Chemin de Saint Régis: Saint Front – Saint Agrève (Étape 3)

Saint-Agrève, dimanche 13 avril

J’éprouve une certaine gêne à ne pas pouvoir faire honneur à ce petit-déjeuner pantagruélique qui m’est servi n’étant pas, comme toujours, très en appétit au petit matin. Pourtant rien ne manque. Je rassure mon hôte qui s’étonne un peu de me voir bouder toutes ces victuailles en lui expliquant que tout est parfait mais qu’hélas la faim se déclarera plus tard dans la matinée.

Aucune surprise sur le prix convenu. Il a même la gentillesse de me rapprocher de mon sentier en me déposant au delà d’une ferme gardée par trois molosses hargneux qui barrent le passage aux randonneurs. Le vallon au pied du Mézenc est superbe sous ce soleil matinal et je regrette de ne pas l’avoir parcouru à pied. Même si l’étape d’aujourd’hui est longue, j’aurais pu y rajouter les six kilomètres jusqu’à Saint-Front.
Le parcours est agréable et varié. Le  soleil est aujourd’hui encore de la partie.

Saint-Front se voit de loin. C’est un ravissant petit village, agrippé au flanc de la montagne, exhibant le clocher de son église romane.
Le chemin le traverse de bout en bout et le quitte par une draille qui fait grimper le marcheur jusqu’aux pâturages. Il slalome ensuite sur les hauteurs, frôle la lisière d’un bois avant de descendre au lac de cratère de Saint-Front.
Petit lac tout bleu, tout rond qui frissonne sous le vent.

Où est le ciel, où est le lac ?
(Lac de Saint Front)

Où est le ciel, où est le lac ?
(Lac de Saint Front)

 

Vers une heure je m’installe à une terrasse de la grande place de Fay-sur-Lignon, dévolue une fois par an au marché aux chevaux, pour me désaltérer et surtout échanger quelques paroles avec la patronne qui vient fumer dehors, loi oblige, et une dame du coin, marcheuse à l’occasion qui s’intéresse à ma randonnée. Elles paraissent étonnées que je puisse trouver du plaisir à marcher seule sur un parcours aussi long et évoquent tous les dangers qui me guettent.

Les femmes me tiennent d’ailleurs invariablement les mêmes propos, tous relatifs aux agressions auxquelles je m’expose. Régulièrement j’argumente en répondant que la plupart d’entre-elles se perpétuent en milieu urbain ou péri-urbain et qu’un sadique ne va pas se coltiner plusieurs kilomètres de sentier pour trouver une hypothétique randonneuse, sachant que statistiquement les femmes ne représentent (au mieux) que dix pour cent des marcheurs solitaires.

L’accident vient en deuxième position. Et pas n’importe lequel. Elles envisagent toujours le pire, comme la crise cardiaque ou la chute occasionnant au moins une fracture de la colonne vertébrale me clouant au sol, en un lieu évidemment où il n’y a pas de réseau pour le téléphone portable !

Je déplore un peu ce genre de discussions, car loin de me rassurer elles déclenchent une légère appréhension que je mets un certain temps à évacuer.

Le Mézenc

Le Mézenc

 

Sans présenter de dénivelées spectaculaires, le parcours devient un peu plus montagneux jusqu’aux Vastres où j’abandonne durant quelques jours la Haute-Loire pour l’Ardèche.
Après le terrain de foot des Vastres où je m’arrête quelques instants grossir les rangs des spectateurs qui assistent déconfits à la défaite de leur équipe, j’entame une longue partie rectiligne qui se partage entre prairies et forêts, et emprunte à plusieurs reprises la route goudronnée.

Ce n’est pas parce que nous sommes dimanche et que le temps est splendide que je rencontre pour autant des marcheurs. Je suis seulement dérangée à plusieurs reprises par le passage répété de motos et de 4×4 qui s’acharnent à massacrer le chemin bourbeux dans une pétarade infernale.

Encore quelques kilomètres de sentier sinueux dans la forêt avant Saint-Agrève qui m’accueille vers dix-sept heures par une bise glaciale. Cette bourgade qui s’étire le long de la rue principale me semble sans intérêt.

Je tombe rapidement sur l’hôtel « A l’arraché » qui arbore une piscine mal entretenue et des meubles de jardin défraîchis.
La chambre est sans comparaison avec celle de la veille, elle est meublée sans goût avec, comble de l’horreur, une penderie d’appoint en plastique. La salle de bain borgne, carrelée de céramique sombre ressemble à un caveau.

Photos de la randonnée

La cuisine est quelconque mais la note est salée. Tout est passé au crible, rien n’est offert, business is business, il semble même que les mots sont comptés.
Je suis la seule cliente de l’hôtel ce soir et ce n’est pas sur les patrons que je vais pouvoir compter pour me faire la conversation. A l’heure où les Ch’tis sont portés aux nues par le film à succès, ceux-ci, qui viennent de Dunkerque font bien pâle figure.

Aujourd’hui, la douleur à la jambe a nettement régressé, et du même coup le moral est remonté. J’avais craint, hier de devoir abandonner. Bon, bien sûr, on n’est jamais à l’abri de rien !
J’aimerais terminer cette boucle car elle a valeur de test. En cas contraire, ce n’est même pas la peine d’envisager un projet plus ambitieux.

St Front – St Agreve

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