Chemin de Saint Régis: Montfaucon – Saint Jeures (Étape 6)

Saint Jeures, jeudi 17 avril

Les Suisses et moi déjeunons ensemble ; ils quittent ensuite rapidement les lieux, pressés qu’ils sont d’aller chercher le salut de leur âme ou peut-être plus prosaïquement d’arriver suffisamment tôt ce soir pour trouver un lit. Moi, je n’ai pas cette hâte, mon hébergement à Saint-Jeures est déjà réservé et l’étape d’aujourd’hui n’est pas très longue. Je prends le temps de me préparer d’autant plus qu’il me faut attendre l’ouverture de la mairie pour remettre les clés du gîte.

Le sac de détritus à la main, car je n’ai pas trouvé de poubelle, je rends une petite visite à Notre Dame qui abrite douze peintures d’un artiste flamand (Abel Grimmer), dédiées aux mois de l’année, qui rappellent vaguement les oeuvres de Bruegel. La mise en scène est parfaite, des projecteurs sortent de l’ombre, l’espace de quelques minutes chaque tableau au rythme de mon passage.

Et puis, avant de reprendre le chemin, un petit détour à la minuscule poste et une halte à la mairie.

Le temps est maussade mais m’épargne la pluie. Le vent glacial m’oblige successivement à mettre les gants, le bonnet et finalement me contraint à un strip-tease en forêt pour passer un collant.

Je traverse des paysages vallonnés de prairies parsemées de maisons isolées et de minuscules villages. A Montregard, je dois chercher pendant un moment la statue de Saint Régis qui surplombe le village du Château mais se cache du promeneur. Au pied du saint homme de métal rouillé, on devrait embrasser un large panorama, mais le temps brumeux brouille l’horizon et estompe le relief.
Avant Tence, on traverse un éden miniature, véritable cliché de carte postale : un petit pont de bois jeté sur un ruisseau turbulent serpentant au milieu de champs de jonquilles où paissent des vaches nonchalantes. Sans grande conviction, je tente quelques photos avec mon appareil numérique qui depuis sa chute à Moudeyres me fait des tableaux surréalistes. Mais hélas, il n’y a rien à en tirer.

Arrivée au bourg, je cherche un bistrot pour pouvoir manger à l’abri du vent et je tombe dans celui qui est probablement le plus mal fréquenté à cent kilomètres à la ronde. Trois jeunes passablement éméchés sont vautrés au bar et tiennent des propos décousus pendant que la serveuse s’éclipse épisodiquement pour aller griller un joint sur le trottoir.

Autre ambiance que dans le petit restaurant désert aux effluves de pot au feu, de la place de l’église de Montregard où je me suis arrêtée deux heures plus tôt. Une patronne réservée me sert un café imbuvable et me propose ses toilettes familiales pour soulager un besoin pressant.

J’arrive à Saint-Jeures vers seize heures sans avoir essuyé une goutte de pluie mais en ayant dû braver un vent de face pendant la majeure partie de la journée.

J’ai réservé une chambre au « Fougal ». Je suis accueillie par une hôtesse attentionnée qui me propose un thé avant de me conduire à ma chambre. Siegfried le Suisse allemand de la veille, parti avant moi ce matin, me suit de peu. Me voici à nouveau plongée dans le dédale des subtilités de la langue outre-rhin, mais progressivement libérée de mes inhibitions, j’éprouve même un certain plaisir à retrouver le vocabulaire germanique enfoui dans les tréfonds de ma mémoire.

Un couple de Fribourgeois est déjà installé.

Photos de la randonnée

Nous prenons le dîner avec nos hôtes qui nous ont préparé des spécialités locales : caillettes et lentilles.

La soirée se prolonge autour de la table jusqu’à une heure avancée : Martine et Jean-Pierre nous parlent de la Haute-Loire, ses habitants, ses traditions, son industrie, du moulinage, de l’agriculture, du tourisme…

Le visage de ma randonnée a changé depuis que le chemin de Saint-Régis à rencontré celui de Saint-Jacques : les chemins sont plus fréquentés, même si ce n’est pas la foule et les marcheurs s’appellent dorénavant des pèlerins. Il faut bien avouer que je suis une pèlerine de seconde catégorie, mon saint ayant beaucoup moins de notoriété que son concurrent !

Montfaucon – St Jeures

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *