Les Alpes par les GR®5 : De Chevenoz à La Chapelle d’Abondance (3)

La Chapelle d’Abondance, vendredi 5 septembre 2008

Ce matin j’ai démarré tôt, mon repos d’hier a provoqué chez moi des impatiences. De plus, je suis incertaine quant à l’évolution du temps, alors autant ne pas s’éterniser.

Rencontre à la Casse d’Oche

La grisaille de petit matin, accentuée par l’ombre de la forêt ajoute à ma légère appréhension qui accompagne mes premiers pas.

Le chemin forestier qui grimpe est détrempé, mais entre les frondaisons j’aperçois un ciel céruléen qui laisse espérer une journée agréable. Mais je suis dans le doute, marquée par le spectacle attristant de ces pluies d’hier qui ne semblaient plus vouloir finir.

La forêt s’efface devant les premiers alpages qui surplombent les rives du Lac Léman et me laissent entrevoir, derrière son étendue immobile et vaporeuse le Jura que j’ai quitté il y a deux jours.

L’amélioration, avec le lever du soleil derrière la Dent d’Oche semble se confirmer et vient à bout de mes incertitudes.

Mon sentier repart dans la forêt où je rencontre un promeneur avec lequel je discute pendant plus de vingt minutes. Je suis en déficit de paroles, il me faut combler ce vide. Il me parle de son chiot fougueux en train de s’essuyer les pattes sur mon pantalon, de son ancien travail de berger, du coût de la vie, des bouquetins qu’il a vus non loin de là il y a quelques jours, des vandales qui saccagent les granges obligeant les paysans à les cadenasser alors qu’auparavant on pouvait s’y réfugier si la nuit vous surprenait et des randonnées qu’il faisait dans sa jeunesse. Maintenant me dit-il, en sortant quelques cèpes de sa poche, je me contente d’aller ramasser des champignons et de chasser un peu.

Je reprends mon ascension, qui devient assez raide jusqu’à la tête des Fieux ! Comment un toponyme aussi ridicule peut-il révéler un panorama aussi grandiose : sous un ciel prometteur, le Léman d’un bleu méditerranéen au nord et les sommets alpins partout ailleurs.

Pour la première fois, j’ai vraiment l’impression d’être arrivée dans les Alpes. Le chemin coulant parfois dans les alpages, est le plus souvent en crête jusqu’au col de la Casse d’Oche.

Un col est toujours un lieu magique : on y est en équilibre entre deux mondes. Trois pas avant de l’atteindre, vous ne voyez, en vous retournant que la vallée que vous avez parcourue. Au sommet, vous passez de l’autre coté du miroir. Trois pas suffisent à gommer le spectacle que vous laissez et vous éblouir du suivant. Alors, un conseil, quand vous êtes sur un col, couvrez-vous, il y a toujours du vent et prenez le temps d’une extase panoramique.

Après le col, je descends dans les pierriers, et au détour d’un virage, un bouquetin étendu sur un rocher semble somnoler. Scène inattendue qui me ravit. Je m’arrête pour ne pas l’effrayer et le prendre en photo, mais il est encore loin. Précautionneusement j’avance. A chaque mètre gagné, je saisis l’instant. Pas après pas, je découvre progressivement toute la harde qui chaume au soleil en surplomb du chemin. Je suis éblouie. Je m’approche et mitraille (pacifiquement !). En tout, une vingtaine de jeunes et de femelles peu farouches. Quand je me décide à poursuivre, ceux qui sont alanguis au travers du sentier, paresseusement se lèvent pour me céder le passage, lançant de petits cris étranges pour me signifier que je les dérange. Ce spectacle, à lui seul valait bien la montée !

A la réunion des sentiers venant de Thonon et St Gingolf

Après des portes d’Oche, le sentier va à la rencontre de la variante provenant de Saint Gingolph, voie plus courte que celle que j’ai empruntée, provenant du Léman. Cette rencontre est une fête, un mariage d’amour. L’un apporte en dot l’image d’un petit coin du Léman d’où il est parti ce matin, l’autre, le mien, celle de la Dent d’Oche qu’il vient de longer. Les deux s’unissent dans un paysage de rêve. Je m’assieds un moment pour jouir de cette vision sublime qui me hisse dans un autre monde, hors du temps et loin de tout. Je flotte sur un nuage. A cause du spectacle, mais aussi des endorphines, hormones de l’effort, hormones du plaisir, plaisir de l’effort. Rarement encore, mon chemin n’aura à ce point illustré le titre d’une chanson du répertoire de mon baladeur mp3 « Stairway to Heaven » (de Led Zepplin) … des escaliers pour le ciel.

Je passe encore deux cols somptueux, le col de la Bise et  le col de la Bosse, sous un ciel de rêve avant de redescendre par les alpages à la Chapelle d’Abondance.

Je musarde dans la dernière descente pour profiter au maximum de ce temps merveilleux. A l’arrivée je trouve sans tarder un gîte, « Au gai soleil ». Pas d’autres pensionnaires annoncés, je passerai une fois de plus la soirée seule, mais ça ne m’ennuie pas. Je préfère cette situation à celle où je me trouve isolée parmi les groupes qui ne m’adressent pas la parole.

Au cours de la discussion avec la propriétaire, nous découvrons qu’elle est originaire d’un village situé à moins de dix kilomètres de celui que j’habite.

Ce soir et demain matin elle est absente et ne peut pas s’engager à me préparer un repas. Je file à la supérette acheter le nécessaire. Quand je rentre, mon couvert est mis, complété d’une salade, un yaourt, un morceau de melon et un fruit. Un colossal petit déjeuner est déjà préparé à coté.

En tant que « payse » j’ai bien droit à une petite faveur, non ? (lire la suite)

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