Crête des Vosges par les GR®5 : De Wimmenau à Saverne (4)

Eck. lundi 25 février

Mon début de randonnée de la Crête des Vosges se termine par l’étape Wimmenau-Saverne. Elle remonte à plus de dix jours maintenant et depuis, je n’ai pas encore trouvé un moment de solitude suffisamment long pour me pencher sur ce cahier de notes.
Ce dernier bout de chemin avant mon break a été le plus long, mais certainement pas le plus beau.
J’ai démarré avec du retard sur mes prévisions, Mathilde me retenant par un flot de paroles que je n’arrivais pas à endiguer.

Château de Lichtenberg

Ai-je remercié un peu trop rapidement le dieu météo? Le froid a durci le sol et enserré les branches et les herbes d’une gangue de givre. La forêt que je traverse après Wimmenau est certainement belle, mais les arbres sont enveloppés d’un épais brouillard qui consent par moment à s’élever jusqu’à leur cime lorsque le sentier perd un peu d’altitude.

Je traverse Erckartwiller qui n’en finit pas de s’étaler le long de la route principale au milieu des prairies bossues sous une grisaille digne d’un mois de novembre. Derrière moi, j’entends le klaxon de la camionnette du boulanger. Je ralentis, salivant à l’idée d’un croissant, mais ses arrêts trop longs et trop nombreux viennent à bout de ma patience et je me résigne à continuer sans l’attendre.

Un timide soleil essaie de percer quand j’arrive à La Petite Pierre, qui ne me surprend guère, j’y suis venue il y a bien peu de temps. Descente sur Imsthal par un lacet se faufilant au milieu d’une végétation variée.
Après Imsthal, je monte au pas de charge à travers une forêt monotone de grands feuillus dépouillés, par un sentier qui s’élève régulièrement, dissimulé sous un épais tapis uniforme de feuilles sèches.

Abri du Club Vosgien

Je m’attarde peu à Graufthal en raison du froid et déjeune en quelques instants d’un morceau de pain et de saucisson. Le chemin boueux en fond de vallée, défoncé par les tracteurs et entravé par des arbres abattus gagne Oberhof. Puis, on emprunte le « Sentier Tres Tabernae », ancienne voie romaine reliant Wissembourg à Saverne (anciennement Tres Tabernae*) avant de devenir piste rectiligne interminable qui rejoint une route forestière débouchant à son tour sur la nationale qui  traverse l’autoroute. La fin de l’étape offre un peu plus de variété, et après la maison forestière de Kaltwiller il y règne une ambiance un peu irréelle. A chaque souffle de vent les branches en s’agitant se débarrassent de leur fourreau de glace. J’avance sous un pilonnage d’aiguilles qui s’abattent au sol dans un froissement de feuilles sèches. Le sentier franchit le fossé des Pandours*, dégringole ensuite dans la forêt, plutôt triste en cette saison et sous ce ciel de plomb, effleurant au passage le rocher du Saut du Prince Charles*.

Je ne suis pas mécontente d’arriver à Saverne plus tôt que prévu, cela me laisse le temps de prendre un gâteau et un café à la pâtisserie avant de prendre mon train pour Strasbourg.

J’ai vécu quatre jours et demi de solitude presque absolue.  J’ai traversé des villages et des lieux-dits pratiquement déserts où les quelques échanges se sont limités à deux ou trois mots de salutation.
Mais en si peu de temps, peut-on se rendre compte de ce qu’est réellement la solitude ? (lire la suite)

Galerie de photos

Wissembourg -Saverne
 

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