Crête des Vosges par les GR®5 : De La Clausmatt à l’étang du Devin (11)

En descendant sur le Bonhomme

Etang du devin, jeudi 22 mai

Tableau de chasse respectable aujourd’hui: deux chevreuils, un marcassin… et un coq au riesling ce soir dans mon assiette.
Le sentier se camoufle toujours sous les arbres, il me tarde maintenant d’aborder les chaumes.
La portion la plus jolie de la journée est certainement la montée au Koenigsstuhl jusqu’à l’arrivée à Aubure.

Aubure où j’ai passé un ou deux mois il y a plus de trente ans pour un travail saisonnier au centre médical de Salem. Sorcière j’ai été, sorcière je reste ! Je ne reconnais plus le village. Je redécouvre le pavillon de la rue du Combattant entièrement restauré où j’étais hébergée durant mon séjour avec le personnel de l’établissement. Le chemin qui mène au centre médical situé à l’écart de la commune, me semble familier mais dénudé car la forêt doit avoir reculé. Je me souviens encore de nos équipées joyeuses pour monter au centre le matin quand nous avions manqué le minibus, ou pour revenir au village le soir quand il faisait beau.
Chaque vendredi, après le travail, tous les saisonniers repartaient à la ville. Je n’ai donc jamais parcouru le moindre kilomètre de sentier environnant. D’ailleurs, à ce moment-là je pense que je n’en avais aucune envie car à 22 ans, on a souvent d’autres préoccupations.

Le GR empruntant une longue piste forestière s’élève au dessus de Salem jusqu’à la Pierre des Trois Bans. Petit arrêt pique-nique dans l’abri où je suis rejointe par un quatuor de sexagénaires qui fait le parcours en sens inverse. J’ai droit à l’inévitable question de la seule femme du groupe « Vous n’avez pas peur de marcher seule ? ». J’ai envie d’être grossière tant cette question dans la bouche des femmes qu’elles ne posent jamais à un homme m’oblige à me justifier devient récurrente !

Le chemin se dégage, joue à saute-mouton sur les Brézouard en français « Mont des Bruyères », (le petit et le grand meurtris par la tempête de 99), avant de redescendre au col des Bagenelles.

Juste avant l’arrivée au col, à quelques mètres du sentier, un papy est accroupi, fesses à l’air, le pantalon sur les chaussures pour satisfaire un besoin pressant.

Étang du Devin

Il s’agit de toute évidence d’un automobiliste qui a garé sa voiture au parking. Il me tourne le dos et ne m’entend pas. Pour ne pas le mettre dans l’embarras au cas où il tournerait la tête, je me fais discrète et regarde de l’autre coté. Mais précisément quand je suis à sa hauteur, mon portable qui a été silencieux pendant toute la randonnée se met à sonner.


Le pauvre pépère affolé, se sentant piégé dans cette position humiliante, termine à la hâte ce qu’il a à faire. Je détourne ostensiblement la tête faisant mine d’être absorbée par la conversation pour ne pas le paniquer davantage : je n’aimerais pas être obligée de lui faire un massage cardiaque dans la tenue où il se trouve !


Tant que je suis à portée de voix, pour donner le change, le plus sérieusement du monde, je donne à ma collègue les renseignements qui ont motivé son appel, mais après avoir pris un peu de distance, je lui décris ce qu’involontairement elle a provoqué. Occasion de se payer une bonne tranche de rigolade, les opportunités ne sont pas si fréquentes quand on est seul !

Version imprimée ou à télécharger

Dans l’unique voiture garée au parking, Madame attend sagement. Ils auront des choses à se raconter pour la fin de leur balade !

Après le col, le sentier s’échappe enfin de la forêt. Bordé de parterres de fleurs, il coule au milieu des prairies verdoyantes, jusqu’au village du Bonhomme sous une légère bruine. Il ne m’avait jamais autant éblouie car je l’avais toujours vu dépouillé par l’hiver. Tout est tellement plus beau quand la nature revit, je regrette seulement que le soleil soit aux abonnés absents.

Le raidillon à la sortie du village disparaît sous les genêts en fleurs et les herbes folles avant de rejoindre la large piste forestière qui conduit au gîte de l’étang du Devin, plein à craquer ! (lire la suite)

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