Crête des Vosges par les GR®5 : De Valdoie (Evette-Salbert ) à Fesches-le-Châtel (16)

Eckw. dimanche 29 juin 2008

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67, 57, 68, 88, 90, 70 et 25 ; Non ce ne sont pas les numéros gagnants du loto mais les départements effleurés ou traversés par le sentier de la crête des Vosges.
Aujourd’hui, dernière étape et ultimes pages du topo-guide de mon épopée. En ce samedi 28 juin, le temps est radieux, frais à souhait au départ à 7h30 de l’hôtel de Valdoie que je quitte comme une voleuse, les propriétaires ayant déserté les lieux pour cause de congé hebdomadaire. Je dois braver quelques kilomètres de goudron pour rattraper le GR5 en pleine ascension du Fort Salbert. Au sommet, investi de constructions militaires qui datent de 1870, je fais une petite pause, en compagnie d’un lièvre qui déjeune paisiblement à quelques pas de moi, pour contempler le panorama avec les étangs et les Vosges au nord que j’ai abandonnées hier et le Jura au sud toujours dans la brume, qui semble encore une promesse un peu irréelle.. Par une piste forestière, ancien chemin militaire, je descends à Chalonvillars. Vingt quatre-heures après, la partie de chemin qui suit ne me laisse guère de souvenirs : c’est un parcours banal, qui ondule mollement dans une forêt quelconque. Je me rappelle seulement avoir perçu à un moment, une sorte d’aboiement éraillé, un cri indéfinissable, qui ne semblait pas vraiment être celui d’un chien, d’autant qu’il n’y avait pas à proximité d’autres chemins ou habitations. Un peu inquiète, je me suis armée d’un bâton et assurée que ma bombe défensive était à portée de main. Mais l’hypothétique monstre ne s’est pas manifesté davantage.

Echenans-sous-Mont-Vaudois, Brevilliers…

Souvenir des Vosges au Fort Salbert

Faut-il y voir un signe ? Pressentant peut-être son inutilité imminente, en milieu de matinée, mon topo-guide malmené par cette longue route durant laquelle il ne m’a pas quittée depuis Wissembourg, se désintègre, laissant s’échapper les dernières pages ; Mon précieux compagnon, ange gardien et accompagnateur irremplaçable, riche de conseils, n’aura pas eu la force de résister jusqu’au bout du voyage. Mais les blessures infligées par le chemin lui ont donné la patine des objets qui ont une histoire. Et pas n’importe laquelle à mes yeux, puisque c’est une part de la mienne…

Forêt du Fort Salbert, rigueur militaire

Le soleil cogne en cette fin de matinée et pas le moindre petit souffle de vent ne vient me rafraîchir. Je traverse des paysages de cultures, vaguement bossus où les champs de colza en gousse, blé et seigle alternent jusqu’à un bois. Là, après quelques centaines de mètres, sans crier gare, le chemin bifurque à quatre-vingt dix degrés sur ma gauche, obéissant à l’ordre impérieux d’un panneau  » Déviation LGV ».

Ah, le pleutre qui obéit sans broncher à cette injonction énigmatique ! Mais comment peut-il m’entraîner, moi qui ne taris pas d’éloges à son égard, dans cette zone de non-droit végétal, sur cette piste abominable où je me tords les pieds à chaque pas dans des fondrières desséchées laissées par les gigantesques pneus d’engins monstrueux, alors que je veux continuer sur cette allée qui se glisse gentiment entre les arbres ? Je ne le reconnais pas, ce chemin qui avait eu la noblesse de me faire pendant plusieurs jours le cadeau de panoramas fastueux ! Heureusement que des balises sont en évidence sur le tronc des arbres à intervalle régulier, parce que je serais prête à croire qu’il veut tout simplement me perdre.
Ah, mais je comprends maintenant, le voilà le tyran qui a obligé le GR à ces bassesses : un chantier colossal qui n’est autre que la construction d’une ligne de TGV. C’est le choc de deux philosophies. Mais dans notre société et au vingt et unième siècle contre la vitesse, la lenteur ne fait pas le poids ! Pour l’heure, il faut grimper sur le ballast qui s’ébauche et slalomer entre les bulldozers oisifs pour le week-end. Je ne sais pas, si une fois terminé, le tout puissant chemin de fer aura la magnanimité de ménager un petit tunnel pour laisser passer le très modeste chemin de terre, ou si au contraire il l’obligera à un grand détour ! Mais un TGV peut-il se rendre compte qu’un crochet de dix kilomètres, qui pour lui représente moins de deux minutes, est pour un piéton l’équivalent de deux bonnes heures de marche !

Toujours sous une chaleur accablante je contourne Châtenois-les-Forges, encore un Châtenois, décidément notre sentier bégaie !

Une demi-heure après je me retrouve parachutée dans l’ambiance tonitruante des animations estivales du plan d’eau de Nommay. Je pourrais, si je le voulais m’essayer à la pêche à la carpe, au beach-volley, au canoë, c’est l’animateur version Lucien Jeunesse qui le clame au micro. Oui, mais voilà, je n’ai pas vraiment le look, je fais même carrément martienne équipée comme je le suis, au milieu de cette jeunesse en maillot de bain alanguie sur des serviettes de plage le téléphone portable rivé à l’oreille.
J’échappe à ce bouillonnement qui ne m’incite guère à reprendre pied dans le monde civilisé.

La fin est un peu pénible: mes jambes douloureuses peinent à maintenir le rythme car je n’ai fait aucune pause depuis mon départ, voulant arriver au plus vite à Fesches pour avoir la chance de trouver un car pour Montbéliard. J’ai même mangé à la hâte, debout sur le bord du chemin ; Les derniers kilomètres de piste tassée et de macadam me brûlent la plante des pieds.

La fin du GR5 des Vosges, se confond avec une piste cyclable qui longe un canal désaffecté recouvert d’une pellicule compacte d’algues verdâtres. Dérangé par ma progression, un héron cendré prend à plusieurs reprises son envol, pour aller m’attendre quelques centaines de mètres plus loin. En début d’après midi, j’atteins les premiers maisons de Fesches. (lire la suite)

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