La traversée du Jura par les GR®5 : De Cressonnières à Nyon et Thonon (11)

Dames de compagnie

Thonon, mardi 2 septembre 2008

J’aborde la dernière étape jurassienne. Le carré de ciel enchanteur encadré dans la fenêtre et la faim d’horizons nouveaux me poussent à partir.

L’étape d’aujourd’hui n’est ni excessivement longue ni difficile, uniquement des dénivelées négatives qui me mèneront jusqu’aux rives du Lac Léman.

Je remonte à la Cure et passe avec quelques voitures la frontière. Le balisage change, le chemin revêt la signalétique suisse : losange jaune complété de la mention « parcours pédestre ».

Après un peu de forêts, les pâturages s’imposent s’étalant au creux de combes verdoyantes bordées de sapinières, où broutent et ruminent des troupeaux épars de vaches flegmatiques. Je traverse leur espace, assaillie par une fanfare de carillons assourdissants ; elles m’observent impavides, se poussant à peine sur mon passage, comme pour me montrer qu’elles sont ici chez elles.

Ce matin, je retrouve vraiment dans ce décor serein, sous ce soleil dont la morsure est adoucie par un léger souffle de vent, les sensations enivrantes de la marche en solitaire et la frénésie d’aller toujours plus loin.

Il en va ainsi jusqu’à Saint Cergue. Après, le sentier ne semble plus vouloir s’attarder et coupe les lacets de la route jusqu’à la plaine, mais en cours de chemin, il a la bonté de ménager quelques trouées au milieu des arbres pour me laisser admirer au loin, la nappe immobile et brumeuse du lac qui se confond avec la berge des Préalpes du Chablais, tremblotante dans le soleil de midi.

Un arbre m’attend sur le bord de la route ; il m’offre de l’ombre et un dossier pour le pique-nique. Je m’installe pour me délecter du reste de mon succulent morceau de comté.

Au sud, sous le soleil, les cimes enneigées des Alpes parées de collerettes ouatées ; Et au dessus d’elles, un avion trace une ligne blanche qui se dissout rapidement : il parait que c’est signe de beau temps !

Mon rêve s’approche, il est à portée de chaussures.

et moi le 2 septembre 2008

Je suis heureuse tout simplement …

Du bonheur à l’état brut, sans apprêt et sans fioritures…

La suite du parcours est sans grand intérêt ; une piste rectiligne coupe comme une balafre un paysage quadrillé de champs de maïs ou tournesol et de prés jusqu’aux premières maisons de Nyon.

Le Jura se termine, il m’a paru si court, tellement plus court que les Vosges ; il ne l’était pourtant pas tant que cela puisqu’il totalise environ deux cent soixante dix kilomètres. Mais plus que la distance c’est le temps écoulé entre le début d’un parcours et sa fin qui donne l’impression erronée de sa longueur.

Je descends sans m’arrêter jusqu’au port où appareillent les ferries afin de me renseigner sur les horaires de départ pour Thonon. Je reviendrai après, visiter cette ville qui me laisse entrevoir au passage un château et quelques rues piétonnes où flânent de nombreux touristes.

  • Il y a un bateau pour Thonon avec correspondance à Yvoire sur le point d’appareiller, me répond la guichetière. Le suivant est à 18 heures ! Si vous voulez prendre celui-ci, il n’y a pas une minute à perdre ; Vous pourrez acheter votre billet à bord. « 

Je saute dans le bateau, tant pis pour la visite de Nyon, ce sera pour une autre fois – ce qui se traduit par : il n’y aura probablement pas d’autre fois, on dit toujours ça pour se consoler !-, mais je ne veux pas arriver trop tard à Thonon n’ayant pas encore réservé ma chambre d’hôtel.

Le pont est bondé de touristes en tenue estivale soignée, sacs plastique à la main renfermant probablement quantité de spécialités locales et de souvenirs. Moi, mon accoutrement me met en marge de ce peuple voyageur discipliné et mes souvenirs, je les range soigneusement dans ma tête pour qu’ils habitent encore longtemps mon futur.

La traversée est courte et la correspondance à Yvoire presque immédiate. Je renonce donc à visiter ce village médiéval que je connais de réputation. Encore une fois, dommage ! Du ponton on ne perçoit qu’une tour dotée d’échauguettes, quelques maisons anciennes et un clocher baroque.

Le deuxième ferry, français cette fois, est presque vide. Je m’installe à la proue, mon regard passant successivement des Alpes qui s’approchent aux gerbes d’écume jaillissant à l’étrave du bateau qui donnent toute la mesure de notre vitesse. Je me prendrais presque pour Kate Winslet dans  » Titanic  » qui, les bras déployés déclame  » Je vole ! « . Mais restons cohérents et réalistes: Non, il n’y a pas d’iceberg sur le Léman; non, je ne vole pas, je me contente de marcher ce n’est déjà pas si mal et hélas non, il n’y a pas Léonardo Di Caprio dans notre embarcation !

Mais même sans Léonardo Di Caprio, cette traversée est un moment magique, une croisière superbe et insolite dans une itinérance montagnarde.

La transition entre le Jura et les Alpes aura été brève -trois quart d’heure au total- mais décisive.

Dès mon arrivée à Thonon, je me mets en quête de l’office de tourisme qui me donne tous les renseignements avec un zèle incontestable : on m’indique qu’il n’y a pas de gîte au centre ville et on téléphone à un hôtel correct pour me réserver une chambre.

A l’hôtel du « Comte Rouge », je mange entre un vieil homme aphone qui a toutes les peines du monde à extraire son filet de poisson (excellent, j’ai le même dans mon assiette !) de sa papillote et quelques ouvriers au regard éteint qui avalent leur dîner sans échanger un mot.

Entre le Jura et les Alpes

Comme chaque soir, je déverse avec bonheur dans mon portable au cours des discussions que j’ai avec Mario un flot de paroles fougueuses relatant les faits marquants de la journée et mes ressentis. Je suis un peu plus discrète sur mes quelques moments d’incertitudes ou mes contrariétés, car je n’ai pas envie de l’entendre me conseiller de rentrer. Lui, il m’écoute davantage qu’il ne parle, car à la maison, la vie suit son cours, sans surprise et sans accroc.

La rareté des paroles échangées pendant la journée, fait prendre à ces dialogues une valeur inestimable. Les rencontres et les conversations depuis la Chapelle des Bois ont été quasi inexistantes.

Ce soir, je referme mon topoguide de la « Traversée du Jura », sans nostalgie car je sais que le chemin ne s’arrête pas là et qu’il va encore me faire vivre des moments merveilleux… (lire la suite)


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