Miscellanées vagabondes

rando ecoloMauvais choix, aujourd’hui. Un ciel chagrin et une nature résignée à garder le deuil. J’avais espéré que la lumière tomberait du ciel une fois arrivée sur les hauteurs, mais il n’en a rien été. Qu’on se le dise pourtant, c’est une belle balade qui demanderait à être faite en avril ou mai quand la floraison explose ou en octobre après les premières gelées qui dorent les vignes et embrasent les frondaisons.

Si ce chemin boudeur ne me séduit gère, il a au moins le mérite de m’instruire.

Après un prologue dans les vignes de Barr, transies de froid où les ceps se font bras décharnés enserrant dans leur poing quelques sarments rachitiques, on arrive au Rippelholz.

Chapitre 1 – Petit traité d’œnologie

Sur le sentier balisé « croix bleue », symbole des alcooliques anonymes en voie de rédemption ou de rémission -selon qu’on considère que c’est un péché ou une pathologie-, de belles illustrations complètées d’une explication capable de vous mettre l’eau (ou le vin) à la bouche vantent le grand cru local « Zotzenberg » sur deux superbes panneaux de belle facture. Le choix du balisage a de quoi faire un peu sourire.

A quelques pas de là, deux pages tirées d’un album géant de bandes dessinées , qui n’auraient pas à rougir au festival d’Angoulême, éclairent le passant sur les secrets de la vinification et de la mise en bouteille. Apparemment le début du livre est planté sur un autre parcours.

Muscat, merveilleux vin d’apéritif… Je cherche… Je cherche encore. Je ne trouve pas ! Hélas non, il n’y a pas de stand de dégustation. On doit se contenter de la théorie, on ne passera pas à la pratique.

Mais soyons raisonnable, il faut raison garder, ce n’est pas encore l’heure de l’apéritif il n’est que 9h 30…

Sentier croix bleue ou l'apologie du vin

Sentier croix bleue ou l'apologie du vin

Si par hasard vous aviez envie de faire votre vin vous-même, voilà le mode opératoire en BD. Pour ma part je me contente de le boire

Si par hasard vous aviez envie de faire votre vin vous-même, voilà le mode opératoire en BD. Pour ma part je me contente de le boire

 

On quitte le domaine des vignes pour pénétrer dans l’univers de la forêt. Feuillus dénudés et gelés, debout ou chancelants. Branches arrachées par la tempête de la veille. Feuilles mortes.

Les seuls signes de vie sont les gazouillis timides et éphémères de quelques passereaux, le clapotis des rigoles sous la glace et les ramures vigoureuses de conifères clairsemés.

Chapitre 2 – Notions de botanique

Ici, les arbres déclinent leur identité, certains même avec force détail puisqu’ils y ajoutent leurs goûts et leur espérance de vie. Quelques spécimens choisis qui jalonnent le chemin arborent des petites pancartes artisanales épinglées à leur robe d’écorce. C’est finalement bien commode en hiver quand l’absence de feuillage les rend anonymes.

The wall

The wall

Art rupestre de l'âge du bronze ? Non, balises du Club Vosgien.

Art rupestre de l'âge du bronze ? Non, balises du Club Vosgien.

 

Chapitre 3 – Recueil d’activités de plein air : paragraphe  » le jeu de piste « 

Le balisage, préoccupation du randonneur est ici plus que sommaire. Pour les étrangers aux Vosges, il a même de quoi surprendre. Il tient plus de la peinture de guerre ou d’un barbouillage enfantin. De prime abord, ces marques s’apparentent davantage à des peintures rupestres du paléolithique que d’une signalétique normalisée. Aucune comparaison avec ce qui se fait en Vanoise ou dans le Mercantour. Mais on n’est pas avare: anneaux, triangles, disques, chevalets et rectangles multicolores et dégoulinants vivent en bonne intelligence… jusqu’à la prochaine mue de l’arbre tatoué qui livrera le marcheur au hasard de son inspiration. Et en général, l’inspiration, dans les Vosges n’est pas suffisante pour rester dans la bonne voie, tant il y a de chemins et de pistes forestières qui se coupent.

Crist'eau

Crist'eau

A bon entendeur, salut !

A bon entendeur, salut !

 

Chapitre 4 –  Extrait du code pénal :  » Justice expéditive « 

La guerre aux voleurs est déclarée. Pourquoi aller à la ville régler ses différends, puisqu’on peut faire justice soi-même ou tout au moins tenter de le faire croire par l’intimidation.

Alors, randonneurs, vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas informés, si d’aventure l’envie vous prenait de vous charger d’un rondin qui, au bas mot doit peser entre 25 et 35 kilos.

Et pour prendre la photo, je garde mes distances… Zoomons, c’est plus prudent !

Je monte toujours. La forêt embellit. Elle s’illumine d’une fine couche de neige glissante qui crisse sous les pieds.

Chapitre 5 – Une page d’histoire.

Ambiance solennelle au mémorial du  » Chemin de mémoire « , silencieux sous son linceul immaculé.

Le passé hideux remonte à la surface, une infamie qu’il faut exorciser en ravivant le souvenir et en appeler à la responsabilité collective pour ne plus la voir renaître. Mais de qui veut-on réveiller la mémoire ?
Ceux qui édifient les stèles et mémoriaux ou ceux qui viennent s’y recueillir, ceux qui construisent ou visitent les musées, ceux qui dénoncent les atrocités ou ceux qui les écoutent et les lisent, ne sont pas ceux qui les commettent.

Sur le chemin de Mémoire

Sur le chemin de Mémoire

 

L’histoire nous a montré maintes fois depuis 1945, que condamner l’horreur n’a jamais évité les suivantes. Rwanda, Cambodge, Ex-Yougoslavie… et tous ceux que l’histoire a oubliés parce qu’ils n’étaient pas assez nombreux ou trop loin de chez nous pour faire la une des journaux.

Je voudrais pourtant y croire…

Le chemin longe le camp de concentration du Struthof, avant de dégringoler par un sentier empierré à travers un sous-bois.

Ch. A gaz… On croirait qu’on n’a pas osé l’écrire en toutes lettres, comme s’il s’agissait d’un gros mot, pareillement au langage châtié où les grossiéretés ne se présentent qu’avec leur initiale : m…., p…..

Chambre à gaz, un mot abject pour une maladie honteuse d’une société qui se prétend civilisée.

Et Dieu dans tout cela ?
Et bien, il s’est fait discret sur ce chemin. Pas de croix, ni de statue de vierge ou de saints, comme à son habitude. Tout juste les ruines -relique d’un mur- de la Chapelle Sainte Anne perdue au milieu de la forêt, étayées de quelques troncs.

Certains diront qu’il a failli à sa tâche, d’autres qu’il s’est caché de honte …

Barr-Schirmeck

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