Chemin de Saint Régis: Le Monastier – Saint Front (Étape 2)

Les Bastides du Mézenc, samedi soir 12 avril

Je suis installée dans une superbe chambre aux murs décorés de chapeaux qu’on croirait tirés de « Chapeau melon et bottes de cuir » ou « Miss Marple » au premier étage d’une ferme restaurée au pied du Mézenc. Le rez-de-chaussée est occupé par une vaste salle à manger arrangée avec goût qui regorge d’antiquités.

Ce matin, au Monastier, j’ouvre les volets de ma chambre du gîte-caserne pour les refermer aussitôt, le temps d’apercevoir, rassurée, un carré de ciel bleu. Ma fenêtre donne sur le trottoir étroit de la rue principale et les piétons passent si près que j’ai l’impression de les voir entrer dans la chambre.

A mon lever, les deux autres randonneurs sont déjà en route. Je sais que les départs précipités me jouent des tours, car mon étourderie me conduit à oublier parfois des vêtements épars, suspendus aux porte-manteaux et sur les radiateurs où ils sèchent. Je prends donc tout mon temps pour me préparer malgré l’envie de marcher qui me démange et je quitte les lieux comme hier, vers neuf heures par une température frisquette. Le balisage est plus qu’approximatif à la sortie du bourg : un lotissement non signalé sur le topo-guide et des tronçons goudronnés de fraîche date. Ensuite c’est un peu à l’avenant ; les balises changent même parfois de couleur, vert et blanc en place du rouge et blanc.

C’est au Monastier que le chemin de Stevenson et de Saint Régis se séparent, ils partent même à l’opposé, comme l’étaient d’ailleurs leurs convictions religieuses, bien qu’ils aient été, chacun à leur manière des humanistes…

Le sentier de Saint Régis s’élève au dessus du village et chemine au milieu des pacages du plateau, cernés de murets de pierres sèches pendant plusieurs kilomètres. J’aime beaucoup ce paysage tout en douceur qui ondule à perte de vue, offrant des horizons lointains et un ciel immense. Et le ciel où galopent de petits nuages de coton blanc est aujourd’hui superbement bleu comme s’il voulait se faire pardonner sa médiocrité de la veille.

Le chemin traverse ensuite une forêt, descend à la fontaine-oratoire Saint Régis avant de se hisser au Freycenet-Latour. Je traîne des tonnes de boue sous mes chaussures.

Courte visite au village et achat d’un saucisson artisanal chez monsieur Nicolas infiniment plus doué pour les salaisons que pour la convivialité !
Peu après le village, le sentier étroit s’accroche à flanc de coteau avant de s’infiltrer dans un bois. Ça et là, à l’ombre des arbres quelques mouchoirs de neige, c’est à peine si j’en foule plus de cent mètres linéaires. Dans un vent glacial, je longe ensuite des zones marécageuses magnifiques, encore engourdies par un froid tardif qui libèrent à mon passage quelques oiseaux. Le chemin coupe la route, se hausse encore un peu avant de descendre mollement sur le cimetière de Moudeyres. Je découvre avec bonheur ce magnifique petit village de maisons aux murs de basalte et toits de chaume ou de lauze qui me ramènent quelques siècles en arrière. Mais l’aubergiste m’apprend qu’elles ne sont pas toutes authentiques. Il faut bien avouer que les constructions récentes ressemblent à s’y méprendre à des fermes restaurées. Quelle harmonie ! Pas de ceinture de constructions anonymes et sans âme, pas de silos ou d’usine pour défigurer le site.

Petit matin bleu et frisquet au Monastier

Petit matin bleu et frisquet au Monastier

Disparition inquiétante: Deux cloches parties pour Rome à Pâques n'ont pas réussi à retrouver le chemin du retour.
 Sacrées cloches !

Disparition inquiétante: Deux cloches parties pour Rome à Pâques n'ont pas réussi à retrouver le chemin du retour.
Sacrées cloches !

 

Mon moral est un peu ébranlé depuis ce matin par une douleur lancinante qui me tiraille la jambe. Elle est tout à fait supportable mais je redoute qu’elle s’intensifie et m’oblige à renoncer. Et pour couronner le tout, devant le métier à ferrer, je laisse tomber mon appareil photo. Après diverses manipulations je dois me rendre à l’évidence, à mon grand regret il est inutilisable. Il ne restera aucune preuve tangible de ce pèlerinage, seule ma mémoire se doit d’en garder la trace.*

Après une assiette « charcuterie-frites-salade » à l’hôtel « La Randonnée », je reprends mon chemin en essayant de ne plus me focaliser sur cette douleur.
Le Mezenc saupoudré de neige veille sur la dernière partie du chemin que je trouve cependant moins séduisante qu’avant Moudeyres : beaucoup de piste et de route goudronnée. Peu avant Saint-Front, je coupe à travers champs où je m’enlise plus que je n’avance pendant près d’une heure entre les zones marécageuses et les fondrières laissées par des tracteurs, pour rallier la D500 et rejoindre les Bastides du Mézenc.
La ferme est isolée. Un hôte charmant à l’accent indéfinissable m’accueille et à l’immatriculation des deux voitures garées devant la maison, je comprends qu’il s’agit d’un Belge flamand. Je suis la seule convive à cette table d’hôte hormis les parents du propriétaire qui m’expliquent dans un français approximatif qu’ils sont en vacances pour quelques jours.
Douche et temps de repos avant d’aller prendre l’apéritif avec mon hôte et de m’installer à l’extrémité d’une table royale en chêne massif où je mange seule à la lueur des chandelles. La qualité du gîte et de l’accueil me font à présent douter du prix annoncé, mais je n’ose pas évoquer le sujet de peur de passer pour une pingre.

Encore une journée sans croiser un passant sur le chemin : mes seules rencontres se font dans des villages, quand je trouve un café ou un restaurant ouvert.
Photos de la randonnée

Il m’arrive même parfois de m’entretenir avec les vaches qui, l’espace de quelques dizaines de mètres m’accompagnent le long des barbelés de leur enclos ou les chiens des fermes qui se laissent amadouer après avoir défendu bruyamment leur territoire.

* La perspective de n’avoir que quelques photos à rapporter de cette randonnée m’a beaucoup contrariée et à présent je me demande pour quelle raison il ne m’est pas venu à l’esprit d’acheter un appareil jetable. Certains clichés illustrant ce texte ont été pris au cours d’un second séjour dans la région.

Le Monastier – St Front

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