Crête des Vosges par les GR®5 : Urmatt – Schirmeck… essai transformé! (7)

Porte de Pierre

Eck., dimanche 27 avril

Jeudi, jour de congé pour moi, je retrouve le GR53, mon ténébreux compagnon pour la dernière fois. Je ne sais pas exactement pourquoi je dois me pousser pour refaire ce que nous avons tenté un mois plus tôt. Peut-être en raison des préliminaires un peu complexes (auto et train), parce que je dois me lever tôt ou encore parce que l’échec de la dernière tentative me laisse-t-elle croire que c’est une partie difficile ?
Je ferai aujourd’hui la totalité de l’étape, avec seulement une pause au Donon soit entre vingt sept et trente kilomètres et mille mètres de dénivelée cumulée.

Je m’y attendais… à peine descendue du train, ma morosité est balayée par une frénésie de marcher qui me donne des ailes.
La grisaille capitule devant un soleil décidé et la neige a disparu depuis longtemps. Je corrige les quelques erreurs de parcours que nous avions faites Mario et moi lors de notre répétition générale.

Au pied du Donon, je croise un groupe de femmes accompagnées d’un homme qui de toute évidence leur sert de guide. La discussion s’engage et elles m’invitent même à partager leur pique-nique. Dommage que j’aie déjà mangé, car c’est avec grand plaisir que je me serais jointe à elles. Quand elles me demandent où je vais, par bravade, plaisanterie ou pour susciter de l’étonnement je leur réponds qu’aujourd’hui je m’arrêterai à Schirmeck, mais que je suis en route pour Nice ou Menton. Je m’attendais aux réflexions que j’entends habituellement, les femmes me prédisant toujours des serial killer cachés derrière tous les arbres et des chutes vertigineuses me plongeant inéluctablement dans une inconscience létale. Mais pour la première fois, mon projet suscite de l’intérêt et même de l’enthousiasme. Certaines évoquent leur chemin de Compostelle qu’elles prolongent chaque année à raison de dix ou quinze jours.


Souvenir d’un crac-crac


Jusqu’au Donon, je connais la quasi totalité de l’itinéraire, même si j’ai parcouru certains secteurs en sens inverse. En revanche, je découvre pour la première fois je crois, le sentier qui dégringole du sommet à la Plate-forme et qui s’abaisse ensuite jusqu’à Wackenbach puis Schirmeck.

Le GR53 fusionne avec Le GR5 venu de Lorraine au Col de l’Engin peu avant le Donon; ils se partagent ensuite le tracé jusqu’à Schirmeck. Là, après 167 kilomètres le GR53 s’efface pour passer définitivement le relais au GR5 qui va poursuivre sa course jusqu’à la méditerranée.

Depuis Pâques, il y a eu notre voyage à Rome, agréable escapade durant laquelle nous avons concentré la visite des lieux cultes: le Colisée, le Mont Palatin, le Vatican, le jardin Borghèse…

Puis il y a eu la randonnée de la solitude et du vent sur le chemin de Saint Régis au départ du Puy en Velay (pour en savoir plus).

Au début de ma traversée, je pensais que ce chemin ne serait pour moi qu’un prétexte à ma reconstruction, mais progressivement je découvre qu’il est beaucoup plus que cela.
Comme un livre, ce GR5 m’a happée dans son histoire dont j’ai envie de découvrir la suite. Il est devenu un ami indispensable qui m’a tant gâtée que j’en suis tombée amoureuse. Mais cette relation ne manque pas de poser la question: Et près ?
En effet, je ne m’imagine pas le trahir en l’abandonnant au Grand Ballon (ou plus exactement à Thann parce qu’il me faudra bien un train pour revenir à la maison !), le laissant continuer seul sa course. L’envie ne me manque pas de l’écouter me raconter le Jura et les Alpes, même si j’en connais quelques passages, et de lui faire dignement mes adieux quand il ira se noyer dans la méditerranée.

Cette perspective de prolonger l’aventure, me taraude depuis quelques temps, mais mon travail ne me laissait pas l’espoir de voir rapidement ce projet aboutir … jusqu’à la semaine dernière tout au moins !

Mais la vie nous réserve parfois de belles surprises.
Quand j’allais si mal, en novembre, je voulais purement et simplement démissionner de l’Éducation Nationale pour me reconvertir. Prétextant à juste titre que cette décision serait irrévocable, Madame B., une charmante dame très compréhensive, chargée des ressources humaines au rectorat a fait avec moi le tour du problème et m’a suggéré dans un premier temps de solliciter un congé pour reconsidérer la suite de ma carrière. Pour donner plus de poids à ma demande, j’ai évoqué mon besoin de marcher pour réfléchir. N’ayant eu aucune réponse, je pensais cette demande tombée aux oubliettes. Puis juste avant les vacances de printemps, un coup de fil du rectorat, confirmé par un arrêté déposé dans mon casier au lycée m’apprenait qu’un congé sans solde m’avait été accordé pour septembre et octobre 2008.

Immédiatement j’ai réalisé que mon projet pourrait se concrétiser. Mais après plusieurs jours, il m’est soudain apparu effrayant. Comment en effet quitter pendant de longues semaines Mario et Pierre, la maison ? Les plus long treks que j’avais effectués auparavant ne dépassaient pas 10 jours !
Puis peu à peu l’envie de relever ce défi a repris le dessus. (lire la suite)

Galerie de photos « De Saverne à Barr »

Saverne-Barr
 


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