Chemin de Saint Régis: Saint Bonnet le Froid – Montfaucon (Étape 5)

Montfaucon, mercredi soir 16 avril

Avant de partir ce matin, je laisse sur la table un libelle griffonné la veille avant d’aller me coucher, évoquant mes états d’âme sur l’accueil : gîte non chauffé  alors que j’avais prévenu de mon arrivée, table d’hôte réservée aux groupes, alors que c’est quand on est seul qu’on a la plus besoin de contact.
Pourquoi ne pas dire ce qui ne va pas et payer en se contentant de se penser qu’on n’y remettra plus les pieds ?

Mais passons à autre chose car la journée commence bien, le ciel est prometteur et semble pour le moment faire mentir les prévisions météo qui prévoient une détérioration.

Encore du chemin qui alterne les tronçons boisés et les tronçons dégagés. Rien de spectaculaire ici, les paysages et les villages ne sont pas laids mais sans originalité. Vers treize heures j’arrive à Dunières où je m’installe dans le jardin public désert pour y pique-niquer. Au bar-restaurant où je vais ensuite prendre un café et faire mon courrier, je rencontre une randonneuse Suisse allemande occupée à confectionner un panneau qui lui permettra de faire de l’auto-stop pour rejoindre Montfaucon. Elle m’explique qu’elle fait Saint Jacques mais qu’elle ne sait pas à quel endroit elle a pu se tromper. Je vois parfaitement où elle a pu se fourvoyer, la séparation entre le GR 65 et 430 m’avait pourtant parue évidente. Mais elle n’a pas l’habitude de la signalétique française et suivait les balises rouges et blanches accompagnées éventuellement de coquilles sans se poser de questions. Je lui propose de faire la fin de l’étape ensemble. La discussion est difficile car elle baragouine autant le français que moi l’allemand. Mais avec enthousiasme, dans un germano-franglais agrémenté de quelques onomatopées et complété du langage des signes on arrive néanmoins à communiquer. Tellement occupées à essayer de se comprendre que nous nous trompons à deux reprises, ce qui rallonge notre étape de deux ou trois kilomètres.

Un beau Saint régis en habit de lumière à Montfaucon ...

Un beau Saint régis en habit de lumière à Montfaucon …

 

A Raucoules, on décide de s’arrêter dans un bistrot pour se désaltérer. Exceptés les gens du village, je me demande s’il y a encore quelqu’un pour s’y attarder. L’une des tables est occupée par le coussin du chien, sur une autre traînent un panier de tricot et des journaux. Des joueurs de cartes, des habitués occupent deux tables. On s’installe et Edith, puisque ma coéquipière s’appelle ainsi, commande un cappuccino. J’ai peine à croire que dans ce bled perdu la cabaretière satisfasse à sa demande. Effectivement, la réponse est négative.

  • Alors une chus d’oranche ! » se ravise Edith.
  • Moi aussi, je prendrai un jus d’orange « 

Et la patronne de répondre, sans un sourire, avec même un brin d’hostilité dans le ton qui en dit long sur l’opinion qu’elle a des étrangers:

  • Alors ce sera une jus d’orange et un jus d’orange ! »

Edith ne perçoit pas l’ironie et, salivant devant une tarte aux pommes qui trône sur la table d’à coté, elle demande si l’on peut en avoir un morceau.
L’aubergiste lui répond que le gâteau n’est pas à vendre, c’est une des joueuses de cartes qui l’a apporté. On se résigne.
Mais entre eux parties, la pâtissière partage la tarte et gentiment vient nous en offrir une part … On peut dire que c’est la tarte de la générosité !
En traînant les pieds, la tenancière nous apporte une cuiller.

Après un petit détour qui nous oblige à emprunter la route nationale, nous arrivons à Montfaucon et trouvons un gîte communal superbe à l’ombre de la Chapelle Notre Dame.

Un autre Suisse allemand arrive. Nous décidons d’aller ensemble au snack que nous avons vu dans la rue principale pour  manger une pizza.
Épisode mémorable !
Heureusement qu’un panneau signale que le restaurant est ouvert, parce que de l’extérieur il n’en a point l’air… à vrai dire, de l’intérieur guère plus. Un peu dubitatifs, nous entrons dans la salle sombre et déserte où le patron nous installe à une table du fond. D’emblée nous sommes avertis que l’on ne pourra pas nous servir un certain nombre de plats mentionnés sur la carte.

Je prends la parole, étant celle qui tout de même se débrouille le mieux des trois:

  • Nous aimerions une pizza.
  • Nous n’avons pas de pizza, vous savez, ce n’est pas la saison touristique alors on n’achète rien car les denrées se perdent ! se justifie la patronne.

Dommage, on était venus pour ça !

  • Une soupe, alors ? hasarde Edith
  • Nous ne faisons pas de soupe ici.
  • Même pas en paquet ? ajouté-je discrètement avec un tantinet d’ironie.

A chacune de nos demandes la restauratrice nous fait la même réponse. En définitive, la carte se résume à un croque-monsieur ou une omelette… « AUX FINES HERBES ».  Détail  qui semble avoir une importance capitale à ses yeux car chaque fois que nous mentionnons le mot « omelette », elle ajoute « AUX FINES HERBES ». Elle imagine peut-être nous faire croire que l’addition de persil aux deux oeufs battus vont en faire une spécialité hautement gastronomique requérant au moins le savoir faire du maître-queux d’un restaurant trois étoiles !

  • On pourrait avoir un peu de salade pour accompagner ?
  • Il m’en reste bien un peu, mais vraiment elle n’est plus très fraîche, je ne peux pas vous servir ça !

Elle réfléchit, hésite, pense que c’est peut-être la dernière occasion de se débarrasser de sa salade qui flétrit tout doucement au frigo depuis une semaine, et se ravise car probablement elle doit être dans un état de décomposition perceptible.
A force d’insister le patron court chercher une salade en sachet dans la supérette en face avant qu’elle ne ferme. Pour le dessert c’est pire encore : Les voilà qui plongent pendant d’interminables minutes dans le grand congélateur plus ou moins vide pour nous dégoter péniblement deux glaces à la fraise – Hagendaas, ce sont les meilleures ! et vous voudriez en plus avoir le choix du parfum! – reste des stocks de l’année passée et une glace-bâton qui a probablement dépassé la date de péremption.
Et puis pour faire bonne figure, ils commencent à se plaindre du manque de clientèle, des fins de mois difficiles, dénigrent le concurrent du village – ah, il y en a un, dommage, si on avait su !  – qui leur pique toutes leurs bonnes idées et leurs clients !

Les Suisses doivent penser que la gastronomie française est très surfaite.
Tant d’amateurisme prête à rire.
Et on rit sans retenue…

Photos de la randonnée

Bien que j’aie apprécié la compagnie d’Edith, je pense en définitive que si la solitude est pesante parfois le soir, en revanche pour marcher je la juge préférable à l’obligation de parler. Les discussions faussent la notion du temps donc des distances parcourues. Sur les itinéraires mal balisés ou comportant de nombreux changements de direction, elles obligent à recourir en permanence au topo-guide et sont souvent source d’erreurs.
Demain, je devrais me retrouver seule sur le chemin car les GR430, le mien, et GR65, celui de Saint Jacques, empruntent des tracés différents pour rallier Saint-Jeures.

St bonnet le Froid – Montfaucon

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