier.

Il est treize heures.

La bouffée de chaleur qui m’accueille est un plaisir rare. L’hôtelière me conduit à mon dortoir. Disons plutôt, une chambre de trois lits dont l’un est préparé pour moi. Couette et drap. Sanitaire haut de gamme. Un luxe bienvenu.

En descendant sur Larche

Je descends pour prendre un plat du jour: civet de lapin. Ce doit être une viande en promotion dans le coin, car deux jours plus tôt à Ceillac, on m’en a déjà servi au dîner !

Qu’à cela ne tienne c’est délicieux.

Je termine mon repas par une discussion avec un homme du cru, un retraité qui philosophe un peu sur la vie dans le Queyras. Certes ce n’est pas très facile pour se ravitailler ou aller chez le médecin, mais il n’échangerait pas sa vie ici contre celle dans une grande ville.

L’après-midi est encore long. Il faut absolument que j’en profite pour me reposer. Aux grands maux, les grands remèdes: Pour ne pas tourner dans mon lit indéfiniment, je prends un peu de Lexomil supposé me mettre en condition de pouvoir m’endormir.

Après un peu de lecture je sombre effectivement dans un sommeil réparateur de plus de trois heures.

Je dîne en compagnie d’une jeune randonneuse solitaire arrivée peu après moi, qui fait, comme nos voisins de table le parcours en sens inverse.

Nous échangeons nos informations, leur passé est mon futur et réciproquement.

La jeune fille me dit avoir trouvé de la neige dans la descente du Pas de la Cavale et aucune trace. Les deux hommes, passés quelques heures après elle, n’ont pas vu les siennes, la neige qui continuait à tomber avait tout effacé.

Je ne suis pas excessivement inquiète car je connais le chemin. La première fois, le tracé ne m’avait pas semblé trop compliqué à trouver. Et de plus, j’y verrai vraisemblablement les marques laissés par les deux randonneurs, car depuis la fin de l’après-midi il ne semble plus neiger : Ce soir le ciel est même étoilé.

Le bulletin météo annonce pour demain du beau temps. Mais peut-on encore lui faire confiance ? (lire la suite)

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